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L'intimidation

France Houle
 

France Houle

J'ai été victime d'intimidation en première secondaire. Quelques élèves de ma classe me trouvaient trop téteuse de profs. J'avais besoin d'attention de plus que les autres, besoin qu'on me choisisse, qu'on me trouve bonne et qu'on me le dise. Nous portons chacun notre histoire et dans la mienne, il y a ce genre de fragilité là. J'avais des parents tellement silencieux et moi, j'avais grand besoin de mots.

Un matin, une des élèves en a eu marre de ma gentillesse. Chaque fois qu'elle me croisait, dans la classe, dans les corridors et dans la cour de récréation, elle miaulait à mon oreille. Discrètement d'abord, puis, de plus en plus fort. Et de plus en plus souvent. Elle expliqua sans doute son concept aux autres, car ma vie scolaire fut soudainement remplie de miaulements agressifs. Certaines se sont mises à faire un bout de chemin avec moi au retour de l'école pour que je comprenne mieux. Le problème, c'est que je ne comprenais pas. Je n'avais aucune idée de la raison pour laquelle ces élèves me poursuivaient sans cesse en miaulant. Mes parents non plus. Avouez que le concept était assez métaphorique, non ? Il me semble qu'un «Arrête donc de coller les profs, téteuse!» aurait été plus clair et mon comportement se serait adapté beaucoup plus vite !

Mes parents n'avaient aucune idée de la manière de gérer ce cas. Ils me disaient simplement d'ignorer ceux qui me faisaient du mal. Moi qui aimais tant l'école, j'avais désormais peur d'y aller. Bien sûr, je tentais bien de les ignorer, mais en dedans, c'était impossible d'oublier l'angoisse. Un jour, mes parents sont finalement allés rencontrer le directeur. Cela n'a rien changé. Par chance, l'année s'est terminée et les miaulements aussi. À la rentrée suivante, nous changions tous d'école et le temps avait fait son travail. Les méchancetés s'étaient diluées parmi les petites insouciances de l'été. J'appris à me distancer de mes profs et les autres, à raffiner leurs attaques. Il y avait un roux et une grosse pour les occuper davantage. Ma différence n'était plus suffisamment inspirante.

Aujourd'hui, j'enseigne. Une des premières choses que je dis à mes élèves en début d'année, c'est que je ne tolèrerai pas qu'on leur fasse du mal. Si cela survient, ils doivent venir m'en parler pour que je puisse leur venir en aide. Je dois SAVOIR. Je suis consciente d'être particulièrement sensible à l'intimidation à cause de ma propre expérience. Quand on n'a jamais vécu ce genre de chose, on a, j'imagine, sincèrement l'impression que ce ne sont que des jeux d'enfants et que comme toute chose, cela passera. Mais quand ce type d'épreuve nous arrive et que personne n'a l'air de comprendre le mal terrible qui nous ronge, on a réellement l'impression d'être absolument seul au monde. Moi, on ne m'a pas battue, cela n'a pas duré tout mon secondaire. Dieu merci, les médias sociaux et les téléphones cellulaires n'existaient pas encore. Je n'ose imaginer l'ampleur du désastre intérieur...

Élèves, parents, voici mes conseils .

- Prenez la sensibilité de votre enfant au sérieux. Personne n'a le même bagage émotionnel.

- Agissez rapidement. Mieux vaut trop vite que trop tard. Parlez du problème à un enseignant de confiance.

- Gardez TOUTES preuves d'intimidation : courriels, appels, messages. Notez les gestes commis, les paroles dites. Parfois, c'est l'accumulation qui fait la différence.

- S'il le faut, contactez les parents des jeunes qui intimident le vôtre. Plusieurs parents l'ignorent.

-SOYEZ DES MODÈLES DE TOLÉRANCE. Le respect n'est pas un concept flou, c'est une manière d'être et d'agir au quotidien. Je pense sincèrement que c'est un devoir, comme parent, comme humain, pas une option.

