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En finir avec les b.s.

Jean-François Boisvert
 

Jean-François Boisvert

Auteur et porte-parole de la Coalition Objectif 22

«Nous devons nous attaquer une fois pour toutes à l'injustice engendrée par un système qui privatise les gains et socialise les pertes.»

Ces paroles n'ont pas été prononcées par Léopold Lauzon ni par un représentant de Québec solidaire, mais par Mark Carney, gouverneur de la Banque du Canada, jeudi dernier lors d'une allocution devant les membres du Cercle canadien.

M. Carney dénonçait les institutions financières que la trop grande avidité pousse à des comportements risqués, qui finissent par provoquer des crises; les gouvernements doivent alors intervenir, en injectant des fonds énormes (700 milliards de dollars aux États-Unis suite à la débâcle de 2008) pour sauver le système économique.

Le gouverneur de la Banque du Canada ajoutait que «En plus du coût public des sauvetages, il faut tenir compte de la subvention implicite, qui est moins transparente et qui perdure.» En effet, profitant du soutien direct et des garanties offerts par les gouvernements, les grandes banques bénéficient de coûts d'emprunt plus faibles. Ainsi, selon une récente étude du Fond monétaire international, les 20 grandes banques mondiales ont, grâce à ce support, économisé 70 milliards par année avant la crise, soit l'équivalent de 20% de leurs bénéfices. Se sachant «protégées» en cas de catastrophe, les banques seraient également portées à prendre plus de risques.

N'y a-t-il pas quelque chose de scandaleux dans la duplicité des banquiers? Lorsque les choses vont bien et que les banques font de l'argent, ils prétendent que c'est grâce à eux. Pour se récompenser, ils s'octroient sans gêne de généreux bonis. Par exemple, en 2011, les six grandes banques canadiennes ont versé 9,47 milliards de dollars en primes et bonis à leurs dirigeants et cadres (La Presse, 8 décembre 2011), pactoles s'ajoutant à leurs salaires déjà stratosphériques. Par contre, lorsque les choses vont moins bien, alors ce n'est pas de leur faute mais plutôt celle des marchés, de la «conjoncture» ou quelque autre obscure raison. En assistés sociaux de luxe, ils s'empressent d'implorer l'aide des gouvernements, s'adonnant à un honteux chantage: si nous tombons, ce sera tout le système qui s'écroulera. Vous n'avez ainsi pas le choix de nous renflouer...

Les chantres du libéralisme serinent qu'il faut laisser librement agir les forces du marché. Si c'est cela, il faut alors se plier aux règles du jeu en toutes circonstances. Car, rappelons-le à ceux qui veulent l'oublier lorsque cela fait leur affaire, si le capitalisme récompense (parfois) le risque, il punit aussi, et sans pitié, l'échec.

** Précisons: par l'acronyme b.s., je ne désigne pas les assistés sociaux, trop souvent pris pour cible par certains chroniqueurs, mais plutôt les banques subventionnées.

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Commentaires (9)

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  • Hydro-Québec, la SAQ et la Caisse de dépôt contribuent à la richesse collective. L'exploitation du pétrole en Anticosti devrait profiter à la collectivité. Alors, les citoyens devraient aussi avoir le choix de faire affaire avec une banque gérée par l'état plutôt qu'enrichir ces banques privées.
    SDaigno

  • Bon titre!
    Bon titre!

  • Suite de ce qui précède... (J'aime tant ces formulations vides!)
    Les banques ont joué un rôle essentiel dans l'établissement de l'empire américain. Après la Grande Crise dont les USA sont sortis non grâce à la Guerre mais suite à l'application des principes de Keynes (contrôle étatique, politiques d'étalement de la richesse, augmentation du poids économique des institutions publiques), elles ont agi de façon prudente et modérée durant 40 ans. Beaucoup les jugeaient trop "lourdes" justement.
    Elles ralentissaient l'économie! L'immense capital retenu ainsi a stabilisé le marché et lui a permis de grandir lentement mais sûrement.
    Puis, avec Kennedy, Nixon, Reagan surtout, on a déréglementé, décrié l'État comme un empêcheur de faire du fric en rond. L'État, et surtout ses règles, sont devenus l'Ennemi Économique Numéro Un avec plein de majuscules.
    Comment percevons-nous le capital maintenant ? Nous ne le percevons pas du tout, il a disparu. Parti en fumée dans une fluidité complète impossible à saisir­.
    La seule façon de redonner ses lettres de noblesse au Capitalisme est de le ramener à son sens réel, celui d'immobilisation de biens en une région pour créer des initiatives, projets... et jobs stables au bout du compte. Eh oui, immobiliser le capital! Pas pour qu'il stagne mais pour qu'il serve là où nous sommes, en autarcie.
    Seul l'État peut le faire puisque les banques sont rendues folles à lier. Je dirais bien, "pires que ma blonde" mais elle regarde par-dessus mon épaule là là... Je tiens à la vie.
    Après l'interlude de détente, considérons que malgré ses défauts l'État est le seul joueur sur lequel nous avons un peu de prise.
    Ça peut sembler simplet mais seul le Capitalisme d'État peut jouer le rôle de stabilisateur nécessaire à toute structure sociale. Je parle de subventions aux compagnies en échange d'actions non-votantes, de prise en main , non des décisions mais des leviers de développement. C'est en capitaliste que je rêve d'un État plus gros.

