Image d'un ordinateur portable

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Icone tooltip

Troubles d'apprentissage: importante victoire pour les enfants et leurs parents!

Anthony Teasdale
 

Anthony Teasdale

Intervenant social œuvrant dans le milieu de la santé en Mauricie

La décision de la Cour Suprême du Canada rendue vendredi dernier que l'on surnomme la décision «Moore» constitue une victoire très importante pour les enfants qui présentent des troubles d'apprentissage. En effet, le plus haut tribunal au pays ordonne aux Commissions scolaires de rendre disponible le maximum de ressources à ces enfants afin de respecter leur droit à l'éducation en toute égalité avec les autres enfants. De plus, les écoles ne pourront plus invoquer la raison du manque de ressources financières comme étant le seul obstacle à la mise en place de ressources d'aide. Et «vlan! Dans les dents», comme on dit au Québec!

Je travaille comme intervenant social auprès de jeunes de 0 à 17 ans présentant diverses déficiences physiques. Dans une majorité de dossiers de ma charge de cas, j'ai affaire à des jeunes présentant divers troubles d'apprentissage: dysphasie, trouble de déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité, dyspraxie, dyslexie, retard global de développement, etc. Dans ma pratique, je reçois au quotidien le désarroi des parents face aux difficultés de leur jeune. Pas de budget pour engager une technicienne en éducation spécialisée (T.E.S) dans la classe, une orthophoniste pour les troubles du langage ou encore d'orthopédagogue pour aider l'enfant à travailler des notions précises. Imaginez l'impuissance de ces parents, leur découragement perpétuel qu'ils vivent lors des fameux plans d'intervention et devant cet argumentaire autrefois sans faille...

C'est aujourd'hui chose du passé! Une lueur au bout d'un long et sombre tunnel. Le réseau de l'éducation public devra se remettre en question et changer son style de gestion. Il était plus que temps que quelqu'un entende ces enfants et leurs parents! Cela dit, ce jugement ne règle pas tous les problèmes. Il s'attarde davantage à la notion de «classe régulière» et du droit des enfants avec un trouble d'apprentissage de fréquenter une classe régulière au même titre que les autres enfants, mais moyennant des ressources supplémentaires (T.E.S., orthophoniste, orthopédagogue, etc.). Il permettra à des élèves de se développer sans être stigmatisés, étiquetés comme des «élèves à problèmes d'apprentissage». Il permettra de mettre les ressources en place afin d'offrir à ces enfants de vivre des succès plutôt que d'encaisser des échecs. À moyen et long terme, les effets devraient être perceptibles: meilleure motivation, hausse de l'estime de soi, plus de facilité à s'intégrer au groupe et se faire des amis, mais surtout, savoir qu'ils ont du potentiel et que s'ils s'en servent adéquatement, ils pourront réaliser leurs rêves, leurs projets. Permettez-moi également d'émettre l'hypothèse que cela pourrait même aller jusqu'à aider plus d'élèves à ne pas «décrocher». C'est beaucoup plus efficace à mon avis que de rehausser l'âge scolaire obligatoire ou hausser le nombre d'heures de classe par jour.

L'éducation de nos enfants est le reflet de notre société de demain. Avec les bons outils et les bons moyens, nous saurons mieux former les enfants ayant des troubles de l'apprentissage et leur offrir l'opportunité d'exploiter leur potentiel et de réaliser leurs projets. C'est donc une décision gagnante-gagnante que la Cour Suprême a prise. Les enfants y gagnent, les parents y gagnent un certain répit et le support qu'ils revendiquent depuis si longtemps et le système scolaire y gagnera aussi. Il devra changer sa philosophie administrative. Fini les coupes dans les services aux élèves, fini les justifications de l'absence de ressources par le manque de moyens financiers. Il pourra donc se concentrer à remplir sa mission première qui est d'éduquer les jeunes plutôt que de les «gérer» Tiens donc!

