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Jean Laberge, un enseignant qui conteste le droit à l'éducation

François Doyon
 

François Doyon

Philosophe

Jean Laberge, enseignant en philosophie au cégep du Vieux-Montréal n'a jamais caché, dans ses interventions publiques, son opposition au mouvement étudiant. Il n'est donc pas étonnant de le voir publier une plaquette arborant un gros carré vert sur sa page frontispice, Le devoir à l'éducation. Un pamphlet à l'argumentation aussi médiocre que le ton de l'auteur est méprisant.

Sans parler de la mise en page bâclée (on voit tout de suite que l'éditeur néglige l'étape de la lecture d'épreuve en consultant la table des matières), cette tentative d'élaborer des arguments philosophiques pour justifier la cause des carrés verts échoue.

L'ouvrage tente de défendre la thèse selon laquelle l'éducation est devoir plutôt qu'un droit et que par conséquent revendiquer le droit à l'éducation est une aberration. Ceux qui veulent aller à l'école n'ont pas le droit de demander la gratuité scolaire, ils doivent se taire, travailler et s'endetter pour se payer l'université. Comme on peut facilement le constater avec un minimum de logique et de bonne foi, Laberge ne fait que jouer sur les mots. Le devoir de s'éduquer ne s'oppose pas au droit à l'éducation. Il est inutile de défendre l'existence du devoir de s'éduquer. Mais si nous devons nous éduquer, nous sommes ipso facto en droit d'exiger que l'éducation soit accessible. Or, c'est justement ce que revendique le mouvement étudiant.

Laberge prend aussi tout un chapitre pour montrer que s'il s'oppose au mouvement étudiant, c'est parce que le grand Platon lui-même serait d'accord avec la loi 12. On voit difficilement le lien entre la prémisse et la conclusion, mais outre cela, affirmer que Platon serait en accord avec une loi consacrant la primauté des intérêts individuels sur les droits collectifs, n'a pas de sens. Comment l'autorité d'un penseur vivant à une époque où la notion d'individu n'était pas développée et dont les tendances communistes sont manifestes pourrait-elle servir de caution à la loi 12, qui est un pur produit de l'individualisme libéral?

Au dernier chapitre, Laberge défend vigoureusement la thèse selon laquelle les enseignants comme lui ne devraient pas prendre position en ce qui concerne le débat sur la hausse des frais de scolarité et respecter leur devoir de réserve. Il me semble que c'est une bien contradictoire façon de conclure un ouvrage qui s'acharne à prendre position contre le mouvement étudiant et à cracher sur la plus belle mobilisation de la jeunesse qu'il m'a jamais été donné de voir. Comme pour en rajouter, Laberge fait la promotion de son livre sur son site web d'enseignant.

Bref un livre qui se veut iconoclaste, mais qui ne fait que s'effondrer sur lui-même, à l'image de bien des gens de droite qui n'ont pas d'autres arguments que l'égoïsme et l'opportunisme.

Jean LABERGE, Le Devoir à l'éducation, Accent Grave, 2012.

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Commentaires (8)

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  • Je vois tous les jours dans mes classes des étudiants qui viennent assister à mes cours le ventre vide et je trouve injuste qu'ils doivent s'endetter jusqu'au coup pour avoir le droit d'aller à l'université. C'est injuste. Je ne sais pas comment on pourra me convaincre que ce n'est pas injuste. Je pense qu'on a tous intérêt à vivre dans une société éduquée, car une société éduquée est plus démocratique, ce qui est avantageux même pour ceux qui n'iront jamais à l'université. Je ne pense pas que dire ça fasse de moi un fou furieux comme le pensent les amis de Jean Laberge qui m'ont injurié sur Facebook. Si Laberge était vraiment un philosophe, il réagirait à mes arguments plutôt que de s'attaquer à ma personne.

  • "Il est inutile de défendre l'existence du devoir de s'éduquer. Mais si nous devons nous éduquer, nous sommes ipso facto en droit d'exiger que l'éducation soit accessible."
    Voilà votre problème. Vous n'êtes pas en droit d'exiger quoi que ce soit. Qui êtes-vous pour considérer avoir "le droit d'exiger?" Aucun de vous n'a encore rien prouvé à la société. Un pouvoir tel que celui-là s'acquiert avec le travail et le mérite. Les étudiants du Québec ont tous les outils nécessaires pour accéder aux études supérieures. Pourtant, rien n'est parfait dans le monde, et la vie est comme cela, difficile. Constater qu'on l'on doive faire des sacrifices pour s'instruire, c'est l'une des premières leçon à apprendre comme jeune adulte, au moment où il ne suffit plus de demander, ou "d'exiger" comme vous dites, pour obtenir. Bienvenue dans la vraie vie. À bon entendeur, je vous souhaite tout le succès qui vous est dû dans celle-ci.

  • A ceux qui croient qu'il est radical de demander la gratuité scolaire, rappelez-vous le pacte international relatifs aux droits économiques de l'ONU qu'a signé le Canada: «L’enseignement supérieur doit être rendu accessible à tous en pleine égalité, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés et notamment par l'instauration progressive de la gratuité. » Radical, vraiment?

