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C'est un fait: l'argent mène le monde

Lydie Coupé
 

Lydie Coupé

Professionnelle des communications et blogueuse lydiecoupe.blogspot.ca

«Les ventes pendant le week-end de Thanksgiving, qui marquent le coup d'envoi traditionnel des achats de Noël aux États-Unis, ont atteint un nouveau record. Les ventes ont atteint 59,1 milliards de dollars, en hausse de près de 13% sur un an. Les consommateurs américains ont dépensé en moyenne 423 dollars ce week-end contre 398 dollars un an plus tôt.» Ou «Les Américains ont dépensé un milliard de dollars pour des achats sur Internet.» Voilà quelques données que l'on pouvait lire dans la presse au lendemain du Black Friday.

Puisqu'il semble que nous devions suivre le modèle de nos voisins du Sud, on pouvait lire aussi que l'attrait des magasins américains en cette période de soldes, accru par les exemptions de taxes frontalières, pousse désormais les commerçants canadiens et québécois à imiter leurs homologues américains afin de retenir les clients. Nous avons donc aussi notre Black Friday. Youpi!

Vous n'avez pas mal au coeur? Moi, j'ai la nausée. J'ai comme l'impression de ne pas vivre sur la bonne planète, d'être dans un autre monde. Je me demande ce qui pousse un si grand nombre de personnes à se comporter comme des affamés sur des biens dont ils n'ont peut-être nul besoin dans la plupart des cas.

Mais où sont ces «dégringolades boursières» et cette « grave crise monétaire» ou cette «très probable récession» qui résonnent comme de véritables menaces sur l'échiquier géopolitique mondial déjà bien fragile? Ne nous dit-on pas que les États-Unis sont dans le rouge, que l'Europe vacille et que le Japon faiblit? Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer pourquoi notre cerveau arrête de fonctionner? Nous devenons des acheteurs compulsifs pendant ces journées que je qualifie d'attrape-nigauds.

Je suis vraiment renversée par ces annonces de chiffres records de ventes, comme celles du mois de septembre dernier qui annonçaient une vente de cinq millions du iPhone 5 en trois jours... Elles m'inspirent à la fois de l'incrédulité, de l'indignation et un très désagréable sentiment d'impuissance. Comment peut-on évoluer en tant que société si notre principal moteur carbure à la surconsommation? Je sais que c'est un mot souvent utilisé dans un débat qui ne reste pourtant qu'à l'état de la conversation. Pour ma part, je me pose régulièrement cette question. Des penseurs ésotériques pointent une quête de bonheur, de sérieux économistes visent un retour de la confiance des consommateurs, tandis que des professeurs universitaires en marketing en expliquent la genèse et les aboutissants. Cela n'arrive pas à me convaincre d'une prise de conscience prochaine.

On dit que notre printemps érable a modifié notre regard sur les enjeux qui nous concernent, ou encore qu'il y a eu un réveil de notre société. Je n'en suis vraiment pas certaine. Si nous étions vraiment réveillés, nous n'accepterions pas d'être pris pour des nigauds appâtés avec un gain d'argent.

(Le terme « nous » est utilisé uniquement pour alléger le texte...).

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Commentaires (5)

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  • @ lydiecoupe.blogspot.com : Je doute que ce soit à moi que vous deviez le dire puisqu'en fait je n'ai touché cette question que par agacement pour... je ne vais pas me répéter.
    Merci de la précision tout de même.

