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La semaine Le poids, sans commentaire

Caroline Brouillette
 

Caroline Brouillette

Étudiante en études internationales et langues modernes

Hier a débuté la semaine Le poids, sans commentaire, mise en place par anorexie et boulimie Québec. L'objectif? Ne rien dire sur son propre poids ou celui des autres pendant quelques jours. En d'autres mots, le défi est de ne pas commenter sur la prise de poids d'un collègue de classe ou bien sur le succès du régime de sa cousine.

À première vue, le concept peut avoir l'air anodin, voire inutile. En quoi serait-il négatif de féliciter un proche sur une récente perte de poids? Contrairement à la croyance populaire qui est perpétuée par, entre autres, l'industrie de la minceur, maigrir n'est pas nécessairement synonyme d'améliorer sa santé. Dans certains cas, maigrir n'a rien de sain. L'anorexie et la boulimie en sont des exemples évocateurs et non négligeables, mais se limiter à ces cas serait réducteur. Le désir d'être mince est une problématique qui concerne toutes les femmes, même celles qui ne sont pas diagnostiquées pour trouble alimentaire. Pourquoi? Parce que, selon l'ANEB, 70% des Canadiens s'efforcent de modeler leurs corps, leur consommation d'aliments et 80% des femmes suivent un régime avant l'âge de dix-huit ans. Tout le monde connaît au moins personne qui s'est imposé le fameux «pas de pain-pâtes-patates», qui s'est affolé à la suite d'une prise de cinq livres ou qui s'examine les bourrelets dans le miroir de temps à autre. Je ne prétends pas que le sucre est un aliment nutritif et que l'embonpoint n'est pas problématique; plutôt, je crois que ces exemples anecdotiques sont les symptômes d'une société obsédée par la minceur.

De 1987 à 1999 les hospitalisations ont augmenté de 36,5% pour les femmes de 24 ans et moins. Coïncidence? I think not. L'exposition constante des jeunes femmes à un modèle de beauté caractérisé par sa minceur leur fait subir une pression non négligeable, comme l'a illustré récemment une étude du LSE qui a tenté d'établir une corrélation entre l'environnement culturel et social d'une société et l'incidence de l'anorexie chez les jeunes femmes. Leurs recherches ont démontré que plus l'IMC de ses pairs est élevé, moins une femme aura de chances d'être anorexique. Cela explique la proportion plus élevée de femmes anorexiques en France, où l'IMC moyen est inférieur à la moyenne européenne.

La minceur est devenue une industrie, et le domaine de la santé porte aussi sa part de blâme. La majorité des femmes ne vont pas au gym pour augmenter leur capacité cardio-vasculaire, réduire leur stress ou simplement pour le plaisir; l'incitatif principal est de garder une apparence svelte. En outre, selon un schéma narratif bien répandu dans la littérature et les films, être mince serait synonyme de bonheur. Victimes de troubles alimentaires de plus en plus jeunes, les filles n'ont pas les outils pour confronter ces normes sociales bien établies dans toutes les sphères de la société, et finissent par être entraînées dans cette constante aspiration à l'amaigrissement.

Il existe des femmes maigres, des femmes minces, des femmes dodues, des femmes carrées, des femmes obèses, des femmes avec des courbes, bref, toutes sortes de femmes. L'idée n'est pas de déterminer ce qui est bon ou mauvais, mais de clamer haut et fort qu'aucune femme ne devrait se laisser entraîner - bien que ce souvent inconsciemment - dans cette adulation de la minceur. Et ça commence cette semaine, en se conscientisant aux détails de notre vie qui perpétuent cet idéal.

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Commentaires (6)

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  • Evidemment, parler de poids juste pour parler de poids ne se fait pas, tout comme on ne discute pas des boutons, des cicatrices et autres détails physiques des gens.

  • Evidemment, parler de poids juste pour parler de poids ne se fait pas, tout comme on ne discute pas des boutons, des cicatrices et autres détails physiques des gens.

  • Merci d'avoir pris le temps d'écrire un bien beau papier pour souligner l'initiative de cette semaine de prise de conscience. Je souffre d'anorexie depuis presque 20 ans et je rêve du jour ou le poids d'une femme ne sera pas plus important que la couleur de ses yeux.

  • @blablablabla - Je serais surprise que vous ayiez réussi à aider des personnes qui fument, boivent ou travaillent excessivement en leur "disant" de changer leurs habitudes.
    Par contre, quand on côtoie une personne qui se tape une bronchite à tous les mois et qui fume, c'est sûr qu'on peut mentionner que l'arrêt du tabagisme pourrait aussi signifier l'arrêt des bronchites; pour celui ou celle qui boit, suggérer qu'il/elle serait bien moins agressif/ve, commettrait bien moins de bévues (accrochages en auto, etc.) en ne buvant pas ou en réduisant sa consommation; pour celui ou celle qui travaille excessivement, qu'il/elle serait bien moins stressée dans son ménage en adoptant des heures de travail plus normales : oubedon s'il ne s'agit que par amour démesuré du travail, je leur suggérerais un petit don de mon côté pour arrondir les fins de mois!
    Il y en a peut-être qui gagneraient à lire l'article de Martin Primeau de ce 13 novembre, intitulé: "Obèse, et en santé"...

  • Merci pour ce très bel article! Bravo à l'initiative de l'ANEB et du groupe EquiLibre sur le poids. À la Clinique St-Amour nous côtoyons des personnes atteintes d'anorexie et de boulimie tous les jours et voyons l'impact de l'industrie de la minceur... Pour de l'aide et de l'info www.cliniquestamour.com

  • Evidemment, parler de poids juste pour parler de poids ne se fait pas, tout comme on ne discute pas des boutons, des cicatrices et autres détails physiques des gens.
    Mais je ne vois pas où est le problème de dire à quelqu'un que son poids est un problème de santé, dans un sens ou dans l'autre. On peut bien dire à quelqu'un qui fume, qui boit ou travaille excessivement de changer ses habitudes pour sa santé mais dès qu'on parle de poids, c'est tabou. Le jour où on pourra parler de poids sans qu'une femme parte en pleurant, ce sera du progrès. Alors je ne crois pas que ne pas en parler est la solution à long terme. Par contre, je n'ai pas d'idées comment changer cette attitude!

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