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Turcotte, Morin et la déresponsabilisation

Étienne Boudou-Laforce
 

Étienne Boudou-Laforce

Étudiant à la maîtrise en service social et intervenant en santé mentale

Il est regrettable que le controversé verdict de Guy Turcotte n'ait eu cesse jusqu'à maintenant de nourrir les préjugés et la méfiance de la population envers les personnes aux prises avec un trouble de santé mentale. Sur différentes tribunes, certains ont laissé entendre, à grands coups d'inductions et de sophismes, que ces derniers ont tendance à se déresponsabiliser face à la justice. D'autres encore affirment qu'ils sont potentiellement dangereux. Or, c'est méconnaitre ces gens, qui majoritairement s'accommodent très bien de leur « dérèglement intérieur ».

À l'opposé d'un Guy Turcotte qui a endossé le rôle de victime, ils veulent être responsabilisés quant à leurs actions. Bien sûr, il y a des exceptions qui amènent à reconsidérer la notion de responsabilité. On peut penser aux personnes prises avec un trouble psychotique tel la schizophrénie ou le trouble schizo-affectif. Ces derniers troubles peuvent induire des hallucinations et des idées délirantes chez l'individu et ainsi venir fausser son jugement et sa perception de la réalité. Par conséquent, ces troubles mentaux peuvent parfois « légitimer » un verdict de non-responsabilité criminelle. C'est le cas de Pascal Morin, souffrant de schizophrénie, qui a enlevé la vie à ses nièces et sa mère. Durant ce malheureux évènement, M. Morin avait l'impression qu'il devait détruire les trois diables (les trois victimes) afin de « libérer le monde ».

Le cas de Turcotte est évidemment de toute autre nature. En effet, bien que des symptômes psychotiques puissent aussi être présents dans le trouble d'adaptation avec anxiété et humeur dépressive, ils ne sont pas à la base de la définition de celui-ci. Le verdict de non-responsabilité ne peut donc s'appuyer sur ce désordre mental, n'en déplaise au jury. Que Turcotte ait bel et bien « perdu la tête », c'est fort possible. Par contre, bien plus que le trouble mental invoqué par la défense, le cataclysme psychique vécu lors de la nuit fatidique est davantage explicable par son profil de personnalité, notamment ses traits narcissiques.

Concernant Morin, il est devenu « autre » quelques temps après avoir arrêté de prendre sa médication. Cet arrêt peut avoir été entrepris dans un élan libérateur - « ça va bien donc j'arrête de prendre mes pilules » - ou bien encore à la suite à une augmentation soudaine de ses symptômes qui a pu mettre à mal la prise de médicament régulière.

Si la souffrance et la détresse de l'un et de l'autre sont bien réelles et ne peuvent subir de comparaison, on peut toutefois relever leur façon différente de se positionner face aux évènements et d'envisager leur avenir. Alors que Guy Turcotte se voit déjà pratiquer à nouveau la médecine, démontre peu de remord - ou alors un remord calculé- envers les gestes posés et semble accepter de suivre une thérapie dans l'unique perspective d'une libération sans condition, M. Morin demande formellement de l'aide et du soutien. Il souhaite notamment entreprendre une thérapie et continuer son traitement pharmacologique, et bien qu'il soit quelque peu dans le déni à l'occasion, ce dernier parvient à concevoir l'étendue de ce qu'il a fait. De plus, Morin ne se fait pas d'illusion concernant sa réinsertion sociale, il conçoit que cela ne sera pas aisé.

Aux yeux d'un grand nombre, ne pas demander de l'aide et se laisser sombrer dans la tourmente nous amène à être responsable des conséquences qui en émanent, trouble de santé mentale ou non. Plus que tout, il apparaît que la responsabilité de l'individu doit dépasser le simple cadre d'« au moment des faits ». Elle doit s'inscrire dans une perspective globale et nuancée. Là est ce qui distingue peut-être fondamentalement l'affaire Morin de l'affaire Turcotte.