  • Je suis d'accord avec vous. La prise de conscience n'a pas eu lieu et n'est pas près d'avoir lieu.
    Les gens achètent parce que leur vie n'a plus de base solide. Ils achètent parce que l'effort n'est plus valorisé et que le tout, tout de suite, l'est. C'est le fruit d'une éducation par leurs parents et par la société. C'est aussi le fruit de ces jeux vidéos qui récompensent immédiatement le joueur et s'assurent de le garder collé à son écran avec des stimulations constantes et régulièrement prévues en ce sens.
    Ils achètent parce qu'ils prennent leurs désirs pour des besoins. Ils achètent parce qu'ils sont dépendants du plaisir que cela leur procure. Les gens ne savent plus trouver le plaisir, la joie de vivre et le bonheur dans la vie elle-même. Alors ils y substituent les achats.
    Ils achètent aussi pour faire comme les autres. C'est la mesure du "moi aussi j'y ai droit". Ils ne tolèrent plus la différence salariale d'une famille à une autre. Ils veulent la piscine même s'ils ne peuvent pas la payer, car leur voisin en a une. C'est la culture de l'apparence, de la télé-réalité, où le paraître et la superficialité font foi de tout. Ils ne savent plus dire non à leurs enfants lorsque ces derniers réclament leur iPod Touch à 8 ans tellement ils veulent que l'enfant fasse partie de la troupe. Ils refusent d'être marginalisés et différents.
    Beaucoup agissent ainsi, pauvres ou riches, 1% ou 99%.
    Le printemps érable n'y a rien changé et n'y changera jamais rien. La culture du moi est lancée et file maintenant hors de notre portée.
    Il ne me reste plus qu'à élever mes enfants différemment et à espérer que leur base solide leur donnera la force de résister à toutes ces bébelles et à mener leur vie sans béquilles.

  • @Jean François_Trottier : dans ma référence au printemps érable, j'aurais dû préciser que mon commentaire ne concernait pas les étudiants en particulier, mais plutôt notre société toute entière dont on dit que ce printemps a réveillé la conscience. Merci.

  • @ 89170 : Pas tanné de frapper sur le même clou ? J'ai l'impression en vous lisant que vous réussiriez à dire que le 11 septembre est la faute aux étudiants!
    Le sujet a été amplement discuté, le leadership pourri de Charest assez étalé, le manque de sens économique de ses gouvernements assez démontré, faut vraiment vivre dans ses névroses pour revenir à la charge comme ça! Revenez-en, misère.
    ------------------------
    Depuis plusieurs dizaines d'années nous en sommes à l'ère de la fluidité des marchés. Nous vivons dans une panique perpétuelle et cherchons, soit des coupables, soit des Messies. Exit la réflexion sociale et les débats de fond.
    La chère "incertitude économique" que personne ne peut définir étend son nuage sur chaque décision pendant que les gourous nous ordonnent de "libérer notre imagination". Mon œil!
    Il faudrait d'abord exiler tous les analystes de marché qui se basent sur les pitreries néolibérales mais, bon, faut pas rêver.
    Les dinosaures ont longue vie. À preuve on en voit ici encore.
    Il ne faut pas exagérer le rôle du printemps érable, comme vous dites. Un signal d'alarme n'a jamais fait de miracle. Il était temps que les étudiants bougent un peu, ne serait-ce que pour qu'ils s'impliquent enfin dans leur société, mais le plus important est que le PLQ et sa foire aux idées reçues est enfin parti.
    Ceci dit, nous restons encore pris avec un système économique mondial "fluide".
    Les principes de base du capitalisme sont morts depuis que l'argent bouge à la vitesse de la lumière : où peut-on réellement trouver une masse critique de capitaux pour susciter l'innovation, l'initiative personnelle et la création d'infrastructures propices à la stabilité des emplois ?
    Réponse : nulle part. Le capital se promène dans le nuage électronique sans se poser, utilise les leviers régionaux pour grossir et ne sert strictement à rien.
    Alors nous sommes condamnés à créer des taxes-santé, à vivre de la consommation d'hier et à taper sur les étudiants. À brailler.

  • Le printemps érable? Le but du printemps érable était justement de ne pas avoir à payer pour ses études afin de pouvoir s'acheter un tout nouveau iPhone 5 à la place. Ce n'était pas la révolution amish.

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