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L'économie de l'éphémère

Thélyson Orélien
 

Thélyson Orélien

Blogueur, chroniqueur et poète

L'été dernier, moi et un vieil homme, retraité des forces armées canadiennes, on s'était donné rendez-vous au Van Houtte le proche de la rue Sherbrooke Est après une courte prise de parole dans un dépanneur tout proche.

J'adore les conversations plus ou moins sérieuses avec les personnes âgées qui reconnaissent bien que la jeunesse n'est ni une culpabilité ni un péché: «Il fut un temps, me dit-il, l'idéal c'était la continuité. Quand un homme avait un travail à faire, qu'il s'agisse de la confection d'une paire de chaussures ou la construction d'une église, il consacrait toute son énergie créatrice et productrice à rendre son oeuvre aussi résistant que possible. Il travaillait en pensant aux années à venir.»

Dans la mesure où la société d'hier ne connaissait que peu de changements, un objet avait une fonction bien définie et la logique économique appelait une politique de la permanence. Des choses qui coûtaient plus cher et duraient cinq à dix ans revenaient moins cher, même si elles avaient besoin de réparation de temps à autre, que d'autres coûtant moins cher, mais ne durant qu'un an. Toutefois, avec l'accélération générale du rythme de l'évolution sociale, la politique de la permanence cède la place, nécessairement à l'économie de l'éphémère.

Premièrement... le progrès de la technologie tend à réduire considérablement le coût de la production plus rapidement possible que celui de la réparation, car la première est un processus automatique, alors que la seconde est en grande partie une opération artisanale. Cela signifie qu'il est souvent moins coûteux de remplacer un objet par un autre que de le réparer. Du point de vue économique, la fabrication d'objets à bon marché, non réparables et bons à jeter après usage, est un choix  rationnel, même s'ils ne durent pas aussi longtemps que d'autres, réparables.

Deuxièmement... le progrès de la technologie nouvelle permet de perfectionner sans cesse les objets. L'ordinateur que j'utilise présentement est bien meilleur que l'ancien que j'avais et me revient plus cher, comme on peut le prévoir, mais cela pourrait me coûter encore plus. Car les développements de la science et de la technologie entraîneront des améliorations encore plus nombreuses et plus fréquentes, il est souvent plus sage, économiquement parlant, de fabriquer pour une durée limitée que pour longtemps. Dans les régions urbaines du Québec, certains immeubles d'habitation sont abattus au bout de quelques années d'existence, car les perfectionnements apportés au système de conditionnement d'air dans les immeubles nuisent à la rentabilité, il revient moins cher de démolir des immeubles qui ont, par exemple, dix ans ou vingt ans, que de les modifier.

Troisièmement... à mesure que l'évolution de cette civilisation s'accélère et qu'elle gagne du terrain dans les recoins les plus reculés de notre société, il devient de plus en plus difficile d'imaginer avec certitude les besoins de demain. Nous devenons de plus en plus des gens qui ont conscience du changement inéluctable tout en ne sachant pas trop à quelles exigences nous devrons en faire face. Parce que nous travaillons au plus vite pour rendre le produit adaptable, nous hésitons à engager des moyens important pour une utilisation une fois pour toutes. Et notre objectif est le court terme.

Finalement... l'essor de cette civilisation du tout aux poubelles est une réaction avec des pressions irrésistibles avec des avantages et des inconvénients. Nous assistons aujourd'hui à la réaction en série d'objets modifiés génétiquement et spécialement pour avoir plusieurs usages momentanés au lieu d'un seul. Ce ne sont pas toujours des articles à jeter forcément, car certains sont d'ordinaire trop cher pour cela, mais sont construits de façon à être démontés après usage et remontés ensuite à un autre endroit si nécessaire. 

Nous sommes encore là, au Van Houtte à la rue Sherbrooke Est, non loin Des Ormeaux, le vieil homme en face de moi me dit: «Il y eut un temps, les traits étaient relativement permanents, où un homme pouvait s'attendre à ce que ses enfants, et peut-être même ses petits-enfants jouissent des mêmes choses que lui, aujourd'hui tout a changé, les bureaux d'étude d'ingénierie et d'architecture nous inondent de tout un attirail d'édifices provisoires réutilisables, depuis les coupoles géodésiques des pavillons d'exposition jusqu'aux sphères en plastique gonflables qui servent de postes de commandement ou de bureaux de chantier, ces super constructions ne sont que du modernisme à l'éphémère, une civilisation du tout aux poubelles.»

Parce que notre temps est révolu. Parce que le temps par définition n'est qu'éphéméride, petit et même démontable.    

