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Droit de grève aux étudiants: non au statu quo!

Pierre-Paul Ferland
 

Pierre-Paul Ferland

Étudiant au doctorat en Études littéraires à l'Université Laval

Qui aurait cru que la proposition du ministre de l'Éducation supérieure Pierre Duchesne de donner le droit de grève aux étudiants puisse être perçue par les principaux intéressés comme un cadeau de grec?

Les injonctions afin d'assurer à certains étudiants le droit d'assister à leurs cours en dépit du vote de grève de leurs associations ont constitué un des développements majeurs de la crise du printemps dernier. Le droit d'étudier, défendu par les tribunaux, primait alors sur la tradition de tolérance à l'égard des grèves étudiantes. Les tribunaux indiquaient aux associations qu'elles n'étaient pas des syndicats; aux étudiants, qu'ils étaient davantage des «consommateurs» d'un service (l'éducation) que des «travailleurs du savoir», pour emprunter le vocabulaire de l'ASSÉ. On peut fendre le cheveu en quatre du point de vue de la sémantique tant qu'on veut, mais désormais il est difficile de nier que la «grève» s'apparente juridiquement à un «boycott généralisé».

Il y aura d'autres conflits étudiants à l'avenir et, si rien ne change, d'autres injonctions, d'autres frictions en raison du flou légal sur le statut des associations étudiantes. Conscient de ce phénomène, Pierre Duchesne s'est montré ouvert à l'idée de donner le droit de grève aux étudiants afin de prévenir les débordements juridiques auxquels nous avons assisté ce printemps. Voilà que le ministre donnait sans trop le voiler son aval à la vision de l'ASSÉ selon laquelle les étudiants peuvent être considérés comme des «travailleurs». Évidemment, les antipéquistes de service habituels se sont indignés de ce qu'ils percevaient être du copinage entre la Sainte-Trinité que constituent le PQ, les associations étudiantes et les syndicats. Je crois qu'ils sont grimpés trop vite dans les rideaux, car cette mesure déplaît... aux associations étudiantes!

Pourquoi? Pour paraphraser Spiderman, aux grands pouvoirs correspondent de grandes responsabilités. Pour qu'un vote de grève puisse être représentatif, il faudra annoncer le vote à l'avance, prévoir une période de vote, assurer le vote secret, les grandes associations devront organiser un scrutin électronique. Et pis: si, malgré tous ces efforts et toutes ces dépenses -parce que les associations devront sans doute engager des firmes de sondeurs pour garantir que le scrutin ne soit pas «piraté»- on n'atteint pas un taux de participation satisfaisant, il se pourrait que tout tombe à l'eau. En plus de ce casse-tête logistique, on déplore la perte de contact entre les membres et l'absence de débat direct...

Disons la vérité. La raison principale pour laquelle les associations étudiantes craignent cet encadrement du droit de grève, c'est qu'elles se doutent bien que les quorums ne seront jamais atteints. Que l'apathie généralisée anéantira leurs efforts. Que la paresse intellectuelle et le nombrilisme triompheront. Elles semblent dès lors préférer qu'une poignée de ce que Mathieu Bock-Côté dénomme les «activistes à temps plein» puissent prendre en otage une population étudiante entière.

Mon association étudiante représente plus de 11 000 membres. Le 11 mai dernier, 446 membres se sont prononcés sur un mandat de reconduction de la grève générale illimitée; 242 l'ont approuvé. Qui peut oser prétendre qu'un tel quorum de 3,8% a une quelconque légitimité sur une question aussi majeure que la grève? Quelqu'un peut m'expliquer pourquoi il faudrait préserver ce statu quo? Peut-être venons-nous de découvrir qu'il existe une limite à prétendre que les absents ont toujours tort, aussi amorphes soient-ils.

Twitter: @ppferland

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Commentaires (14)

Commenter cet article »

  • On apprend aujourd'hui que les etudiants bloquent les entrés de l'UQAM a cause de leur manifestation pour la gratuitée scolaire...
    Ca va donner quoi si ont donne le droit de greve aux etudiants.
    Ceux qui font ca sont des voyous et ils meritent des amendes bien salées. Manifester pour nos valeur , je peux comprendre , mais empecher d'autre personne de faire leur etudes c'est completement inacceptable , ont dirait qu'ils ne savent pas vivre. Ils foutent la honte.

  • Le Petit Larousse GRÈVE: Cessation collective et concertée du TRAVAIL décidée par des SALARIÉS. Quoi dire de plus?

  • @ twood :
    Plus de 200,000 étudiants manifestent pacifiquement le 22 mars 2012 à Montréal.
    Plus de 150,000 étudiants manifestent pacifiquement le 22 avril 2012 à Montréal.
    Plus de 150,000 étudiants manifestent pacifiquement le 22 mai 2012 à Montréal.
    Tout le monde est dans la rue et personne ne veut être là ??