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Commentaires (17)

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  • @ vec0203,
    Le type de programme que vous avez implanté est précisément le genre de poutine que je veux éviter à mon enfant. Pourquoi se taperait-elle des comités (avec ses parents en plus), des cercles du mieux-être, l'agresseur et ses parents, la police, etc, juste parce qu'un ou une élève a décidé de jouer les gros bras, alors que d'un coup bien appliqué, elle peut s'en débarrasser en 30 secondes? Si le matamore a un problème de violence, qu'on s'occupe de lui, et qu'on laisse ma fille étudier et vivre en paix.

  • @89170,
    Il est indéniable d'affirmer que l'ostracisme, de la part des pairs, est une sanction des plus dures que puisse subir un enfant ou un adolescent.

  • Je suis un ancien directeur d'école et je peux vous affirmer qu'il y a d'autres moyens pour éliminer l'intimidation que vit un élève. J'avoue, quand un garçon «sacrait un bon coup de poing» dans la figure d'un autre qui l'intimidait, cela pouvait régler le problème. Mais, il n'est pas donné à tout le monde d'agir ainsi; de plus, ce sont davantage les jeunes filles qui se font écoeurer et comme éducateur, je ne pouvais être d'accord avec cette forme de violence.
    La force des intimidateurs: faire accroire aux intimidés que s'ils en parlent, ils vont en «manger toute une». Mais, contrairement à ce que disent certains, ici, la force des intimidés est, au contraire, d'en parler le plus possible. D'en parler avec ses amis, ses parents, ses professeurs, la direction, un intervenant...
    J'ai donc implanté un programme contre l'intimidation, programme qui existait en Australie et je l'ai adapté à mon école. Appelé le "Cercle du Mieux-être", la formation d'un tel comité arrivait dans un 2e temps, advenant un refus de l'élève intimidateur d'admettre ses torts et de s'engager à respecter ses pairs. Le but du Cercle du mieux-être était clair, net et précis: protéger d'abord les élèves intimidés et exiger des élèves intimidateurs que cesse toute forme d'intimidation.
    Advenant un refus ou si l'intimidation se poursuivait, l'élève intimidateur était suspendu automatiquement pour 10 jours et un comité du Cercle du mieux-être se mettait en branle à l'instant même. Ce comité comprenait la direction de l'école, l'élève intimidé et ses parents, l'élève intimidateur et ses parents, un intervenant scolaire, l'enseignant responsable des deux élèves et, dans le domaine du possible, un agent de la Sûreté du Québec, qui renseignait tout le monde advenant que l'intimidation se poursuive à l'extérieur de l'école.
    Et savez-vous quoi? Cela a très bien fonctionné! Ma conclusion: la direction d'école doit implanter un tel programme, en collaboration. Si non, rien ne change.
    Jacques Robert

  • Nous vivons dans un monde de violence organisée:la guerre,la pauvreté,la mafia,la politique,la bombe atomique,le syndicalisme,le monde de la construction,les gangs de rue,etc.
    Nous voudrions que nos enfants soient des anges,alors que nous sommes des êtres humains,et que la planète que nous habitons est un mélange étrange de beauté et de dangers.
    Et l'être humain a toujours rêvé d'un système d'éducation,capable de produire en série le prototype du citoyen idéal...

  • @anti-christ,
    Par contre, je vous rejoins dans le fait que la discipline offerte par la pratique des arts martiaux permet de mieux discerner les moments où il vaut mieux se battre et les autres où ça ne vaut pas la peine.
    De plus, comme les petits tyrans sont des lâches, ils évitent de se frotter à ceux qui n'ont pas froid aux yeux. En général...

  • @walt68 : Je dirais que c'est le contraire, les solutions comme les cours d'arts martiaux sont surtout efficaces quand l'enfant n'est pas soutenu à la maison. Un enfant qui vit dans un milieu sain n'a pas besoin d'une aide extérieure pour se bâtir un minimum d'estime de soi. Les cours d'arts martiaux, qui soit dit en passant sont inefficaces en situation de combat de rue, ne sont qu'un palliatif et on n’a pas besoin de palliatif quand tout va bien.