 

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Commentaires (10)

Commenter cet article »

  • @Re_Re
    Discutable,mettez-en que ça l'est!
    Surtout de mon bord,hein?
    J'aime bien les gens qui affirment avoir des opinions discutables,mais qui ne changeront jamais d'avis...
    La prochaine fois que vous irez chez l'ignare de garagiste du coin,ayez le courage de vos convictions,et dites-lui ce que vous pensez vraiment:qu'on devrait lui couper son salaire de moitié,afin de le donner au vieux bonhomme de l'université qui étudie les petites bibites sales qui croupissent dans le fond de l'étang du village d'à côté.

    ; )

  • @disto-bob
    Je vous l'avais dit que c'était discutable!
    Mais je continue à penser ça pareil!

  • @disto-bob
    Je vous l'avais dit que c'était discutable!
    Mais je continue à penser ça pareil!

  • @Re_Re

    Votre point de vu n'est pas basé sur la réalité économique.Dans notre société,ceux qui gagnent de gros salaires sont généralement ceux et celles qui font rouler l'économie.La connaissance,la culture et le savoir ne sont pas nécessairement gages de richesses.Vous voudriez que le savoir soit récompensé économiquement,mais encore faut-il que ce savoir rapporte en bout de ligne.Autrement on tombe dans l'angélisme éducationnelle,l'idéalisme de la culture,et ce ne serait pas long que notre économie au grand complet s'effondrerait;alors là ni votre plombier,ni votre professeur de latin seraient capables de payer leur hypothèque.
    Le charpentier-menuisier qui cogne des clous et qui,selon vous,est nécessairement un ignorant,et bien ça s'adonne qu'il passe ses journées à construire des maisons.Ce qui primo permettra à des gens de s'abriter,et secondo fera rouler l'économie;je doute que le professeur de littérature russe,personnage hautain et probablement assez paresseux,puisse se vanter d'en faire autant!
    De toute façon les ingénieurs sont davantage payés que l'ouvrier,et à ce qu'il semble ils ne sont pas tellement plus brillants que les autres,si on regarde l'état de nos routes,de nos ponts,et également le degré de corruption des grandes villes!Vous savez,un entrepreneur en construction,c'est l'ingénieur qu'il va vouloir acheter:pas le crétin qui cogne des clous.

    Puis pour conclure,votre système,c'est celui des années 30.Pas de classe moyenne,juste des pauvres et des riches.Les riches sont les gens de l'élite,bardés de diplômes,et que les autres se contentent du pain qu'on leur lancera.Vous savez,à ce que je sache nous vivons encore à une époque où l'homme a surtout besoin de se nourrir,et de se loger.On pourrait toujours se passer des génies et des docteurs,mais on ne peut pas se passer de notre épicier ou de notre plombier.Je ne connais pas beaucoup d'universitaires qui seraient capables de changer un robinet,eux pourtant si intelligents et cultivés...

  • @disto-bob
    ''D'ailleurs bien des ouvriers gagnent des salaires supérieurs aux techniciens,voir même aux ingénieurs...''
    J'ai un point de vue discutable sur ce phénomène!
    Je me dis que si l'ignorant gagne plus que celui qui a de l'éducation comme ça arrive souvent depuis les syndicats, ce pouvoir monétaire servira probablement à faire grossir une économie qui produit du bas niveau à son image et que celui qui a de l'éducation finira par être dominé par la stupidité!
    Je pense souvent à ça en regardant la TV! Je ne sais pas pourquoi!

  • @disto_bob et Re-re : C'est bien facile d'aller dire que les gens n'ont qu'à aller faire telles ou telles études. Mais est-ce que vous avez les pieds bien sur terre? Il y a des gens qui n'en sont pas capables pour diverses raisons. Les machines hyper-perfectionnées, vu qu'elles abattent énormément de travail, il n'y en a que peu et voilà toujours la réduction à travailler des gens. C'est sûr que, justement, ces gens sans instruction ou peu d'instruction peuvent aller travailler à l'usine de recyclage, mais là aussi, il y en a peu.
    Retombez du sommet de votre élitisme, SVP!

  • @disto-bob
    ''D'ailleurs bien des ouvriers gagnent des salaires supérieurs aux techniciens,voir même aux ingénieurs...''
    J'ai un point de vue discutable sur ce phénomène!
    Je me dis que si l'ignorant gagne plus que celui qui a de l'éducation comme ça arrive souvent depuis les syndicats, ce pouvoir monétaire servira probablement à faire grossir une économie qui produit du bas niveau à son image et que celui qui a de l'éducation finira par être dominé par la stupidité!
    Je pense souvent à ça en regardant la TV! Je ne sais pas pourquoi!