  • P.P. Ferland se dit membre d'une association étudiante. Il se plaint que le quorum de son association est trop petit et souhaite que le gouvernement impose des quorums plus élevés. Monsieur Ferland, les règlements de votre association ne viennent pas des anges. Il serait intéressant de savoir, si vous avez manifester ce souci à votre association durant ses assemblées, ou que vous avez fait la promotion d'un quorum plus élevé, auprès de vos confrères, consoeurs, membres de l'association pour changer son règlement. Ce serait beaucoup plus efficace que de critiquer son association dans un journal et de demander aux autres (le gouvernement) de faire le travail à votre place.

  • Qui dit mieux?
    ''1900 étudiants débrayent avec 68 votes en faveur de la grève..
    http://www.lapresse.ca/la-tribune/sherbrooke/201211/20/01-4595871-1900-etudiants-debrayent-avec-68-votes-en-faveur-de-la-greve.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers

  • Qui seraient les prochains usagers à revendiquer le droit de grève? Ceux de la SAQ, de la SAAQ, les assistés sociaux, les malades... bloquant l'entrée de l'édifice devant les desservir? Surprenant quand même qu'un faible 5 à 7% des étudiants décident de grève pour le groupe où ils se sont "faufilés". Je lisais ce matin que les associations étudiantes veulent augmenter de 100% la cotisation syndicale de leurs membres. Seraient-ils devenus soudainement riches ou inconséquents?

  • Le milieu étudiant a ses caractéristiques propres qui ne peuvent en rien être assimilées aux syndicats.
    - Un étudiant n'aura jamais d'avantages dus à son ancienneté.
    - Le roulement de personnel est d'environ 30% par année.
    - Les regroupements représentatifs ne sont pas reliés à des spécialités.
    - Il n'y a aucune convention collective à la clé.
    - Les membre les plus actifs sont ceux qui ne retirent aucun avantage de leur association puisqu'à 2600 dollars par année un étudiant, disons en psychologie, paye trop. Au contraire un étudiant en médecine ne paie pas le dixième de ce qu'il coûte en formation.
    En fait les étudiants (que beaucoup de fiers représentants de la droite tarée plantent avec un bel entrain sur ce blogue) se battent justement pour ceux qui ne font pas grève. Il paient déjà pour les autres et vous les traitez de quoi ?
    "petits abrutis anarchistes/révolutionnires/marxistes", de preneurs d'otages, c'est n'importe quoi et c'est mal dit en plus.
    Selon ce que plusieurs disent dans un vocabulaire à vomir il est clair que ces étudiants devraient exiger une baisse drastique de leurs frais et que les futurs médecins, ingénieurs, comptables voient leurs frais quadruplés, surtout les étudiants des HEC dont je constate l'inefficacité crasse au travail chaque jour.
    Vous en voulez de la justice pas de tête ? En v'là.
    Y a aussi la possibilité que les mouvements étudiants se rattachent à une grande centrale syndicale. Bonne idée, il VA y avoir une convention collective et on va foutre le bordel dans la société complètement aux trois ans comme les dretteux le veulent. Tant pis pour eux, quand on tire de la .303 partout sans réfléchir, on paye.

  • @arnpit :
    Pas assez de temps pour débattre?!? C'est à peu près juste de ça que dont on a parlé pendant 6 mois des maudites grèves étudiantes!
    Franchement, pensez-vous vraiment qu'il restait des indécis? Tout le monde qui rentrait là pour voter avait déjà une opinion. Je serais curieux de voir des sondages avant/après pour voir si les délibérations ont changé l'avis de qui que se soit.

  • Vous avez raison, pas de statut quo. Donc c'est NON. En passant, ce ne sont pas les étudiants seuls qui étaient pris en otage, c'est toute la société, l'ensemble des citoyens. Vous avez bien la réaction d'étudiants avec votre ‘'Il y aura d'autres conflits étudiants à l'avenir et, si rien ne change, d'autres injonctions, d'autres frictions en raison du flou légal sur le statut des associations étudiantes.'‘ En résumé, vous reprenez l'argument des étudiants qui peut se résumer à ‘' Obéissez-nous ou si non on casse tout'‘. On ne peut pas compter sur Pauline pour se tenir debout, elle va s'aplaventrir c'est prévisible. Il n'y a qu'à voir sa brillante ministre qui vient de recruter l'attaché de presse de la FEUQ........