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Commentaires (10)

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  • Je crois personnellement que nous avons assisté à la plus belle fumisterie des temps modernes. Expliquez-moi comment un médecin, qui a accès à des médicaments qu'il est censé connaître, n'a pas jugé bon d'utiliser lesdits médicaments plutôt que de boire du lave-vitre? Ou encore, il aurait toujours pu se pendre!
    La réponse est simple: il n'a jamais voulu se suicider, seulement en donner l'impression!
    Turcotte s'est moqué de tout le monde, car son stratagème a fonctionné.
    A moins que la Cour d'Appel n'en décide autrement.

  • Merci pour votre texte éclairant où on comprend très bien qu'on ne peut mettre dans le même panier le cas Turcotte et d'autres cas. Votre explication est très claire et je vais la partager avec mes amis.
    Le peuple est instinctivement sage et il voit bien que le cas Morin n'a rien à voir avec le cas Turcotte, il est prêt à croire en la maladie mentale du premier et à pardonner mais il ne croit pas en la maladie mentale du second, ne peut donc pardonner et demande réparation.
    Espérons que lors du second procès, les juges ou le jury pourront lire ce que vous écrivez
    Le cas de Turcotte est évidemment de toute autre nature. En effet, bien que des symptômes psychotiques puissent aussi être présents dans le trouble d'adaptation avec anxiété et humeur dépressive, ils ne sont pas à la base de la définition de celui-ci. Le verdict de non-responsabilité ne peut donc s'appuyer sur ce désordre mental, n'en déplaise au jury. Que Turcotte ait bel et bien « perdu la tête », c'est fort possible. Par contre, bien plus que le trouble mental invoqué par la défense, le cataclysme psychique vécu lors de la nuit fatidique est davantage explicable par son profil de personnalité, notamment ses traits narcissiques.
    Et le condamner en conséquence.

  • Ce crime est tout a fait hors normalite a cause de la sauvagerie de l acte envers des 2 innocents, ca depasse l entendement,le crime est devenus partie du quotidien, en Iraq on se fait sauter par dizaine,vingtaine centaine.Tous y passent aveuglement,,sans exception d age,les innocents sont immoles a l hotel de la barbarie humaine.Ici c est l avortement notre hotel de la barbarerie qui conduit vers une desensibilation de la vie.Le peche dans le monde devient manifeste de jour en jour, la justice est devenus injustice en releguant a des psys qui parlent du chainon manquant comme raison du crime,darwin attend toujours dans sa tombe le fameux chainon manquant jamais trouve. Comment peut on pretendre avec de telles inepties faire office d etre intelligent et juste???
    rom3:10 Il n y as point de juste,pas meme un seul,nul n est intelligent nul ne cherche Dieu. Tous sont egares tous sont pervertis , il n en est aucun qui fasse le bien. Leur gosier est un sepulcre ouvert ; ils se servent de leurs langues pour tromper ,ils ont sous leurs levres un venin de vipere,leur bouche est pleine de malediction et d amertume ; ils ont les pieds leger pour repandre le sang . La destruction et le malheur sont sur leur route. Ils ne connaissent pas le chemin de la paix et la crainte de Dieu n est pas devant leurs yeux.

