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Docteur, j'ai mal à l'âme

Lydie Coupé
 

Lydie Coupé

Professionnelle des communications et blogueuse lydiecoupe.blogspot.ca

Elle a frappé un mur il y a deux ans. Fatiguée, déboussolée, perdue, elle a pleuré, ruminé, douté, et puis sombré. Des tas de questions existentielles ont alors déboulonné dans sa tête déjà trop pleine: comment en suis-je arrivée là? Où me suis-je trompée? Suis-je en train de passer à côté de ma vie? Est-il trop tard? La totale...

Certes, elle savait qu'elle n'était pas la première à qui cela arrivait à son âge, car elle avait lu quelque part le psychiatre Christophe Fauré déclarant : «Vers 40-50 ans, nous sommes tous en mue», une transition plus communément connue sous l'expression «la crise de la quarantaine». Et ajoutant «que ce temps charnière de l'existence n'annonce pas un déclin, mais l'occasion de nous épanouir».

Oh, elle aurait bien voulu le croire, mais à ce moment sombre de son existence, la lumière au bout du tunnel était bien faible. Elle a plutôt décidé de battre en retraite et de se replier pour tenter de démêler ces noeuds qui avaient meurtri son âme et endolori son corps tout entier.

La femme dont je vous parle, c'est moi. D'aucuns me prendront peut-être pour une folle (sic!) d'affirmer ici à la face du monde que j'ai souffert d'une dépression. En fait, imaginez que vous le souffle à l'oreille. Car, hélas, cette maladie est encore entourée de préjugés et faussement prêtée aux personnes soi-disant sans aucune force de caractère. Sujet tabou, il semble qu'il vaut mieux taire cette expérience de vie au sein d'une société qui carbure à la performance et à la réussite matérielle.

Dans notre paisible province, les tragédies familiales font de plus en plus souvent les manchettes, et la dernière en date semble nous mettre de nouveau en présence d'un sujet qui dérange: la maladie mentale. Pourtant, après une hyper médiatisation du drame, parions que nous allons rapidement reporter notre attention sur d'autres sujets, notamment nos achats de Noël en ce temps-ci de l'année.

Jusqu'à une autre tragédie qui nous réveillera bien sonnés. Quelles sont les solutions pour déceler un désespoir précoce? Pour mieux encadrer des personnes à risque? Je n'en sais rien. Vous me direz peut-être que les personnes dépressives ont bien dû ouvrir une petite porte sur leur malaise, ont bien dû traîner leur tristesse autrement que dans leurs pieds, n'ont pu vivre l'invivable sans que cela ne paraisse? Certes, mais si vous me permettez de reprendre mon exemple, aucune personne de mon entourage, qu'il soit social ou professionnel, n'avait décelé la gravité du mal qui me rongeait. Une grosse fatigue, oui, une dépression, non. Mais comment auraient-ils pu y voir plus clair alors je m'efforçais de fonctionner comme si de rien n'était. Car bien entendu, il ne fallait surtout pas lâcher au risque de passer pour une fille fragile...

Bref, restons vigilants, soyons toujours à l'écoute et gardons l'oeil plus grand ouvert, notamment sur ces jeunes désespérés et incompris, dont la vie s'envole bien trop tôt. Ou trop tard.

En attendant, je vous laisse sur une citation:

«Seul l'arbre qui a subi les assauts du vent est vraiment vigoureux.» Sénèque

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Commentaires (9)

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  • Merci à vous, monsieur Bourdages, pour votre témoignage bien plus émouvant que celui de ma petite année de vague à l'âme...