  • Il y a des erreurs de perspective étonnante de notre petit monde. Par exemple cette idée fixe que l'argent rapporte plus dans le privé qu'au public ou que les frontières sont une invitation à augmenter les prix parce qu'elles brisent la concurrence.
    J'ai suffisamment travaillé comme consultant auprès du gouvernement et de petites, moyennes, grandes et immenses entreprises pour savoir que ces dernières sont des exemples de gestion catastrophique. Vous voulez voir des fonctionnaires jouer au golf dans les couloir... avec des bois (si, si) ? Copuler sur la grande table du conseil d'administration ? Tous les jours je vous dis !
    C'est que les administrateurs s'en foutent, ils font de l'argent comme de l'eau! Suffit de faire croire à un gouvernement quelque part qu'ils vont investir pour que les subventions pleuvent. C'est avec celles-ci qu'ils investissent puis font des profits avant de partir et tout laisser en plan. Leur propre fric ne sert que de levier, jamais plus. Quant à savoir ce qu'ils font pour leurs impôts... ce mot est disparu de leur vocabulaire, ça dit tout.
    Les banques sont entrées dans la danse peu après que les USA aient dégelé le prix de l'or vers 1974, et vingt fois plus depuis que nous sommes entrées dans l'ère du mondialisme. Aujourd'hui il y a de fortes chance pour qu'une partie des sous que vous déposez se retrouvent utilisés pour financer une vente d'armes à un quelconque général africain bien entouré d'enfants-soldats, tout ça via les îles Caïman ou la City de Londres.
    Le fait est que la plus grande partie du grand capital mondial n'existe plus que dans le nuage électronique et ne sert jamais à faire pousser la moindre petite patate où que ce soit.
    Parasites, dites-vous ? J'apprécie votre gentillesse, je vous jure.
    Il y a des solutions à cet état de fait mais personne ne peut prétendre qu'elles soient douces. Pas violentes en soi mais pas du tout conciliantes, et on peut être sûr que la réaction sera très dure, elle...
    Suite au prochain billet.

  • ..«Nous devons nous attaquer une fois pour toutes à l'injustice engendrée par un système qui privatise les gains et socialise les pertes.» (Mark Carney)
    Voilà une déclaration étonnante de la part de quelqu'un qui a passé treize ans chez Goldman Sachs. Ses anciens collègues et surtout ses anciens patrons doivent être verts de rage.
    S'il reste encore des sceptiques à propos du rôle des banques et particulièrement de Goldman Sachs, je leur recommande la lecture du livre de Marc Roche intitulé «LA BANQUE» et sous-titré «Comment Goldman Sachs dirige le monde». (Albin Michel, collection POINTS, 2010) C'est à la fois éclairant et inquiétant.

  • En passant, ce n'est pas "Léopold" Lauzon, mais Léo-Paul Lauzon...
    Il n'y a pas que chez les "b.s." qu'il y a des "b.s. corporatifs". Quand une grosse entreprise flanche (et ce n'est pas comme le pauvre hère qui doit faire appel à la loi sur la faillite), elle fait appel à de l'aide du/des gouvernement(s). Mais chez les banques, c'est une véritable honte.

  • @ betune, vous faites la même erreur que la plupart des petits investisseurs: vous vous laissez vendre des fonds mutuels par le “conseiller financier” de votre banque.
    Votre banque n’emploie aucun conseiller financier. Elle emploie des vendeurs de fonds mutuels, qui ont pour but de vous vendre des produits qui vous coûtent plus de 2% par année en frais de gestion, et qui, en plus, sous-performent systématiquement l’indice boursier.
    Ces fonds mutuels ne vous sont pas vendus pour vous faire faire de l’argent, mais pour vous en enlever au profit de la banque qui emploie le vendeur de fonds mutuel.
    C’est pour ça que votre rendement n’est que de 1.75%. Si vous aviez plutôt investi directement dans des Ishares, par exemple, vous auriez fait environ 4% par année. La différence est dans les poches de la banque.
    Pire encore: si votre “conseiller financier” voyait à vos intérêts, il vous dirait de ne pas mettre de fonds mutuels dans votre REER, car si vous le faites, vous abandonnez au gouvernement le crédit de gain en capital que vous pourriez déduire si jamais le fonds mutuel devait faire un profit. Mais il ne vous le dit pas, car il veut vous vendre son produit toxique, même si ça veut dire que vous allez payer trop d’impôts plus tard.
    Vous voulez faire mieux que 1.75%, alors congédiez votre “conseiller financier”.

  • Bravo !
    Ceci dit je me questionne sur l’avenir.
    Comment faire cesser ce cirque qui se fait principalement aux frais de la classe moyenne ?
    On nous dit de préparer notre retraite en investissant dans les RÉER.
    Nous l’avons toujours fait avec le résultat suivant :
    En 2008, j’ai perdu 20% du capital investi.
    Pendant une période, je ne regardais même plus les relevés, toujours négatif.
    Sur une période de 20 ans, le rendement a été de 1.75 %, insuffisant pour couvrir l’inflation.
    En fait mes économies se sont envolées en grande partie pour aller dans les poches de ces savants financiers qui nous encouragent à investir mais qui en bout de ligne se servent de notre argent pour leurs fins personnelles.

  • Le genre de texte dont la lecture devrait être obligatoire pour tous les citoyens. Merci M. Boisvert.

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