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Intimidation à l'école, un reflet de la société

Marie-Danielle Lemieux
 

Marie-Danielle Lemieux

Professionnelle aux services éducatifs

On en parle. Encore. On la dit omniprésente auprès des jeunes à l'école et depuis quelque temps dans leurs réseaux de moins en moins sociaux. On la dénonce. Des centaines de programmes ont été créées. Des fondations ont vu le jour. L'Assemblée nationale a même adopté une loi (Loi 56), en mai dernier, pour la contrer. Mais elle persiste et signe. Car elle a la vie dure.

Les enfants en seraient les principaux acteurs et auteurs. Le harcèlement leur permettrait de prendre leur place. Du policier aux psycho-éducateurs, on tente de faire comprendre à ces enfants que frapper son voisin physiquement, psychologiquement ou verbalement, n'est pas la solution. Vidéos, jeux de rôle, semaine de sensibilisation, pancartes, et textes écrits sur des petits cartons mis en ligne sur You Tube, n'ont pas permis au phénomène de se taire. Très peu dénoncent et bien peu savent comment y mettre fin.

Et vous, le savez-vous?

Quel cours 101 sur l'intimidation avez-vous suivi? Qu'est-ce que vous répondez à celui qui menace votre intégrité? Pour prévenir et traiter les manifestations de violence et les conduites agressives, il faut d'abord avoir été préparé à un tel rôle.

Les études nous révèlent que 10 à 15% des enfants d'âge scolaire seraient intimidés ou intimidateurs, mais bien peu s'inquiètent du fait qu'entre 17 et 20% des enseignants sont victimes de violence de la part de collègues (Janosz et al., 2009). Les jeunes ne sont pas les seuls à vivre ou subir du harcèlement. C'est la loi du plus fort. Votre milieu de travail comme votre milieu familial n'en est pas exempt. Les réseaux sociaux en sont truffés. Il n'est pas rare de constater que des individus dénonçant l'intimidation se servent allégrement de leur plume ou de leur tribune pour asséner des coups à leurs têtes de turcs. Paradoxal, quand on prétend défendre le plus faible.

Elle est partout. L'école n'est que le pâle reflet de notre société. On la rencontre à l'aréna, comme sur le terrain de soccer (La Presse, 26 novembre). Se pourrait-il que les plus vieux déteignent sur les plus jeunes? Arrache-lui la tête, frappe-le, envoie-le au plancher. Imbécile, crétin, face à claque. Ce sont ces paroles bien peu valorisantes qu'ils entendent de la bouche de ceux qui sont censés les éduquer. Bien sûr, je ne m'étendrai pas sur ce qu'ils voient. Vous aussi avez constaté à quel point le contenu des jeux vidéos est sanglant. La violence fait vendre. Elle avive l'anxiété et l'agressivité. Son impact négatif sur le cerveau des enfants comme sur celui des adultes a été maintes fois démontré.

Une société malade de haine? Est-ce qu'on se venge de nos douleurs en faisant souffrir les autres? Bien que le phénomène soit mondial, le Canada fait piètre figure. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il figure au 27e rang sur 35 pour le nombre de jeunes victimes d'intimidation. Ce n'est pas banal.

Dans quelques jours, il y aura un an que la trop jeune Marjorie Raymond, ostracisée à répétition, aura mis fin à sa souffrance. Sa mort a secoué tout le Québec. Souhaitons que cette onde de choc nous rappelle que l'intimidation n'est pas un phénomène de cour d'école mais bien un problème grave de société.

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Commentaires (8)

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  • @denigreur Bien d'accord avec vous. L'être humain est grégaire tout comme le sont la majorité des mammifères. Vivre en meute, en clan. Je pensais exactement comme vous quand j'ai commencé à étudier la question et à m'intéresser à ce phénomène assez tribal, disons-le, de l'intimidation à l'école. Le système de castes, de clan, de dominant-dominé, la loi du plus fort. Naturel et universel. Pourtant en y regardant de près, en faisant une recension des écrits, j'ai changé d'idée. Il y a de grosses différences entre les loups et nous. Nous avons ce qu'on appelle le néocortex. Nous sommes la seule espèce, avec les grands singes, à en posséder un. C'est notre conscience de soi et des autres, notre capacité à utiliser le langage, l'écriture et aussi la technique. La théorie de l'esprit, cette capacité de se mettre à la place de l'autre, nous distinguerait de l'animal et cela s'apprend comme les mathématiques et l'écriture. Certains enfants ne pourraient pas développer cette capacité pour entrer en relation avec leurs pairs.

