Image d'un ordinateur portable

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Icone tooltip

Critique de L'affaire Dumont

Étienne Boudou-Laforce
 

Étienne Boudou-Laforce

Étudiant à la maîtrise en service social et intervenant en santé mentale

Si vous n'êtes pas friand du genre «film à procès», passer gentiment votre chemin, car L'affaire Dumont s'évertue simplement à remplir le cahier des charges. Pour cela, le film rempli adéquatement son mandat: reconstruction historique ayant le souci du détail, narration classique, distribution et direction d'acteur de premier ordre, sujet ayant marqué les esprits, accompagnement musical discret, facture visuelle naturaliste, photographie grisâtre, filmé calmement et avec maitrise. Tout y est.

Chose étonnante, bien qu'on sache déjà ce qu'il advient du sort de Dumont, on se laisse aller à suivre son éprouvant parcours. Il faut dire que nous sommes, Québécois, assez friands d'histoires telles que proposées ici. De celles qui mettent en lumière les dérives de nos institutions. Voir le film, c'est une façon comme une autre de nous indigner et faire, le temps d'un film, triompher la vérité. Mais il n'y a pas que cela, la réussite du film tient aussi au fait qu'il nous dévoile le simple quotidien de Michel Dumont; ses valeurs, son passé familial, et surtout l'amour qu'il tisse avec sa conjointe et leur désir d'avoir une famille épanouie. Il faut admettre que c'est assez émouvant de les voir tomber en amour si naturellement, sans forcer. Nul besoin de virée nocturne ou de soirée arrosée pour créer une chimie. Non. Voilà plutôt deux êtres qui se choisissent et se chérissent l'un l'autre pour ce qu'ils sont et ce qu'ils vont construire ensemble. Il émane une vibrante tendresse de leur passion, faite de respect mutuel, de résilience, d'écoute et de franchise.

Parlons acteurs. Si l'on peut d'emblée saluer la prestation de Marc-André Grondin (tout en retenue), il faut relever les performances de Sarianne Cormier et Marilyn Castonguay. La première, jouant l'ex de Dumont, compose un personnage paumé d'une fragilité touchante. La deuxième, dans le rôle de Solange, la conjointe de Dumont, affiche une présence remarquable. Elle illumine plusieurs scènes d'une vérité criante, une révélation ! Qui plus est, c'est la véritable héroïne du long métrage, n'en déplaise à l'antihéros Dumont. On peut dire, sans se tromper, que si cela n'avait pas été de sa Solange - de courage et de détermination- qui serait monté au front, nous aurions sûrement bien moins entendu parler de l'affaire Dumont.

Malgré ses nombreuses qualités et ses bonnes intentions, L'affaire Dumont n'a malheureusement pas l'ampleur dramatique pour convaincre totalement. Si dans une démarche anthropologique, le film met sur pellicule un événement de notre histoire, soit une saga judiciaire qui a intéressé les Québécois, l'oeuvre de cinéma, elle, est trop sage, trop clinique; nous ne sommes ni particulièrement émus ni particulièrement charmés devant le spectacle, tout juste satisfait de la qualité de l'ensemble. Habitué au travail de Podz, vous serez surpris de le voir accouché d'une mise en scène aussi classieuse et académique, mais peut-être en allait il de soi avec une telle histoire ? Peut-être est-ce le scénario de Danielle Dansereau, trop chronologique et au rythme pépère (on se croirait dans un feuilleton, c'est dire), qui pose problème ?

À tout le moins, on aurait souhaité un peu plus de folie, de cassures chronologiques, d'ellipses questionnantes, d'envolées lyriques. Peut-être aussi aurait-il mieux fallu faire un documentaire plutôt qu'une fiction, car la «partie documentaire» s'invitant en fin de parcours est de loin le passage le plus vivant et incarné du long métrage. Peut-être que de choisir un angle original à cette histoire plutôt que de vouloir tout dire et tout montrer aurait pu convenir. On s'attendait à davantage de la part de Podz, petite déception donc.

Somme toute, le film n'en demeure pas moins intéressant, profondément humain, touchant et maitrisé de bout en bout.

Partager
Image d'un ordinateur portable

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Icone tooltip


Commentaires (4)

Commenter cet article »

  • Mes anciens collègues et moi avons déjà débattu en classe de la magie du cinéma. Ne trouvez-vous pas qu'elle apparaît ici un tantinet pernicieuse? Je m'explique.
    J'ai assisté à la première du film en compagnie des «vrais» Michel Dumont et Solange Tremblay. À la fin de la représentation, le public, à la fois ému et outré, a chaudement applaudi le couple pour sa persévérance. J'étais aussi debout. Une semaine plus tard,la réputation de Michel Dumont est entachée par les dernières déclarations de ses proches. Ce fut un dur retour à la réalité. Arrêt sur l'image; ce n'est plus un film. L'histoire évolue, mais dans une direction opposée, là où tout le monde ne voulait pas aller.
    En fait, je ne connaissais pas l'histoire. Je suis trop jeune. Je ne pouvais donc que prendre appui sur le film. Mais malgré le fait que le scénario soit basé sur des faits réels, cela reste un film. Marc -André Grondin, malgré ses barniques et son pad, est plus charismatique et plus jeune que l'actuel «vrai» Michel Dumont, et il semble plus innofensif et soumis aussi. Idem pour l'actrice Marilyn Castonguay, qui crève l'écran et qui est belle même avec son toupet crêpé. De plus, nous ne voyons qu'une parcelle de leur histoire d'amour. Ce n'est pas leur quotidien. C'est le quotidien de deux comédiens qui jouent à leur vie.
    Alors quand on revient à la réalité, que les vrais personnages ressurgissent, on se permet de douter. Je ne sais pas quoi penser des récentes déclarations et je ne peux spéculer sur l'affaire. Mais j'ai l'impression, encore une fois, d'avoir été flouée par la magie du cinéma.

  • Ce genre de film m'ennuie... Je préfère les films XXX.

  • On est bien d'accord, il y a de bon « film à procès », je soulignais simplement, que très souvent, ils sont chiant (au niveau du rythme, de l'esthétique, etc.). Merci pour les suggestions.

  • Je n'irai pas voir ce film qui nous prend pour des valises. Pourtant, j'adore les films à procès. Le plus ancien que je ré-écoute toujours avec plaisir est "12 hommes en colère". C'est mon grand-père cinéphile qui me l'a fait découvrir et aimer. Il m'a aussi parlé de "Cordélia" pendue sans preuve dans le bout de St-Canut, et de "L'affaire Coffin", lui aussi, pendu sans preuves raisonnables. Voilà de bons vieux films à procès.
    .
    Sinon, il y a la vie de Jésus qui finit par un bon procès et... Omar m'a tuer ;)
    -
    montréalaise

Commenter cet article

Vous désirez commenter cet article? Ouvrez une session | Inscrivez-vous

 

Veuillez noter que les commentaires sont modérés et que leur publication est à la discrétion de l'équipe de Cyberpresse. Pour plus d'information, consultez notre nétiquette. Si vous constatez de l'abus, signalez-le.

publicité

publicité

la liste:9856:liste;la boite:1830524:box; Le tpl:300_op-articles-photos.tpl:file;

LE CERCLE LA PRESSE >

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Un groupe de commentateurs citoyens qui profitent d'une vitrine exceptionnelle sur l'accueil du site web. Les membres sont sélectionnés par la salle de rédaction pour la pertinence de leur propos, leur expertise, le style et la qualité de leur écriture.

Participez

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

image title
Fermer