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Le Québec en bas bruns

Jerry Beaudoin
 

Jerry Beaudoin

Enseignant au primaire

J'imagine déjà certains amis de la Beauce me regarder en grimaçant et me lancer des « Es-tu malade ? » ou des « On voit bien l'effet que la vie à Montréal a eu sur toi ! ».

Pourtant, je suis profondément convaincu que la culture devrait occuper une place de choix parmi les priorités gouvernementales. Puisque la culture, ce n'est pas que le Grand Opéra ou les peintures à 25 000 $. La culture, c'est aussi notre quotidien, c'est ce qui nous permet de nous démarquer des autres sociétés, ce qui nous permet une fois de temps en temps de décompresser et simplement de pouvoir rêver un peu.

Le gouvernement Charest pourra bien se targuer d'avoir fait quelques annonces dans le domaine culturel, entre autres en investissant dans le Théâtre du Diamant qui verra le jour dans le région de Québec, je crois malheureusement que le contexte électoral dans lequel est noyée cette annonce démontre bien le malaise toujours palpable quand il s'agit d'annoncer un investissement culturel. Il faut se le dire, de telles annonces sont parfois moins sexy et politiquement rentables que l'annonce de la construction d'une nouvelle route ou d'un amphithéâtre tant souhaité.

Imaginons-nous pendant quelques instants vivre sans culture. Se réveiller sans musique, sans journal ni livre à lire, aucune ritournelle à entonner dans le métro, aucune série à écouter pour décompresser, aucune revue à feuilleter avant de se coucher, une vie plate quoi ! Bref, un Québec en bas bruns. Certains pourfendeurs des investissements en culture se défendront bien d'être contre ce qu'ils définissent comme une société de loisir, mais ils mettront toujours de l'avant leur volonté que les projets s'autofinancent, n'aient pas besoin de vivre au crochet de l'État. Penser ainsi, c'est nier l'importance du déploiement d'une culture riche et variée.

En misant exclusivement sur l'autofinancement, nous n'aurions peut-être jamais eu l'occasion de découvrir l'exceptionnel talent d'un Xavier Dolan, par exemple. Même si des films du genre de ceux qu'il produit s'éloignent drastiquement des blockbusters, ils conservent leur pertinence et sont souvent de ceux qui permettent de faire éclater de nouveaux débats sociaux, qui permettent à notre société de se redéfinir constamment. Après tout, est-ce que tout le monde y trouverait réellement son compte à vivre dans une société à la Star Académie ? Est-ce que les produits culturels devraient être consommés comme du junk food, dont on s'attarde peu à la qualité, tant que ça nous bourre un peu ?

Ceux qui oseront répondre négativement à ces questions se feront taxer d'être des hurluberlus barbus ou des bohèmes habitant sur le Plateau. Pourtant, que l'on soit sur le Plateau Mont-Royal, à Gaspé ou à Val-d'Or, en mon sens, la culture revêt le même caractère tout aussi important.

En région, on se désole parfois que les principaux investissements culturels aient lieu dans les grands centres urbains, qu'ils soient inaccessibles pour certains. C'est un problème en effet. L'universalisation de la culture serait beaucoup plus prononcée. Mais encore faudrait-il que tous et chacun prenne compte de son importance. Après tout, une forte volonté d'épanouissement culturel partout au Québec inciterait sans doute nos politiciens à repenser leurs priorités, à se laisser porter par le mouvement. Le jour où nous nous ferons tous porteurs de culture, nous aurons fait un pas de plus vers un Québec plus fort, plus fier, plus visionnaire. Un Québec qui aura définitivement renoncé aux bas bruns.

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Commentaires (8)

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  • mrpeanuts: Bien envoyé, mais non nécessaire. Je ne dis pas qu'il est mal de subventionner les artistes dont je n'aime pas particulièrement le travail, mais bien d'assurer la création d'une culture au sens large en premier lieu.
    En tant que citoyen, je vote avec mes pieds: Je dépenserai mon budget mensuel en divertissement pour aller voir Diane Dufresne ou Loco Locass, mais pas Céliner ou Garou.
    Il y a un tas de petits musées à Montréal et à Québec qui valent la peine d'être visiter; mais il y en a une explosion de sites historiques en région qui sont fascinants et aident à former l'esprit. Mais les subventions à ces musées et sites sont faibles et plusieurs endroits fermeront fautes de support. Pour moi, ceci est devastateur pour la culture.
    Je me souviendrai toujours du visage de ma fille lorqu'elle s'est rendu compte de l'évolution du téléphone lors d'une visite au Musée de la Technologie et Sciences à Ottawa! La visite fut gratuite, grâce à une subvention gouvernementale qui permet à certaines bibliothèques ontariennes de donner accès à leurs membres à certains musées. Dont si des artistes en marge de la société perdaient leurs subventions au profit des musées et sites historiques, j'en serais bien aise.