Partager
Image d'un ordinateur portable

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Icone tooltip


Commentaires (14)

Commenter cet article »

  • @ 89170 : Le problème est le manque de financement. Là je vois venir tout le monde me dire que " blabla, l'argent est mal géré et que l'on devrait revoir tout ça".
    La réalité est que le gouvernement ne mettra pas plus d'argent dans les écoles. La décision de la cour suprême nous dit de faire tout en notre possible avec notre budget.
    Là où ça vient intéressant est que si les commissions scolaires sont obligées de donner de meilleurs ressources, j'imagine qu'au lieu de payer des gros salaires à la direction et de rénover des locaux, l'argent servira à engager des intervenants pour prend soins de ces enfants.
    Reste à voir si il n'y a pas quelques escrocs qui trouveront une passe-passe pour contourner la décision de la cour.

  • @Alexandre Marquis : Utiliser le terme « surdoué » fait un peu animal de foire. Pour un enfant, il est tout aussi stigmatisant que le terme « attardé ».

    Vous avez parfaitement raison de dire que j'aurais dû être placé dans une école adaptée. L'intégration forcée ne fait que créer de l'isolement et un repli sur soi-même pour ceux qui sont différents de la norme. Il faut que les enfants soient dans un milieu similaire à ce qu'ils sont, il faut les accepter tel qu'ils le sont, il ne faut pas les forcer dans un moule qui ne leur convient pas. C'est vrai pour les enfants doués, c'est tout aussi vrai pour ceux qui ont des difficultés d'apprentissage. Vouloir une seule et unique norme pour tous est néfaste.

    Vous dites qu'il est certain qu'on ne peut pas faire deux écoles? Je dis qu'il est obligatoire d'en faire beaucoup plus.

    @Claudine Baril : Au-delà des grands principes moraux, qui ne sont généralement que des prétextes, quelle émotion ressentez-vous quand vous défendez une personne handicapée?

  • @89170. Merci beaucoup de me partager votre point de vue et c'est vraiment un sujet qui me touche! Croyez-moi je suis très consciente de cela et c'est une crainte qui me traverse souvent l'esprit. Je resterai tout de même une grande défenderesse des droits des personnes handicapées et encore plus de celles qui sont perçues comme étant handicapées et qui ne se considèrent pas handicapées. Bonne journée!

  • @89170 :
    Votre histoire me fait réaliser que vous auriez dû faire partie d'une classe de surdoué. Les difficultés d'apprentissage s'appliquent aussi dans votre cas. On aurait dû vous traiter comme un "élève en difficulté" et vous envoyer dans une école plus adapter à vos aptitudes. Ainsi vous auriez évolué dans un meilleur environnement et vos problèmes dans la vie adultes auraient peut-être été réglés.
    C'est certain qu'on ne peut pas faire deux écoles. Une pour les doués et l'autre pour les moins doués...
    Je suis certains que le résultat en mélangeant les élèves sera mieux qu'à l'époque où on mettait les faibles au fond de la classe avant de les étiqueter attardés mentales aux profits d'une "élite" qui se devait de prouver sa force avec vanité.

  • Bonjour, pour ceux qui ne le savent pas, nous avons une école publique de la médiocrité justement parce qu'il y a trop d'intégration, pas de redoublement et une propension à croire que la connaissance et le savoir n'ont aucune valeur. J'exagère à peine. Les classes d'élèves en difficulté ont énormément diminué, la mode est à l'intégration. Par ailleurs, il faut savoir que les élèves doués souffrent de cela, ils sont laissés-pour-compte. Pourquoi le privé connaît-il cet engouement? Parce que le public ne fait pas son travail. Par contre, la nouvelle dont parle l'auteur est excellente. Qu'on arrête d'intégrer ces enfants sans leur donner les services qui leur reviennent. L'intégration sert à sauver des coûts... Ce n'est pas là la vertu de l'égalité que tous y voient.

  • @Claudine Baril : Je comprends tout à fait vos valeurs morales, je les partage en partie, mais je ne suis pas sûr que vous êtes consciente des conséquences de ces valeurs.

