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L'impasse démocratique

Benoit Mondor Côté
 

Benoit Mondor Côté

Étudiant à ESG - UQAM en Science Comptable

Une impasse démocratique, je n'aurais jamais cru dire cela dans ma vie. Pourtant, le phénomène existe, je l'ai connu, je l'ai vécu, il nous a vaincus. Prime à bord, je suis un type qui croit en l'intelligence d'un peuple, ou d'un grand groupe. Force est de constater, bien malgré moi, que ma conception idyllique de démocratie à ses limites.

Vous êtes chanceux, je fais rarement cela, mais ce qui suit est une tranche de vie.

Depuis le début de mon parcours universitaire, j'ai eu l'occasion de fréquenter beaucoup d'Assemblées générales (AG) qui somme toute se sont généralement bien déroulées. Contrairement à ce que certains médias ont pris plaisir à véhiculer, nos AG se sont passés dans le calme et l'ordre, les Carrés Rouges n'ont «bardassé» personne et nous n'avons pas fait la grève (1 journée). Bref, mon propos n'est pas là.

Depuis un certain temps, j'ai participé à beaucoup de ces assemblées, mais cette session, fort de mes responsabilités, j'ai dû en faire plus que le client en demandait. Ce qui m'a amené à constater une des limites de ce genre de système.

La confrontation

Deux instances, deux mentalités, deux visions, des revendications légitimes de part et d'autre, mais une écoute sourde. C'est l'impression qu'il m'est resté dans la gorge cet après-midi. Leur idée était faite d'avance. Nous étions les gros méchants. Nous voulions uniquement nous immiscer dans leurs affaires, leur gestion propre et transparente. Nous nous sommes présentés avec l'intention véritable d'en venir à un commun accord. Une attente consensuelle. Nous avons accueilli les modifications à notre point avec sérénité et ouverture. Nous avons modifié notre approche, nous avons modifié notre position, mais nous étions devant une fin de non-recevoir.

Dépeints d'une façon grotesque et gratuite, nous sommes sortis de cette aventure avec un mélange de déception et de frustration. À la fin des courses, ils ont gagné, nous avons perdu, notre demande a été rejetée massivement. Nous allons fort probablement devoir nous dissocier de ce beau grand projet, ce qui est triste en soi, mais il ne faut pas oublier que nous aussi nous répondons de nos actes à nos membres.

Je me suis toujours trouvé un peu plus à gauche que la moyenne des ours de mon entourage. J'ai longtemps cru que si le pouvoir se rapprochait de la base, il serait un peu plus propre. J'ai beaucoup défendu les procédés d'assemblées à qui voulait bien s'y opposer. Par contre, dans le domaine du pratico-pratique, je dois admettre que je m'en trouve aujourd'hui bien déçu. Mes désirs, mes illusions et ma conceptualisation du monde démocratique sont en crises existentielles.

Parfois, je me surprends à penser que de la démocratie cancéreuse dans laquelle nous sommes actuellement et de la démocratie directe dans laquelle certains aimeraient nous voir, il n'y a pas grande différence. D'un côté, une caste restreinte d'élite pensant faire le bien à tous coups. De l'autre, une masse, un groupe, des gens qui prennent des décisions au meilleur de leurs connaissances, de leurs opinions personnelles et de leurs préjugés. Dans les deux cas, il y a peu de personnes qui écoutent ce que l'autre camp essaie de dire au risque d'agir contre leur propre intérêt. 

De la domination par le haut ou de la domination par le bas, il ne reste qu'à choisir le moindre mal. Je n'ai pas encore choisi mon camp. Le perdant dans toute cette histoire est ma foi en un système de compréhension universelle. Mon désespoir et mon cynisme viennent de prendre quelques points de pourcentage, mais j'imagine que tous ces questionnements me sont dus à mon jeune âge...

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Commentaires (5)

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  • Moi j'ai de la misère à comprendre ces gens qui semblent vivent comme un gros drame psycho-démocratique à l'heure actuelle,et qui affirment avoir peur de sombrer dans le cynisme ou je ne sais trop quoi de malveillant et de cauchemardesque.Pour ma part je n'y ai jamais cru,à la démocratie.Et c'est bien là toute la question:pourquoi,au départ,des gens croient-ils à ça?La démocratie est pratiquée par des humains,et à moins d'être complètement aveugles,nous savons tous de quoi l'être humain est capable.Et je ne parle pas ici de génocides ou autres calamités aux dimensions apocalyptiques,non,juste à passer une soirée dans un bar à bavarder avec les gens,juste à se remémorer quelques souvenirs de notre romantique adolescence,quelques échecs amoureux ou quelques collègues de travail indésirables,sont suffisants à se rendre compte que l'humain est une race faillible et extrêmement instable émotionnellement.La démocratie idéalisée c'est un idéal juste bon pour les robots,les automates programmables qui agissent toujours de la même façon;l'humain est un être créatif,et sa vie se passera à tenter de départager le bien et le mal.Un paquet choisiront délibérément le mal,et un paquet d'autres feront exactement le contraire.La grosse majorité se contentera de vivre,tout simplement.De ce choc,ne naîtra visiblement pas grand chose,puisque le bien c'est de voir la grandeur dans la nature et la vie,alors que le mal c'est de la voir dans l'humain,l'argent,l'ambition et le pouvoir.Enfin.Je ne sais pas quoi vous dire,comme je disais,la démocratie je n'y ai jamais cru,et je ne suis probablement pas plus vieux que vous.Question de philosophie,j'imagine.Si vous voulez vivre en paix et dans la justice,devenez épicier!
    @Jonathan Vézina
    "Peut-être serez-nous notre prochain René Lévesque"
    Vous avez la Renélévesquisation facile,vous!