  • Avez-vous entendu nos étudiants grévistes parler de culture? Le manifeste de la CLASSÉ en fait-il une priorité? Pourtant, nous savons que les grévistes sont recrutés dans les domaines des sciences sociales, des arts et des lettres, c'est-à-dire de domaines qui ont du mal à trouver du travail et qui sont souvent méprisés par ceux qui les traitent de pelleteurs de nuage et de pouseux de crayon. Actuellement, la culture marchande, ce sont les humoristes que nous produisons en quantité industrielle. Il faut sans doute rire de tout de peur d'être obligé d'en pleurer (Figaro).

  • @mrpeanuts
    Ce n'est pas lié à ce que vous aimez, mais plutôt lié à ce que l'on vous à montré à aimer, faute de vous présenter une nourriture plus substantielle. Une personne élevée aux big macs, ça ne fait pas une santé très forte. De même, une personne élevée avec de la nourriture intellectuelle pauvre ne favorise pas le développement d'un intellect , de capacités cognitives et d'un sens du jugement très développés...

  • Comme les autres intervenants, je suis pour le financement de la culture mais seulement pour les chose que moi j’aime…

  • ... et pourtant, je vois des message publicitaires à la fin d'un nombre incalculable d'émissions télé: subventionné par le Gouvernement du Québec.
    Tout le monde sait que les comédiens, les chanteurs, les humoristes sont aussi subventionnés.
    La Grande Bibliothèque a été construite en quelle année?
    Qui finance en partie le paquet de festivals d'été de Montréal et d'ailleurs?
    À quel pourcentage déjà les édifices gouvernementaux du Québec doivent-ils acheter des "œuvres" d'art qui sont souvent de pures horreurs, pour "aider" nos z'artistes?
    La culture, faudrait encore que ce soit autre chose que quelques émissions de télé bas de gamme que par pudeur, je ne nommerai pas. La culture, la vraie, ne semble pas intéresser un bon gros paquet de Québécois.
    Ma pire humiliation, c'est quand un étranger me dit "vous parlez bien, difficile de croire que vous êtes Québécoise"....
    Alors pour le tout petit nombre de gens qui aime le vrai théâtre, la belle musique, les émissions de télé de qualité, la BELLE peinture, les belles œuvres, je pense que le gouvernement fait sa part. Et plus. Parce qu'il y a des "œuvres" qui ne méritent rien du tout.
    L'art est subjectif? Mon œil! Quand c'est laid et que c'est une injure au bon goût, il faut être snob rare et se parer d'une "connaissance" imaginaire pour dire que ça a de la valeur. Demandez à un enfant: il vous dira la vérité sans ambages, lui!
    Le Conseil des Arts avait même octroyé $150,000 à un "artiste" qui voulait faire voler une BANANE dans le ciel du Texas. Non seulement ça finançait une pure niaiserie, mais en plus, ce n'était même pas pour notre profit!
    Il faut limiter. Et cesser d'appeler "art" un caca de chien! Désolée, je n'achète pas!
    Côté culture, "drastique" c'est pour une purgation. On dit "draconien"....