  • En effet,le système économique actuel qui nécessite une croissance permanente et soutenue,a fait en sorte que la fabrication des biens a troqué l'efficacité et la longévité,pour la quantité et le renouvellement cyclique.Le système économique n'encourage pas la fabrication de biens durables,car par nature le système exige que le maximum de biens soient consommés.Plusieurs objets sont confectionnés délibérément de façon à posséder une durée de vie limitée,pour diverses raisons-avancées technos,effet de mode,évolution du design,argent disponible des ménages,etc-,mais toutes sont des extensions du système économique.Celui-ci nous possèdent et nous devons nous y soumettre si nous voulons survivre.Plusieurs traders savent ce qu'ils doivent faire pour faire rouler l'économie,mais ils ignorent les conséquences de tels gestes,même sur le moyen terme!La même chose pour l'ingénieur:il se trouve un travail,et sait ce qu'il doit faire pour le garder,même si ça ne fait pas vraiment de sens...
    @Re_Re...
    Non,ces gens sans instruction n'ont qu'à faire un Dep et à aller travailler dans la construction.Ils vont faire plus d'argent que votre technicien en tondeuse.D'ailleurs bien des ouvriers gagnent des salaires supérieurs aux techniciens,voir même aux ingénieurs...
    Les avancées technologiques ne sont pas responsables de l'économie:c'est le contraire.Vous inversez le problème.Si Apple sort un nouveau produit à tous les ans,c'est fondamentalement à cause de leur stratégie de marketing($$$).Si les grands fabricants de voitures sortent des nouveaux modèles tous les ans,c'est du marketing($$$),ça aussi.Si on est passé des vinyles,aux cassettes,à des plus petites cassettes,aux disques compactes et maintenant aux mp3,c'est aussi économique:les entreprises comme Sony aurait fait faillite il y a trente ans aussi non,si on aurait gardé le vinyle depuis-qui est pourtant mathématiquement supérieur à tous les autres médiums,au niveau de la capacité de stockage sonore.Etc.

  • @jolico
    '' des machines qui coupent les herbes sur le bord des chemins en pouvant éviter les poteaux au lieu de personnes peu instruites qui auraient bien besoin d'un emploi''

    Les personnes peu instruites ont juste à étudier dans un domaine qui répare, assemble ces machines ou mieux fabrique les composantes!
    Que l'économie de l'éphémère soit la suite logique de l'efficacité de la spécialisation et des avancés techno, c'est normal! Ce qui ne l'est pas, c'est l'économie du recyclage qui coure derrière si je peux dire, pour tenter de suivre le rythme!
    Si je reprends votre exemple des ordis, il existe déjà une industrie qui donne une seconde vie aux machines. Ce qui est utilisé pour les objets, devrait l'être aussi pour les compétences des individus qui se retrouvent souvent obsolètes par rapport à la ligne de front. Là dessus, il y a un retard évident! Tout est lié!
    Si le cycle des choses continue de ne pas être considéré à sa juste valeur, l'accumulation de ce qui est perçu comme inutile risque de devenir un fardeau ingérable!
    Il y a peut-être une urgence de ce côté!
    Oui, c'est présent mais pas dans les même proportions qui permettraient d'absorber la production devenu supposément dépassée.
    Développer d'avantage ce retard et favoriser toutes les variations possibles est un bon point selon moi. Ajoutez moins de gaspillage dans l'utilisation en se posant la question si c'est vraiment utile au lieu d'acheter compulsivement comme des débiles, est une autre étape importante.

  • C'est peut-être un choix rationnel que de fabriquer du rapidement jetable, mais rationnel en quel sens? Objets souvent fabriqués en grande partie par des machines, donc peu d'emplois, puis ils ne durent pas et donc vont s'entasser dans les goulags de déchets par tout le globe, puis un jour, ces déchets seront sur le pas de nos portes.
    Ne pourrait-on pas "perfectionner" le perfectionnement (c'est fait exprès) des ordinateurs, par exemple, pour que ceux qui utilisent encore des PC ne puissent que remplacer eux-mêmes des modules/composantes sans avoir trop souvent à se débarrasser de tout parce que pas compatible?
    Avec toute cette nouvelle technologie, comme celle qui fait que l'on n'a plus besoin de bûcherons parce qu'une machine peut détruire des arbres sur une surface de plus de trois terrains de football en quelques petites heures, des machines qui coupent les herbes sur le bord des chemins en pouvant éviter les poteaux au lieu de personnes peu instruites qui auraient bien besoin d'un emploi, qui va acheter toutes les cochonneries pour lesquelles on nous présente des pubs débiles?
    Le temps est certainement éphémère, pas toujours petit (demandez à ceux qui souffrent - pour eux le temps est grand, parfois trop grand) et plutôt que démontable, il peut être désarçonnant.
    Toujours contente à l'idée qu'il reste bien moins de temps devant moi que derrière.

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