  • @bleu_frog: le mouvement étudiant existe depuis bien plus longtemps que vous semblez le penser. Dès les années 50 (voire avant, mais je ne connais pas l'histoire de toutes les associations étudiantes) on voit des étudiants se rassembler dans des associations étudiantes. Ne venez pas me dire qu'il s'agit de péquistes... ils n'existaient pas. De plus, votre discours est beaucoup plus radical que celui des étudiants pro-grève et beaucoup moins respectueux. Lorsqu'on décide de ne pas prendre place dans une assemblée où il y a vote, c'est nous qui en payons le prix. La majorité silencieuse, comme on se plait à l'appeler, voire à la glorifier, n'est pas qu'en défaveur de la grève. L'argument ne tient pas la route. En passant, je suis une de ces "paumés" et je ne suis même plus étudiante. De quoi me traiterez-vous encore?
    @ratonlaveur : Les associations suivent des règles strictes lors de leurs assemblées. Le président d'assemblée a l'obligation de faire régner l'ordre et de s'assurer du respect de tous et chacun. Relisez votre Code Morin.
    @PacoG : ce que vous dites sur les maires est tellement vrai... et désolant. On ne s'intéresse tellement plus à la démocratie qu'on ne met pas dehors les Vaillancourt et les autres de son acabit. C'est vraiment une belle comparaison! Merci!

  • Les petits abrutis anarchistes/révolutionnires/marxistes éxistent depuis toujours et étaient toujours ignorés.
    Voilà que ça va prendre des lois pour les retourner sous leurs pierres avec les autres mille-pattes at cloportes du genre.
    Dites merci au PQ et syndicats, ainsi que leurs petits copains des médias pour avoir inventé le mouvement étudiant... ce qui a fait que des paumés ont sortis leurs casseroles pour appuyer des gens qu'ils ne connaissent pas, qui n'ont rien à dire, et qui n,ont aucune espèce de légitimité.
    Les étudiants dignes de ce nom ? C,est la majorité silencieuse étudiante... ignorés et leurs droits bafoués.
    On a vu ce printemps le Tea Party Québecois... un mouvement inventé par les médias.

  • Comme vous le dites, le gros problème du vote secret prend source dans l'impossibilité d'amener les étudiants à débattre entre eux durant les assemblées. Pour avoir assister à un nombre incalculable de ces assemblées, je peux dire que n'importe qui, vert, rouge qu'importe, a le droit de parole et toujours dans le respect.
    Mon association personnelle compte environ 4000 membres. Lors du premier vote de grève en février, 1000 (arrondi) personnes se sont présentées, pour environ 25% de taux de participation. C'est relativement faible. Cependant, l'assemblée avait lieu en plein après-midi d'un milieu de semaine, tous cours durant cette période de temps a été suspendu et l'annonce fût effectuée longtemps d'avance.
    L'opinion des rouges et des verts méritent la même considération l'une que l'autre, mais celle de ceux qui ne veulent même pas prendre la peine de se présenter à une réunion aussi importante est, je trouve, totalement inutile et ne mérite aucune considération.
    Quand vous citez Bock-Côté en mentionnant "les «activistes à temps plein» puissent prendre en otage une population étudiante entière." Et bien je répondrai que ces soi-disants "otages" n'ont que leur apathie à blâmer.
    Les anti-grèves, que l'on présentait parfois comme étant les "étudiants sérieux" seraient certainement plus sérieux dans leur étude s'ils prennaient le temps nécessaire pour s'assurer que leurs cours suivent un cheminement régulier.

  • Absolument d'accoed avec PacoG. De plus, l'éducation devrait être reconnue comme un service essentiel où le droit de grève n'existerait pas.
    Les étudiants ne veulent pas du droit de grève et vous êtes vraiment surpris? Ils seraient obligée de suivre, pour une fois, les règles de la démocratie ce qui prouve qu'ils ne les suivent pas et ne les ont jamais suivies.
    Et pourquoi encore des votes dans une atmosphère chauffée à bloc? C'est contraire à toute démocratie. Aucune publicité le jour du vote. L'actualité et le présence des étudiants sur toutes les tribunes nous a bien montré les enjeux et les étudiants savaient fort bien ce sur quoi ils avaient à voter. Oubliez donc les assemblées houleuses et "paquetées" pour un vote vraiment libre.
    Mais tous devraient avoir accès à leurs cours pour lesquels ils ont payé ainsi que nous tous. C'est de la prise d'otages pure et simple que ces grèves sauvages et immatures.

  • Encore une fois, les étudiants veulent le beurre et l'argent du beurre!
    On a le droit de manifester et de faire la grève comme les syndicats! Mais pas en suivant des règles comme les syndicats!
    Vous traitez les gens qui ne votent pas de paresseux intellectuels mais peut-être que la plupart des étudiants n'ont pas le goût D'assister à 7 heures de délibérations par des gens complétement vendus d'un côté et de se faire huer si ils osent dire quelque chose d'un peu différent. Peut-être qu'avec des règles claires encadrant un vote SECRET, le taux de participation augmenterait de beaucoup.
    Combien d'entre nous iraient voter pour notre maire si il fallait passer des heures à écouter un débat déjà entendu mille fois pour finalement voter à main levée dans un local trop petit et rempli de partisans? Surement beaucoup moins.
    Les étudiants veulent être traités comme des adultes. Alors qu'ils agissent comme des adultes. Aussi, qu'ils réalisent qu'ils ne sont pas les seuls à avoir leur mot à dire quand aux dépenses publiques.
    F. Gagnon

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