    Pour ce qui est de la raclée magistrale, la violence physique des enfants n'a que peu de conséquences. C'est la plus bénigne de toutes les violences. Être rejeté et isolé suite à des mots ou des comportements, blessent infiniment plus qu'un coup de poing. Les cours d'arts martiaux ne garantissent pas que l'enfant ne subira jamais une raclée magistrale, mais ils garantissent qu'il ne sera jamais vu comme quelqu'un sans valeur et qu'il ne sera jamais isolé.

  • @ walt68, "Les solutions uniques comme les arts martiaux ne valent rien si l'enfant ne se sente pas soutenu et bien élevé à la maison."
    C'est faux, soutenu ou non à la maison, un enfant qui maîtrise un art martial peut se défendre contre ses agresseurs à l'école. On ne peut pas dire que ça ne "vaut rien".
    "D'autant plus que savoir se battre ne garantit pas la réception d'une magistrale raclée."
    Disons que ça en réduit considérablement la possibilité.

    @ mropinoignon,
    Enfin un vrai homme! Un dur de dur qui s'est frayé un chemin à coups de poings dans la grande jungle de la vie, et qui en est sorti grandi! Je me demandais d'où venait ce mal de vivre indéfinissable que je ressens en permanence, comme une vieille blessure, et bien j'ai trouvé, il vient de ce que je ne suis pas un vrai homme comme vous! Dire que je suis une lopette qui croyait même qu'on allait à l'école pour apprendre! Vous m'aurez ouvert les yeux!

  • @anti-cr_primaire,
    Les solutions uniques comme les arts martiaux ne valent rien si l'enfant ne se sente pas soutenu et bien élevé à la maison. D'autant plus que savoir se battre ne garantit pas la réception d'une magistrale raclée.

  • @offbeat,
    C'était ce qui se passait dans beaucoup de bonnes familles québécoise d'antan. Autres temps autres moeurs.
    Dans les années 80, j'ai fréquenté un collège dirigé par des frères et je peux vous assurer que personne ne se faisait frappé, humilié, et même sermonné.

  • de la matantisation...je suis plus capable de la glorification des victimes. des bullys, ca l'existe depuis toujours et ca va continuer, surtout avec la nouvelle generation emergente de lopette qui braillent pour un rien. j'ai ete une cible durant ma jeunesse, j'ai combattu et je suis sorti grandi. l'ecole d'aujourd hui, avec les profs pas de colonnes qu'elle contient, est encore moins outille qu'avant pour contrer ces petits baveux.

  • Quel témoignage touchant. Je crois que nous avons tous une part de fragilité en nous. Ça prend beaucoup de courage pour la partager. Merci, madame Houle.
    Selon moi, les enfants qui intimident le font par ennui. L'école est structurée de façon à stimuler une partie infime de l'âme humaine. Les élèves qui n'y trouvent pas leur compte se retourneront contre les autres. Je crois que leur bagage émotionnel doit également être pris en compte.

  • Un conflit, c'est quand deux personnes de forces à peu près égales testent leur pouvoir respectif l'un contre l'autre. L'intimidation, c'est quand un plus fort profite d'un plus faible pour passer ses frustrations quotidiennes. Quand un professeur ou un parent tente de s'interposer dans un processus d'intimidation, il ne fait qu'augmenter la frustration du plus fort et, au final, ne fera qu'empirer ce processus.

    Mme Houle, il n'y a qu'une solution pour sortir un enfant de l'intimidation : faire en sorte que la victime reprenne confiance en elle-même. Ce n'est certainement pas en la rendant dépendante de la protection d'un autre que cela arrivera.

    En tant qu'enseignante, vous pouvez évidemment jouer un rôle indirect pour aider une victime d'intimidation. Vous pouvez par exemple organiser des activités parascolaires pour tenter de faire intégrer la victime au sein d'un groupe où elle pourra s'épanouir. Cependant, vous ne devez jamais intervenir directement. Vous ne devez jamais vous attaquer aux agresseurs (à moins de les faire renvoyer de l'école) et vous ne devez jamais offrir votre protection directe à la victime. Vous ne devez même pas tenter de valoriser la victime aux yeux des autres élèves. Un professeur n'est jamais la solution.