    Je vais parler un peu de mon expérience personnelle. J'étais un enfant plus doué que les autres. Probablement comme votre garçon. Étant donné qu'il n'y avait pas de ressources pour les enfants comme moi, l'école où j'allais a pris la décision facile de me faire sauter une année pour tenter d'équilibrer un peu les choses.

    Dans un sens, ce n'était pas suffisant. Je m'ennuyais à l'école. Comme tout était facile, je n'avais aucune stimulation intellectuelle et j'ai appris à être passif. Je n'allais même pas à la plupart de mes cours J'arrivais en classe au moment de prendre les présences et je partais tout de suite après. Mes notes étaient bonnes, alors personne ne disait rien.

    Pour vous aider à comprendre pourquoi les professeurs acceptaient ce comportement, je me rappelle d'une fois où, pendant un examen de mathématiques au secondaire, j'avais voulu faire mon "smart" et j'ai demandé au professeur si je pouvais utiliser un repère qui n'était pas orthonormé. Le professeur de mathématiques, qui n'avait eu le poste que grâce à son ancienneté et son syndicat, ne savait même pas ce que "orthonormé" voulait dire. J'ai dû lui donner un petit cours... devant tous les autres élèves. Alors disons que personne n'osait me dire quoi que ce soit.

    J'imagine qu'il aurait fallu me faire sauter 2 ou 3 années directement pour avoir un minimum de stimulation intellectuelle.

    Cependant, dans l'autre sens, cette simple année sautée était de trop. Comme j'étais plus jeune que tous les autres élèves, mon développement social a été sévèrement affecté. J'étais plus ou moins rejeté par les autres élèves.

  • (suite...)

    Le pire dans cela est qu'ironiquement j'étais de ceux que vous considéreriez comme faisant preuve d'une grande maturité sociale. J'aidais toujours les autres, sans poser de question et sans rien demander en retour. J'étais le gentil garçon, le modèle. J'étais aussi inséparable de ma jeune soeur et je m'occupais énormément d'elle. Alors tout le monde était content de la situation et personne ne voyait le problème.

    Le résultat est qu'arrivé au CÉGEP, j'ai tout simplement abandonné mes études. La différence d'âge ne jouait plus, mais toutes ces années où j'avais appris à ne rien faire et, surtout, le fait que socialement j'étais devenu complètement inadapté ont fait en sorte que j'y n'avais absolument pas ma place. De toute façon, j'entretenais des idées suicidaires déjà depuis ma jeune enfance, alors mon avenir n'avait pas tellement d'importance pour moi.

    Nietzsche affirmait qu'il faut protéger le fort du faible. Il avait raison. Vous êtes fier de votre garçon surdoué, mais je me demande s'il ne va pas vivre la même chose que moi. Je me demande si vous n'êtes pas complètement aveuglée dans votre désir d'aider votre enfant le plus faible et si vous n'allez pas sévèrement limier le développement de l'autre.

  • Bonjour, en tant que future enseignante, je ne peux qu'appuyé ce jugement. Par contre, il faudrait que le gouvernement du Québec donne plus d'argent aux écoles. Étant en stage présentement, je peux voir que les élèves en difficulté se font déjà couper des services d'orthopédagogie puisque les orthopédagogues doivent se mobiliser pour des élèves qui sont plus en difficulté dans d'autres classes. De plus, il est vrai que les élèves plus doués dans le groupe sont ralentis par les autres. Je n'ai malheureusement pas la solution idéale. Par contre, je crois que le co-enseignement pourrait être une bonne solution. De cette façon, les élèves en difficultés sont intégrés dans les classes dites régulières, mais tous les élèves apprennent et continu d'apprendre sans être ralenti. De plus, cela permettrait de séparer les groupes selon la matière enseigné (donc un élève fort en mathématique et plus faible en français aura des enseignements adaptés à ses besoins).
    Bref, je suis tout à fait pour l'intégration des élèves en difficulté dans les classes (et en fait, c'est souvent ces élèves qui nous touchent le plus), mais il faut trouver des solutions pour ne pas nuire aux autres élèves. Les enseignantes et enseignants manquent déjà de ressources et s'il faut couper dans le peu qu'ils ont, ils ne s'en sortiront pas...