  • Il est 4.44 a.m. et me voici à fureter sur Cyberpresse. Un «dernier tour de piste» et mon attention est attirée par votre puissant «Docteur, j'ai mal à l'âme». Ma réaction? «Je me dois d'aller «voir», d'aller consulter ce que cette dame Coupé a à y dire. J'ai lu. Et m'y suis reconnu. Un 1er mot à votre endroit Madame Coupé : MERCIS! Oui, mercis de me rappeler combien j'ai de mercis à adresser à TOUT ce qui m'a permis et permet d'ÊTRE...tout court...ici et maintenant. Dans une minute...je verrai. J'ai expérimenté schizophrénie-paranoïde doublée de narcissisme. J'ai connu, à justes titres et justice, prison et pénitencier(s). Séjour entrecoupé d'un séjour d'un mois à L'Institut Louis.P.Pinel et ce, à ma demande. Ce dont votre interpellant titre m'a surtout rappelé : un fait de ma vie carcérale. Imaginez ou imaginons-nous, un beau samedi matin, à la bibliothèque du pénitencier où je «réside». Je furète à travers les allées sans trop savoir ce que je cherche et d'un seul coup mon regard est attiré par le titre d'un volume : «Le mal de l'âme...» D'un seul jet de main, je le prends. Les auteurs: «Denise Bombardier et Claude St-Laurent». J'enregistre mon prêt, retourne dans ma cellule, persuadé que ce livre là était là pour moi. J'ose plus: il m'attendait. Au hasard, j'ouvre une page...puis une autre, sans ordre précis et je lis...je dévore. Quelques pages me suffiront. Ce bouquin...c'est LA situation dans laquelle je suis. Je suis en pénitencier AUSSI parce que je souffre d'un très profond mal de l'âme. Il me prendra des années pour réaliser que je portais ma large part de responsabilités quant à ce chronique, à l'époque, mal de mon âme. Aujourd'hui? Heureux je suis. Il m'en a pris 23 ans pour y arriver...tout un périple pour lequel je me répète: je redis MERCIS tout comme je vous remercie pour ces bienfaits de la lecture de votre touchant «papier».
    Mes respects Madame,
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - ex-bagnard- écrivain «en devenir»
    http://www.unpublic.gastonbourdage

  • Le problème avec la dépression c'est que c'est une maladie très insidieuse, on est sur une pente descendante...on fait des efforts pour se couper du stress mais rien n'y fait. Un jour on se rend compte que plus rien ne vas plus, on ne dors plus, mange moins, on a la larme facile, on produit moins au travail, on tourne en rond et on est plus capable de remonter cette même pente...et bang! Le verdict: dépression majeure, on tombe des nues! Impossible, moi? Dépression ben voyons!!! Encore faut il être capable de demander de l'aide....quand on est enfin arrêté...on dors 16 heures par jour et on se déteste de ne pas être capable de sortir du lit. Souvent quand on est dans cet état d'esprit on a plus de porte de sortie sauf...l'irréparable. Ça n'excuse pas le geste sauf que quand on a connu cette maladie, le questionnement devient plus profond.

  • Tout d'abord Mme Coupé, je tiens à vous faire part de toute mon admiration. Avouer publiquement avoir frappé un mur n'est pas chose facile. Mais si cela peut aider à démystifier la maladie mentale et à en amoindrir les préjugés vous n'aurez pas fait cela pour rien.
    J'ai moi-même souffert de trouble de dépression majeure. En fait, ma guérison n'est pas complète encore et cela fait depuis plus d'un an que je me débats avec cette maladie. Pour tenter de briser le cercle de silence dans lequel nous sommes parfois placés, j'ai moi aussi décidé de publier ce que je ressentais dans un blogue: http://sylvainbo.blogspot.com.
    Il n'est pas facile de souffrir de maladies mentales. Il n'est pas facile non plus d'aller chercher l'aide dont nous avons besoin. Soit parce que nous avons peur du jugement des autres,ou peur de notre propre jugement. On pense souvent à tort que les gens qui souffrent de dépression sont des gens faibles. Croyez en mon expérience, il faut être fait fort pour traverser cette maladie, braver le jugement des autres et avouer publiquement que nous en sommes atteints. Car contrairement à d'autres maladies, rien ne transparait dans notre visage.
    Malheureusement, il y a des gens qui n'ont pas cette force. Qui n'ont pas le soutien que j'ai pu avoir de mes amis pour oser chercher de l'aide. Ces gens ne font alors que s'enliser ce qui peut mener à des gestes regrettables. Je n'excuse pas ces gestes, ils n'ont pas leurs raisons d'être. Mais je peux quand même comprendre les gens qui les commettent. Je peux quand même comprendre l'état d'esprit dans lequel ils se trouvent. Car le désespoir est grand....très grand et lorsqu'il n'y a personne pour nous tendre la main, on sait pas ou il peut nous mener.

  • @jeanfranc: essayez de voir votre situation avec le plus d'objectivité possible, lisez sur la dépression et le stress chronique (et les effets physiologiques qu'a ce dernier). C'est important de bien évaluer si vous êtes tout simplement surchargé de façon temporaire ou si cette surcharge vous a mené à un point où seuls une médication et un congé vous permettront de retomber sur vos pattes.
    Plus on attend pour prendre un congé de maladie, plus la remontée sera dure. J'avais des signes de dépression déjà six mois avant de finalement me décider à prendre un congé de maladie. Je me suis sentie vraiment coupable de "laisser tomber" tout le monde. Mais maintenant je sais que j'ai sauvé ma peau.
    Par contre, comme j'ai attendu si longtemps avant de prendre soin de moi, ma guérison a été longue et mon congé a duré un an. J'aurais dû accepter de faire face à la maladie bien avant. Malheureusement, l'un des symptômes de la dépression est la difficulté à prendre des décisions rationnelles et éclairées.
    Pensez-y.