  • Votre réflexion est intérressante, mais je n'aime pas l'idée de comparer le Canada aux autres pays. Plutôt que de regarder ailleurs, ne faudrait-il pas se demander pourquoi on a choisi de faire les choses de cette façon?
    J'ai cru comprendre qu'à l'époque, les enfants étaient envoyés à l'école pour permettre aux adultes de vaquer à leurs occupations, telle l'agriculture. À travers le temps, cette garderie a pris des proportions gigantesques dans l'imaginaire collectif, jusqu'à en devenir un environnement compétitif et agressif. Selon une citation que j'ai découverte cette semaine : "The more you make people alike, the more competition you have."
    @vec0203 J'aime beaucoup votre point de vue, mais réalisez-vous qu'à part René Lévesque, (qui, selon moi, n'était pas réellement une personne pacifique) vous venez de nommer 4 personnes qui ont été assassinées ? La paix ne résiste pas à la folie.

  • Vous avez parfaitement raison de dire que des individus profitent de leur plume pour asséner des coups à leurs têtes de Turc. D'ailleurs, toutes les campagnes de sensibilisation contre l'intimidation que j'ai vue ne sont justement qu'un mélange de menaces et de culpabilisation. Elles ne font que tenter d'intimider, directement ou indirectement, ceux qui font de l'intimidation. Alors bien sûr l'intimidation ça marche, il va donc y avoir des résultats « positifs » aux campagnes de sensibilisation, mais est-ce vraiment la chose intelligente à faire?

    De plus, je ne crois pas que la violence physique simple est responsable de quoi que ce soit. Pour moi, la violence physique est anodine. Je me suis battu, soit dans des jeux ou pour régler de petits conflits d'enfants, j'ai perdu des combats, mais cela n'a jamais eu de réelles conséquences psychologiques. Je crois même que c'était un bon moyen d'apprendre que nos actes n'ont pas toujours des conséquences agréables.

    C'est encore plus évident dans le cas de la violence des jeux vidéo. J'ai grandi en détruisant des villes entières, en tuant un nombre incalculable de gens et même en écrasant des petites vieilles à marchette avec ma voiture. Pire, je trouvais très drôle de me placer juste derrière ces petites vieilles, de klaxonner pour les effrayer, de les voir se démener tant bien que mal et, enfin, d'appuyer sur l'accélérateur pour passer dessus et marquer des points avec un « bonus de créativité ». Et pourtant, je cédais systématiquement ma place dans l'autobus aux personnes âgées, j'utilisais le vouvoiement quand je parlais à des adultes et je me sentais mal quand, sans y penser, je faisais de la peine à un camarade.

    La violence physique au cours de petits conflits d'enfants et les jeux vidéo sont des cibles faciles, mais, même s'ils peuvent être une manifestation d'un problème, ils n'en sont pas la cause.

  • (suite)
    Pour moi, le problème n'est pas non plus que quelques adultes déteignent sur les plus jeunes. Les entraîneurs et les parents qui encouragent à arracher des têtes sont une minorité insignifiante.

    En fait, je crois que c'est plutôt le contraire : il n'y a plus personne pour prendre la responsabilité d'éduquer et d'encadrer les enfants. Il n'y a plus aucun modèle à suivre pour les enfants. Il n'y a plus personne pour déteindre sur les enfants. J'ai parfois l'impression d'être dans un de ces romans de science-fiction qui décrivent une société où, suite à une catastrophe, les enfants sont laissés à eux-mêmes.

    Il y a deux anecdotes qui me laissent songeur.