  • C'est en effet une excellente décision. Hiérarchiser les relations humaines est le pire des apprentissages. Quand les élites feront preuves grande maturité sociale au point d'accepter l'autre de façon inconditionnelle et bien croyez-moi peu importe le banc d'école sur lequel ils seront assis, ils chemineront bien au-delà de nos espérances! Les plus grands surdoués sont ceux qui ont la force de faire avancer les autres! Maman d'un garçon ayant de grands troubles d'apprentissage et d'un autre garçon génie et surdoué! Les deux sont inséparables! Bonne soirée!

  • @ gasston
    Merci pour votre commentaire. Je comprends votre inquiétude vis-à-vis du sort des enfants normaux. Comme je le dis dans mon texte, la décision en soi ne règle pas tous les problèmes et ce problème-là ne sera pas réglé, vous avez raison. Toutefois, même avec un trouble d'apprentissage, certains élèves ont un potentiel et des capacités trop élevés pour fréquenter une classe spéciale, qui ne ferait que les ralentir eux aussi dans leur cheminement. Ces élèves-là sont les vrais gagnants de cette décision. Je vous invite à consulter l'article publié à cet effet sur lapresse.ca au : http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/education/201211/13/01-4593463-trouble-dapprentissage-autre-bataille-juridique-en-vue-au-quebec.php
    Il y est clairement indiqué que la Cour suprême n'a pas l'intention de s'immiscer dans le processus d'évaluation qui déterminera si un enfant fréquentera une classe spéciale ou non. Il reviendra donc toujours aux écoles et commissions scolaires de faire les évaluations appropriées et d'orienter l'enfant dans la classe qui répond le mieux a ses besoins.

  • @Alexandre Marquis : Il n'y a pas vraiment de ressources supplémentaires disponibles, donc il ne peut y avoir qu'une redistribution des ressources existantes. Cette décision du tribunal est hautement injuste et sacrifie indirectement, mais irrémédiablement, les élèves les plus doués. C'est la future élite qui est abandonnée. Ce changement de cap dans l'éducation sera extrêmement destructeur pour la société.

  • Le privé à déjà des classes spéciales pour des élèves avec des problèmes d'apprentissages! Je ne crois pas que cette décision ira au détriment des élèves plus doués

  • Et tant pis pour les enfants normaux, qui devront ralentir le rythme pour se mettre au niveau des enfants en difficulté qui auront été introduits de force dans leur classe en nombre toujours croissant. À quand une poursuite d’un parent qui aura été obligé d’envoyer son enfant au privé pour lui permettre de suivre un programme d’éducation normal? J’aimerais voir ce que la cour suprême dirait là-dessus. J’ai idée que ce serait: too bad for you, et “vlan! Dans les dents”, comme on dit au Québec!

  • Excellente décision!
    Je connais beaucoup de gens dans mon entourage qui ont eu des problèmes d'apprentissages à l'école et qui éprouvent encore aujourd'hui des problèmes au niveau professionnel. Les problèmes d'apprentissages n'arrivent pas seulement aux enfants. Ils nous suivent toute notre vie.
    Ce changement de cap dans l'éducation sera très bénéfique pour la société.

Commenter cet article

Vous désirez commenter cet article? Ouvrez une session | Inscrivez-vous

 

Veuillez noter que les commentaires sont modérés et que leur publication est à la discrétion de l'équipe de Cyberpresse. Pour plus d'information, consultez notre nétiquette. Si vous constatez de l'abus, signalez-le.

publicité

publicité

la liste:9856:liste;la boite:1830524:box; Le tpl:300_op-articles-photos.tpl:file;

LE CERCLE LA PRESSE >

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Un groupe de commentateurs citoyens qui profitent d'une vitrine exceptionnelle sur l'accueil du site web. Les membres sont sélectionnés par la salle de rédaction pour la pertinence de leur propos, leur expertise, le style et la qualité de leur écriture.

Participez

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

image title
Fermer