    Croyez-vous réellement que les miaulements auraient cessé et que vous auriez gagné le respect de vos camarades si vos professeurs étaient intervenus? Ne comprenez-vous donc pas que vos professeurs, en se laissant "téter" par vous, ont été une des causes de votre intimidation?

    Cela dit, les arts martiaux restent la solution idéale pour restaurer son estime de soi. Quand vous dites que les cours de karaté n'y changeront pas grand chose, c'est que vous ne comprenez ni la cause de l'intimidation (malgré le fait que vous l'avez vécu), ni ce qu'apporte les arts martiaux sur le plan individuel.

  • Autres temps, autres moeurs. Quand je fréquentais l'école durant les années 50 et 60 (primaire et secondaire), l'intimidation venait non pas de mes camarades de classe mais bien de ces petits oppresseurs que furent beaucoup de mes professeurs. Disons que les nonnes et les porteurs de soutane savaient dominer et insuffler la peur chez leurs jeunes ouailles.

  • Désolée Mme Houle, mais je pense comme anti-ch_primaire. La direction et les enseignants sont incapables de faire quoi que ce soit et ne font que faire traîner le tout en distribuant des remontrances bidons.
    Mieux vaut apprendre à nos enfants à se défendre (judo, etc), à développer des comportements qui les protégeront contre les intimidateurs et à cesser les comportements qui peuvent aggraver les situations.

  • Moi aussi Madame je suis contre la violence. Je ne sais pas à quel niveau vous enseignez, au primaire on peut peut-être désamorcer certaines situations avec l'humour, mais au secondaire, aller voir le prof et la direction quand on se fait intimider ne fait qu'empirer les choses. L'intimidation augmente et s'aggrave, elle se déroule hors du champ de surveillance des profs, dans la cour d'école, hors de l'école, sur Facebook, etc...

    Vous dites "Ce n'est pas comme ça comme règle adéquatement des conflits"... Sauf qu'on ne parle pas de conflits ici. On parle d'intimidation, qui est à sens unique. Si, aux premiers signes d'intimidation, l'agresseur se retrouve en deux temps trois mouvements sur le postérieur, le dos appuyé aux vestiaires, plus jamais il n'intimidera la victime à laquelle il s'en prenait.

    J'ai connu des jeunes du secondaire (et leurs parents) qui s'engageaient dans la voie de la conciliation, en compagnie des profs et de la direction, de la confrontation avec l'agresseur, etc... C'est un processus interminable et inefficace.

    Je suis contre la violence. Mais un moment donné, l'angélisme et la bonne volonté ne suffisent plus. Ma fille fait du taekwondo depuis plusieurs années et a la permission de s'en servir en situation d'intimidation. Ça ne lui est jamais encore arrivé, mais je sais qu'elle possède maintenant les outils pour faire cesser toute tentative d'intimidation.

  • Si des cas d'intimidation traînent en longueur, c'est justement parce que les «attaques» sont pernicieuses et subtiles. On ne voit rien. Un petit coup d'épaule, une platitude à l'oreille. Souvent, pris individuellement, chaque geste est bénin. Le grand problème de l'intimidation, c'est l'addition, la répétition. Les cours de karaté et la musculation n'y changeraient pas grand-chose! Je suis contre la violence. Ce n'est pas comme ça comme règle adéquatement des conflits. On peut être vigoureux autrement... L'humour m'a souvent aidée, entre autres choses.

  • Et surtout, surtout, permettez à vos enfants d'acquérir des outils pour faire cesser ces comportements DÈS QU'ILS COMMENCENT. Offrez-leur des cours d'arts martiaux et faites-les persévérer jusqu'à ce qu'ils soient en mesure de neutraliser physiquement les gestes d'intimidation dès le début.

    Les interventions scolaires impliquant les professeurs, la direction et les parents du ou des agresseurs, traînent en longueur et sont inefficaces. La clé, c'est que l'enfant agisse vigoureusement dès le début des comportements d'intimidation.

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