  • Je crois que comme souvent j'aurai le rôle de lancer le pavé dans la mare. En retour je recevrai probablement une volée de bois vert, j'y suis habitué.
    On lit ici, suite à la citation la plus galvaudée de Churchill, que vous êtes notre prochain René Lévesque, M.Mondor-Côté.
    On lit aussi des mots plutôt durs qui associent intolérance et printemps érable, étant entendu que vous n'en êtes pas.
    Pour ma part je reste dubitatif. Churchill, Lévesque aussi à sa suite, n'avaient pas leur langue dans leur poche. Chacun savait au besoin s'exprimer d'une façon tranchante, dure même. N'est-ce pas Lévesque qui a parlé de Rhodésiens au sujet des anglos su Québec ? De Churchill, la sueur, le sang et les larmes n'étaient de la guimauve.
    Leurs colères sont restées légendaires, leurss coups de gueule aussi.
    Là je lis votre texte, je le relis, et je ne vois toujours pas quelle est votre point de vue par rapport à quoi que ce soit. Il y a "nous", il y a "eux", mais qui sont nous et eux ?
    Mystère. Brume et imprécision.
    Pas un seul mot n'indique vos positions, ni celles de... disons "eux" puisque je me demande même si ce sont des étudiants, des motards, des diplomates Nord-Coréens ou un comité de brosses à dents usées militant pour l'Armée du Salut.
    Si vous avez ainsi défendu vos positions devant ces "eux", il y a toutes les chances que vous vous soyez ramassé avec un abyssal rien dans un sac de jute décousu.
    Si ces "eux" ont une vision précise de leurs buts, le moins que l'on puisse attendre est qu'ils le défendent.
    Si votre "nous" arrive avec l'intention de s'entendre avant même de prendre position, y compris la nécessité de préciser cette position avec netteté, que croyez-vous faire ?
    Ah! Je sais. Chialer ensuite. Ben pour ça c'est raté : il n'y a rien à comprendre de votre texte. Par contre, si vous voulez que je vous plaigne, considérez que c'est fait. Vous êtes en effet bien à plaindre mais pas pour les raisons que vous souhaitez.

  • La désillusion face à l'autre est un pas important vers la maturité. C'est une étape difficile où le cynisme et le ressentiment prennent une place prépondérante.

    Mais persistez dans votre questionnement! Car après, il y a le pas vers la sagesse qui est la désillusion face à soi-même. Cela peut sembler paradoxal, mais le jour où l'on se rend compte de notre propre absurdité, le cynisme et le ressentiment disparaissent et sont remplacés par l'appréciation de la beauté et, surtout, par le sens de l'humour!

  • Je lisais récemment un livre sur l'intolérance où l'auteur explique que nous avons maintenant des fondamentalistes ( eh oui, ils ne sont pas tous religieux) qui déposent leur point de vue et qui deviennent alors totalement intransigeant et inflexibles sur leurs positions. Si vous refusez de vous soumettre ils vont vous traiter comme les fondamentalistes religieux; pressions, insultes, rejets, menaces et attaques physiques sur les biens si non sur vous. Ils parlent de négocier mais en fait ils veulent vous convaincre ‘'vous'‘ d' accepter leurs dogmes, de vous soumettre;‘'printemps érable'‘.On parle de négocier mais on exige rien de moins que d'être obéis.
    Si vous en avez le temps, lisez ou relisez ‘'Dix jours qui ébranlèrent le Monde'‘, eux aussi avaient des assemblées démocratiques directes et très expéditives......

  • M. Mondor-Côté, je tiens d'abord à vous féliciter pour votre engagement et votre défense de la démocratie. La démocratie, comme vous l'avez constaté récemment, est un mauvais système politique, mais tout de même le moins pire des systèmes politiques (Winston Churchill). Dans une démocratie normale, chaque individu est prêt à faire des concessions sur des points qui lui apparaissent peu important, et est intransigeant sur les points qu'il juge capitaux. Invariablement, cela mène à des conflits, et les plus nombreux finissent généralement par obtenir ce qu'il veulent au détriment des autres. Mais une démocratie peut aussi être corrompue. Des individus plus malins que les autres peuvent utiliser la démagogie ou le mensonge pour faire avancer leur cause, d'autre utiliseront l'argent ou des jeux de coulisse pour piper les dés, et j'en passe. Il est tout à fait possible que la situation que vous décrivez dans votre texte soit une manifestation d'une corruption de la démocratie. Je vous suggère donc de garder foi votre idéal d'une démocratie saine, tout en rejetant les formes corrompues de celle-ci et en travaillant à combattre cette corruption. Peut-être serez-vous notre prochain René Lévesque.

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