  • Si on parle de culture en tant qu'art, je dit JAMAIS:
    Comparez la portion d'investissement dans la culture aux Etats-Unis a celle du Quebec. Ensuite, dites-moi lequel des deux culture a le plus d'impact au Quebec. Enough said: meme en investissant enormement moins en culture que nous, Hollywood et les autres arts americaines entrent plus dans nos salons que la culture Quebecoise pour une seule et bonne raison: personne ne veut de notre culture, nous inclus.
    Point a la ligne. Ca sert a rien de financer comme des dements si ce qu'on produit vaut moins que ce qui viend d'ailleur. Si notre culture etait si grande, ce serait NOUS qui menacerions les autres pays. Suffit de regarder la poussee immense du Hip Hop, AKA culture Bronx, aux Etats-Unis et dans le monde. Croeyz vous qu'ils ont recu du financement de l'Etat? Non. Xavier Dolan, notre nouveau enfant cheri a-t-il recu des deniers de l'Etat? Non. Il a financer son premier film avec ses economies.
    Maintenant, si on parle de cluture au niveau histoire, alors oui je serait tout a fait pour l'investissement dans des musee et, plus particulierement, a investir afin que les eleves visitent ces musees. Dans ce cas la, ce serait un investissement adequate. Mais pour ce qui est des arts modernes? Qu'ils fassent comme leurs ancetres: performer pour survivre. Je prefere avoir un Mozart par siecle a 45 nobodys par annee.

  • "La culture, ce n'est pas que le Grand Opéra ou les peintures à 25 000 $"...
    Faudrait pas toutefois que ça devienne n'importe quoi non plus.
    Pendant des années au Québec, on a assisté au financement de gratteux de guitare sans talent parce qu'ils portaient des causes politiques.
    On a beau dire que la culture, c'est autre chose que la culture d'élite, personnellement, la culture au Québec, elle est plutôt douteuse et je ne suis pas certain de toujours vouloir que mes impôts servent à financer ça... Vous parlez de Star Académie comme du "Big Mac" de la culture et vous avez raison. Mais je ne vois pas en quoi des Marjo ou des Paul Piché sont une "nourriture" culturelle d'un meilleur acabit pour l'éveil de notre population.
    Si vous m'annoncez que vous allez investir auprès de l'OSM, qui est un orchestre qui rayonne internationalement et qui a pourtant du plomb dans l'aile parce que nous nous montrons incapables d'intégrer la culture à l'éducation en bas âge et d'amener notre population à développer un tant soit peu ses capacités sensorielles, je ne vous dirai pas non...
    Certains vont probablement taxer mon propos de réactionnaire, mais je m'en contrefiche. Ce n'est certainement pas avec Loco Locass qu'on va aider notre société à relever le niveau de son intellect et à sortir de ses bas bruns. Et si Loco Locass fait partie de notre société distincte, hé bien je n'ai pas beaucoup de peine à laisser aller cette partie...
    Je suis convaincu qu'il y a des moyens de faire en sorte de favoriser la culture en l'intégrant davantage à l'éducation en bas âge, tout en finançant des médiums culturels un peu plus relevés qui sauront véhiculer adéquatement les valeurs de justice sociale qui nous animent et qui font notre différence. Il n'y a pas que la culture de mauvaise qualité qui peut servir à passer des messages...

  • Il ne faut pas confondre les beaux arts et culture. La culture est effectivement plus que les grands projets et les peintures. Mais c'est aussi plus que l'art en lui-même - C'est l'histoire, les musées, l'environnement, les sports, le jeux. C'est d'ailleurs là que je veux voir l'argent et subventions aller. Je m'inquiète beaucoup plus que 75% des québécois ne connaissent à peu près rien de leur histoire du monde (sans parler de l'histoire de leur province), et qu'une grande majorité ne participe à aucun sport que du fait qu'une minorité ''d'artistes'' perdront leurs subventions.
    En ce qui a trait à la gestion des subventions, je suis beaucoup plus inquiet du fait que R.C. perdra d'importantes sommes que du fait que de l'argent soit enlevée de certaines agences de subventions. Quand on voit quel genre d'art ces subvention ont supporté, je me dis qu'il doit y avoir un contrôle beaucoup plus sérieux de ces agences de toute façon. Tout n'est pas ''art'' - il y a des limites à être bonasse et à favoriser ''l'art marginal''!
    Il y avait musique, émissions télévisées, revues et spectacles avant que les gouvernements ne commencent à mettre de nos sous dans le financement de ''l'art''. ''L'artiste'' du temps devait être en mesure d'en faire son diner, non?
    Finalement, si ''l'artiste'' devient soudainement populaire et riche, il se doit de repayer ces subventions, ou à tout le moins l'octroi doit cesser, de façon à rediriger les fonds vers d'autres ''artistes'' dans le besoin. La subvention ne doit pas, comme il est si souvent le cas, une source de financement permanente. Donner une subvention à Céline, par exemple, est une grossière et brutale mauvaise gestion des fonds....
    R Deschambault

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