  • Commençons donc par reconnaître - dûment et définitivement - la présence d'un trouble masculin majeur en sol québécois, et ce, en lieu et place de jouer perpétuellement à l'autruche, de manière à prévenir tant l'autodestruction que le geste à connotation de violence extrême à l'avenir.
    En effet, depuis plus d’une trentaine d’années, le Québec assiste – silencieux – à la formidable explosion d’un trouble collectif masculin majeur, sous forme de comportements névrotique, psychotique et psychopathique ; désordres psychologiques et comportements destructeurs en tout genre affligeant désormais massivement le genre masculin – hommes et garçons confondus – alors que dépression, alcoolisme, toxicomanie, jeu compulsif, et itinérance demeurent constamment à la hausse ; cela, à l’image de l’acte à caractère violent, parfois extrême, et auquel le mâle s’adonne tant à l’égard de sa propre personne que d’autrui : suicides à répétition, homicides et homicides-suicides intra-familiaux, et tueries en milieu public (Assemblée nationale, Polytechnique, Concordia, Dawson) ont ainsi explosé en nombres, fauchant ou affectant gravement la vie d’un nombre astronomique de victimes innocentes.
    Un trouble collectif masculin majeur confirmé par son caractère hétérogène, alors qu’il afflige exclusivement les mâles - homme et garçon confondus - sur l’ensemble du territoire québécois et ainsi, peu importe leur âge, citoyenneté, origine ethnique, statut social, style de vie ou convictions spirituelles ; lesquels adoptent - à l’échelle collective - un comportement déviant homogène, c'est-à-dire analogue ou identique à celui de l’individu type confronté à une forme ou une autre de ce puissant déséquilibre masculin.
    Dégoûtant, le comportement de Guy Turcotte ?
    Bien sûr.
    Mais que dire de celui d'une collectivité réfugiée (obstinément) dans le déni, lequel amplifie, justement, une problématique sociale pourtant ô combien évidente !
    Gordon Sawyer
    Montréal

  • Vous me fairez pas accroire qu'après 46 coups de couteau,que la réalité nous échappe ?
    Quand Turcotte est arrivé a tuer sa fille,il savait ce quIl faisait.Il avait tué son fils avant.
    Il est dans un déni très narcissique,qui est un trait de personnalité,qu'il gardera toute sa vie. D'après moi il a peu de surmoi.Car son égo est trop gros.

  • C'est un excellent article qui résume bien notre compréhension et notre incompréhension de cette situation!

  • Les gens ont souvent des comportements irresponsables alors la justice leur renvoie leur image et ils ne sont pas contents!

  • J'apprécie votre article comparant les cas Guy Turcotte et Pascal Morin.
    On ne peut que constater la maladie réelle et assumée de Morin d'une part, et l'indéfinissable malaise ressenti devant les réactions froides et comme déconnectées face aux réalités présentées parTurcotte.
    Je ne peux concevoir l'analyse du psy qui l'a absous comme une mesure sage et justifiée.
    Georges LeSueur

  • Il sera intéressant de voir quels sera le verdict des jury dans les procès de Richard Bain et de Sonia Blanchette.

  • Mes respects Monsieur Boudou-Laforce et remerciements pour votre «éclairant» papier. Je suis de celles et ceux «ayant perdu la tête» pour en arriver, un inqualifiable jour, à enlever la vie à être humain. Dans cette «perte de tête» qui fut mienne, j'y porte ma part de responsabilités. Part que je ne puis ni quantifier ni qualifier. je ne suis pas né «criminel». Je le suis devenu...avec de l'aide...Dans la vie, il y a soi, les autres et «Le Monde». Le 22 février dernier, privilèges et bonheurs...exigeants...ont été miens de témoigner devant les membres du Comité d'experts Cf. «Les drames intrafamiliaux au Québec» J'y ai partagé de 31 constats de ce qui avait contribué à ce que je «perde la tête...»Il m'en a pris 23 ans pour en arriver à faire la liste de ces 31 constats. Encore la semaine dernière, j'en ai ajouté un à la liste. Dans ce que vous écrivez, je m'y reconnais, au passé, dans moult de vos «passages».
    Je suis heureux de vous avoir lu...un très bel exercice, je dirais, comparatif entre messieurs Morin et Turcotte. Concernant ce dernier, il «n'est pas sorti du bois». Il a rendez-vous avec «Le Chaînon manquant» dixit des psychiatres interviewés aujourd'hui. Je comprends ce qu'ils veulent «dire».
    Mes respects Monsieur Boudou-Laforce et excellente poursuite de vos études.
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen -ex-bagnard et écrivain publié «en devenir»
    Saint-Mathieu de Rioux, Qc,
    P.S. J'ai eu privilèges et chances de «faire» études post-carcérales où j'y ai «croisé», «fréquenté», à l'occasion Freud, Jung, Rogers, Pineau et combien d'autres. Études que j'avais besoins et goûts de réaliser: «Pychosociologie et Études des Pratiques psychosociales».

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