  • Je ne crois pas que l'éducation au Québec soit inaccessible. Je ne crois pas non plus que demander aux étudiants universitaires de payer 17 % de leurs études soit un crime. Surtout qu'on leur accorde délais pour payer si c'est trop difficile. Porter le carré rouge n'est pas synonyme de grandeur d'âme, dévouement total à la république. C'est une revendication oui mais il est permis de la contester dans ce qu'elle a de radical: la totale gratuité pour tous et toutes et pour toujours. Les édudes universitaires sont actuellement gratuites à 83%. Déjà pas mal du tout.

  • M. Laberge est un poseur impénitent qui se prend grandement au sérieux. Il n'y a qu'à faire une recherche dans "google images" pour s'en apercevoir (hilarité garantie). Il adore l'attention. Il en a déjà eu amplement plus que ce qu'il méritait durant la crise étudiante. Ne lui faisons pas la faveur de lui en donner davantage.
    @c.s.halle: "gros salaires"? L'échelle salariale au collégiale est depuis plusieurs années équivalente à celle des enseignants du secondaire et du primaire. Renseignez-vous.

  • Continuons de nous demander qui doit payer les gros salaires des professeurs et des employés de nos universités: les contribuables ou leurs enfants? La gauche nous dit: "Les contribuables! La droite répond: "Non, leurs enfants!" Et les syndicats sont morts de rire... Pay Up Sucker!

  • Moi je pense que ces étudiants, porteurs du carré rouge, sont des personnes perturbées par le capitalisme ou les luttes anti capitalistes ou les deux ou bien des gens qui suivent les autres pour ne pas avoir à s'affirmer eux-mêmes.
    Le premier devoir de quelqu'un qui étudie et qui se prépare à exercer un rôle précis dans la société est de s'isoler de ce qui peut le déranger. Si, en faisant cela, des gens pour x raisons interprètent son silence et sa non-implication comme une approbation de leurs revendications, le gouvernement doit s'en mêler et garantir à cet étudiant, qui est dans le vrai de sa condition et de ses limites, la tranquillité dont il a besoin pour ce temps ou il est en préparation de lui-même.
    Ce n'est pas en mêlant les choses en parlant de droit de grève pour les étudiants que l'on va aider les étudiants à se prendre conscience d'eux-mêmes et de la nécessité qu'ils ont à s'ouvrir aux besoins des autres. Car enfin, ils se préparent à quoi ? À accumuler beaucoup de dollars et à lutter pour ça toute leur vie ou à s'occuper, qui de la santé des autres, qui du bon droit de ses clients etc.
    Je n'ai pas lu le livre que vous tentez d'assommer à coup de masse mais le titre est bien je trouve. Moi ça m'a rappelé que Trudeau père avait un certain Mounier dans ses philosophes préférés. Ce Mounier, déçu aussi bien par le capitalisme que par le communisme et le facisme, parlait volontiers de recueillement et de vocations. De vieux mots soit mais si on en avait garder le sens vivant, on aurait des étudiants pressés de servir leurs concitoyens et non de se servir eux-mêmes.
    L'idéal étudiant ne va pas plus loin que d'éviter de payer une tasse de café par jour. Rien donc dans toute votre science philosophique ne vous ramène vers une théorie du sacrifice de soi pour les autres ? À aucun moment ? Vous êtes un bon philosophe du carré rouge donc et du café gratuit.

  • Le devoir de lire Jean Laberge?
    Merci M. Doyon pour ce résumé qui épargne à tous la laborieuse lecture d'un ouvrage de droite vulgaire. On devine déjà que ce texte doit être ornementé de mots bien jolis qui ont toutefois le démérite de n'être qu'un opération cosmétique masquant le caractère creux des arguments. Pour ma part, j'ai déjà cherché à adresser mes critiques à M. Laberge. Plutôt que de me réfuter, il s'est plutôt soustrait à la discussion en jouant les martyrs et en indiquant qu'il s'attendait à ce qu'on le lapide. Ensuite, il m'a dit d'éviter la philosophie et de "rejoindre ma secte" (les carrés rouges). Comme nous n'avons échangé que quelques mots et qu'il est parvenu si rapidement à des conclusions bancales (il a pour ainsi dire "avorté" la conversation, même si je me doute que ce mot doit l'horripiler), je me suis dit qu'il ne méritait pas qu'on le regarde comme un philosophe digne d'attention, mais plutôt comme un charlatan revendiquant le titre de philosophe. La littérature philosophique d'une seule année est suffisamment vaste pour qu'une vie soit insuffisante à la couvrir, alors à quoi bon consacrer notre temps sur ce genre de texte plutôt que sur de la philosophie rigoureuse? Pour ce que j'en sais, M. Laberge ne s'est jamais rendu digne d'intérêt et cela semble suffisant pour qu'on fasse l'économie de sa pensée lorsque notre temps est si restreint. Le devoir à l'éducation? Le droit (le devoir, même?) de ne pas lire Jean Laberge.

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