  • Il faut mettre dans la tête des gens que la médecine sert à autres choses que de la chirurgie, des réparations de bras cassés, de piqures, d'immunisation, etc.
    Il n'est pas encore entré dans le moeurs de la population que lorsqu'on souffre sans blessures physiques, la médecine peut nous soigner et guérir notre souffrance.
    Les spécialistes devraient faire campagne pour faire entrer dans nos esprits cette facette plutôt récente de la médecine à l'effet que quand plus rien ne va plus, que les difficultés semblent sans solution, que le coeur saigne, que la colère gronde, que le cervau divague, c'est aussi grave qu'un infarctus et qu'on doit aller à l'urgence. Notre cas à ce moment-là est urgent.
    Il faut que la réaction de la personne qui souffre de troubles du cerveau soit aussi rationelle, naturelle, prompte, efficace que si elle souffre d'un bras cassé. Elle doit appeller le 911.
    Ceci n'est pas essentiel à la condition qu'elle puisse voir un médecin dans le plus bref délai.
    Je crois que la profession médicale a un gros travail d'information et de sensibilisation a faire dans ce sens.
    C'est souvent parce que les gens ne connaissent pas les services que peut rendre la médecine dans leur cas, et ils croient qu'il y a aucun espoir, alors qu'avec de l'aide, c'est plein d'espoir.

  • Ce que la société ignore, c'est que ceux qui s'en sortent d'une dépression, sont comme votre arbre donc encore plus apte à faire face aux crises. Ce critère sur le marché du travail est souvent considéré comme un bémol quand ça devrait être pourtant le contraire! Un dirigeant qui a su faire face à ce genre de crise est plus empathique envers ses employés et conscient de l'importance du milieu de travail. C'est un gros plus, selon moi.
    Pour ceux qui sont pris avec ce genre de perturbation, je dirais qu'il faut neutraliser le pire quand c'est un état de crise en utilisant des médicaments mais en se disant que les pilules devraient être remplacées par de nouvelles habitudes de vies dès que possible car une chose est certaine, c'est que si les gestes posés qui ont déclenchés cet état d'âme sont reproduits par la suite, les mêmes symptômes vont continuer alors contrairement aux politiciens, il faut vraiment penser autrement! Et agir autrement aussi pour casser le beat!

  • Je peux comprendre la maladie. Je peux comprendre la souffrance. Je persiste à croire que la personne qui souffre doit prendre sur elle de se soigner. Il en est de sa responsabilité. Il faut aussi être prêt à faire les changements nécessaires, même s'ils sont difficiles. Être son propre critique avant de sombrer et de n'en plus être capable. On ne devient pas suicidaire du jour au lendemain. Il y a quand même une gradation des symptômes, même si elle peut être rapide.
    J'ai vécu des moments difficiles, certains très difficiles. Je ne me suis pas laissée enlisée, je suis allée chercher de l'aide. Et je m'en suis sortie sans blesser personne.
    Tuer les autres parce qu'on souffre n'est jamais la solution. La solution passe par l'auto-responsabilisation. Bien sûr, si je vois un de mes proches souffrir, je vais écouter, et aider. Mais s'il se tait ou fait semblant de rien, et bien, je n'y peux rien. Et quant à moi, ces gens qui tuent sont responsables de leurs actes, ne serait-ce que parce qu'ils n'ont pas pris action lorsque c'était le temps, à moins d'être psychotiques (ce qu'ils ne sont pas tous).

  • La dépression est une maladie et beaucoup de monde en souffre... pour ma part, elle n'est pas très loin car j'ai des horaires de fou et je me lève le matin en ayant seulement hâte que la journée finisse... ca va finir par passer, probablement avec les vacances des fêtes...
    Pour ce qui est des drames, je ne comprendrai jamais ces gestes, c'est impardonnable et pour savoir si on peut les déceler avant que ça se produise, ce n'est pas évident.. la plupart du temps ce sont des gens en qui nous avons confiance et que l'on se dit que ils ne pourraient pas poser un tel geste mais on s'en rend compte trop tard...

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