    La première est une fois où un de mes camarades de classe a menacé un professeur à cause d'une mauvaise note. Il a dit : « ça se réglera à la sortie de l'école ». Ses parents ont été appelés immédiatement, il y a eu un conseil exceptionnel avec tous ces professeurs et le soir même il était définitivement renvoyé de l'école. Était-ce la meilleure solution pour cet enfant? Non, mais c'était certainement la meilleure solution pour les autres enfants de l'école.

    La deuxième est toute récente. J'ai regardé dernièrement une vieille émission pour enfants sur YouTube et j'ai été surpris de voir que les adultes y vouvoyaient les enfants. J'avais complètement oublié ce fait. J'avais oublié qu'autrefois les adultes n'étaient pas nos petits camarades.

    Et si un moyen de contrer l'intimidation n'était pas simplement de jouer, nous, notre rôle d'adulte, de faire preuve d'autorité, d'accepter de faire des choix difficiles et de montrer un respect distant envers les enfants, au lieu de vouloir être leurs copains?

  • @denis825: le Canada occupe le 26e et le 27e rang sur les 35 pays ayant participé à cette enquête portant sur l’intimidation et la victimisation vécues par les élèves de 13 ans (Craig et Harel, 2004). Toutes catégories confondues sur l’intimidation et la victimisation, le Canada figure toujours en seconde partie du tableau de la liste des pays participants. Qui plus est, contrairement à tous les autres pays, nous avons perdu du terrain sur la scène internationale dans les toutes les catégories divisées selon l’âge et selon le sexe.
    le recul du Canada au cours des années sur la scène internationale démontre que d’autres pays ont réussi, mieux que nous, à combattre et prévenir les méfaits de l’intimidation sur leur territoire. La majorité des pays occupent aujourd’hui une position plus enviable que la nôtre et, fait à considérer, plusieurs d’entre eux - dont la Norvège et l’Angleterre - ont mené des campagnes nationales pour contrer l’intimidation. Au Canada, le nombre effarant d’élèves ayant affirmé exercer ou subir l’intimidation confirme l’urgence d’intervenir afin de régler ce grave problème social. OMS- Vaste enquête menée au pays en 2002-2003 http://prevnet.ca/Intimidation/Statistiquesrelativesàlintimidation/tabid/274/Default.aspx

  • L'humanité aime bien penser qu'elle n'est plus un mammifère. Pourtant, dans le monde animal, l'intimidation fait partie intégrante de toutes les espèces ou presque. De souhaiter qu'elle disparaisse, c'est une chose. Pensez qu'un jour ce sera vrai, c'est utopique.

  • Cette statistique ne semble pas recouper la vôtre :
    Sur une échelle internationale évaluant 35 pays, le Canada occupe le neuvième
    rang en ce qui a trait à l’intimidation chez les jeunes de 13 ans.
    http://www.ccl-cca.ca/pdfs/LessonsInLearning/2008/36-03_20_08-F_cs.pdf

  • Malheureusement, vous avez sans doute raison, madame Lemieux! J'ajouterais, à votre analyse, l'absence de modèles significatifs, dans notre société. Je m'ennuie des John F. Kennedy, Martin Luther King, Ghandi, Jésus, et, plus près de nous, René Lévesque. Serait-il donc possible de rêver que les leaders actuels, tout poste confondu, deviennent des modèles de probité, d'altruisme, dans cette société de plus en plus corrompue, de plus en plus permissive, de plus en plus en manque d'air pur?
    Actuellement, à travers notre beau Monde, on assiste à d'interminables conflits, genre le Monde musulman contre la démocratie occidentale, genre Palestine-Israël, à d'incroyables tueries, viols, rapts d'enfants comme dans certains pays africains, à des batailles de drogue à n'en plus finir, comme au Mexique... et ce, sans oublier tout ce qu'on fait endurer à notre planète, en terme de pollution de l'air, de la terre et de la mer..
    Non, je ne suis pas pessimiste, simplement réaliste. En fait, c'est ce que nous voyons, à travers les médias, à chaque jour. En passant, je lance un défi à tous les médias, tant écrits, électroniques, radiophoniques que télévisuels: pourriez-vous, à chaque jour, apporter, à ce Monde, juste une petite étincelle de bonheur, de vérité, pour célébrer la beauté, justement, de ce Monde?
    Jacques Robert

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