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Le naufrage grec (seconde partie)

Caroline Morgan
 

Caroline Morgan

Traductrice et ex-membre de la classe politique

La crise de la dette en Grèce a confronté ses habitants à l'ineptie du gouvernement, dont ils étaient à la fois les profiteurs et les victimes. La seconde partie de cet exposé porte sur la gouvernance et la comptabilité publique grecques.

Maquillage des comptes publics : Pour faire semblant de respecter les critères d'entrée dans la zone euro en 2001, la Grèce avait fait appel à la banque Goldman Sachs afin de trafiquer ses comptes et de diminuer artificiellement sa dette et son déficit, entre autres à l'aide d'instruments financiers appelés «credit default swaps». En fait, les comptes publics grecs seraient truqués depuis déjà de nombreuses années.

Une gouvernance bordélique : Le système juridique est compliqué et la règlementation lourde. De multiples permis sont nécessaires pour démarrer une entreprise, et les fonctionnaires donnent parfois des informations contradictoires sur les règlements à respecter. Ce flou favorise un système de clientélisme, dans lequel les citoyens sont pratiquement obligés de recourir aux «fakelaki» (petites enveloppes) pour obtenir un service décent. Les dépenses loufoques se multiplient, par exemple des subventions pour des plantations de coton inexistantes dans une région rocheuse impropre à toute culture. Un autre ministère compte officiellement 20 jardiniers, mais aucun jardin à soigner. Dans une agence publique créée pour mener à bien l'assèchement d'un lac, une trentaine d'employés étaient encore employés... alors que les travaux ont été terminés en 1957! Et ce n'est là qu'un échantillon.

Toutefois, l'aspect le plus spectaculaire du fouillis de l'État demeure sans doute l'absence de cadastre, le système officiel d'enregistrement des propriétés foncières. Sans cadastre, pas d'impôt foncier, et il est impossible de vendre des biens publics. Les limites des propriétés sont floues, et un million de résidences auraient été construites sans permis.

La fonction publique choyée complique encore le casse-tête. Au nombre de 800 000 l'an dernier, soit 20 % de la population active, les fonctionnaires ont une garantie d'emploi à vie inscrite dans la Constitution. Leur salaire officiel est bas, mais ils s'enrichissent avec toutes sortes de primes plus grotesques les unes que les autres. Touchés les premiers par les mesures d'austérité, ils font leur possible pour enrayer les tentatives de réforme.

Devant un tel désastre, comment s'étonner que d'autres pays rechignent à aider la Grèce? Les Allemands, qui érigent la discipline en vertu, refusent de payer la note, poussent la chancelière Angela Merkel à la ligne dure. Or, les mesures d'austérité draconiennes ont déjà plongé le pays dans une profonde récession, comme un obèse soumis à une cure d'amaigrissement trop rapide. La population se révolte, soutenue par la montée des extrêmes politiques au Parlement.

Devant ce naufrage, inutile de blâmer le néolibéralisme, le communisme, les banques, les syndicats, les fonctionnaires, les patrons, l'austérité ou n'importe quel autre Antéchrist idéologique de votre choix. L'origine de la débâcle se trouve dans un État de droit inabouti et dysfonctionnel, qui a favorisé un bouillon de corruption, de clientélisme et de magouille. Les millionnaires et les gagne-petit, les entrepreneurs et les fonctionnaires, le privé et le public ont tous contribué à perpétuer ce système collectif aux profondes racines historiques. L'apogée de ce système se trouve dans l'alliance du gouvernement grec et de Goldman Sachs, le représentant du peuple et celui de la haute finance, le symbole du public et celui du privé, se donnant la main pour duper l'Union européenne. Un véritable cheval de Troie pour l'Europe.

Toutes les mesures d'aide ne suffiront probablement pas à sauver la Grèce de la déroute finale. Les jeunes, qui redoutent déjà cette issue, sont de plus en plus nombreux à quitter leur patrie pour refaire leur vie ailleurs.

L'auteure est traductrice, ex-directrice des affaires politiques de la Commission des jeunes de l'ADQ et a été par deux fois candidate aux élections provinciales.

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Commentaires (10)

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  • @kataklism : Les blogueurs du Cercle La Presse sont bénévoles et assument seuls le contenu de leurs articles. La Presse n'y est donc pour rien.
    Par contre, vous avez raison à propos des CDS. En relisant l'article en hyperlien qui m'a servi de source, je me suis rendue compte que je m'étais emmêlée dans les instruments mentionnés. L'instrument utilisé pour camoufler la dette était les « currency swaps » (swaps de devises). Quant aux CDS, Goldman Sachs les auraient utilisés pour empocher de grosses sommes en cas de défaut de paiement de la Grèce.

  • Petite correction ici,
    La grèce n'a pas entré dans des Credit Default Swap (CDS) pour cacher sa dette... Un CDS est une protection contre le défaut d'une entité précise... Cet instrument ne sert en aucun cas à cacher une dette sur un Bilan. Je trouve navrant qu'un journal tel que LaPresse ne soit pas plus minutieux dans ses recherches avant d'écrire des articles.

  • Merci à tous de vos commentaires.
    @jolto : Votre compliment me flatte, mais je dois dire que mes sources d'information sont pratiquement toutes des articles de journaux. Par contre, ce sont presque tous des journaux européens. Je déplore le peu d'analyse qui est faite ici des problèmes sociaux et économiques à l'étranger, particulièrement en Europe, alors que nous pourrions en tirer tellement de leçons.

  • @Caroline Morgan
    Vos chroniques et analyses sont instructives, honnêtes et fouillées.
    Bravo! C'est rafraichissant de lire vos billets car trop de journalistes font preuve de paresse intellectuelle...

  • Très bon résumé de la situation grecque. Merci beaucoup. Heureusement, le Québec n'a pas eu besoin de Goldman Sachs pour trafiquer son déficit. Voir à ce sujet l'excellent texte de Gilbert Lavoie paru en mars dernier http://blogues.lapresse.ca/gilbertlavoie/2012/03/22/le-beurre-et-largent-du-beurre/
    Merci encore.

  • Et qui a dit que l'ADQ ne comptait dans ses rangs qu'une gang d'ados ? Belle analyse, Mme Morgan. Et Svp veuillez vous représenter aux prochaines élections ! :)

  • .
    Ce qui me bogue dans tout ce cafouillage grec, c'est que tout le système boursier et financier est ébranlé par cette fumisterie concocter par Goldman Sachs.
    Normalement quand on a cerné le problème correctement, on a la moitié de la solution .... Non ?
    À moins que le vrai problème, c'est que la tragédie grecque (décrite ci-haut) soit présente dans plusieurs autres pays .... Italie, Espagne, ...

  • Félicitations madame Morgan!
    Claude Dufour

  • Pour ceux et celles que ça intéresse, la première partie se trouve ici : http://www.lapresse.ca/debats/le-cercle-la-presse/affaires/201206/11/48-496-le-naufrage-grec-premiere-partie.php

  • Excellente analyse de la situation. Je comprends les Allemands de se sentir floués et d'être réticents à payer la mauvaise gestion des Grecs.

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