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Des campus satellites pour contrer l'exode rural

Pierre-Paul Ferland
 

Pierre-Paul Ferland

Étudiant au doctorat en Études littéraires à l'Université Laval

J'ai ri dans ma barbe en lisant un article dans le Québec sciences qui traitait d'exode rural. La journaliste, Jessica Nadeau, laissait entendre, avec une pointe d'ironie, que le phénomène se nommait désormais la «dévitalisation» des régions. La novlangue que prescrit le climat «politiquement correct» dans lequel nous vivons frappe encore! Pourtant, même si on cherche des litotes et euphémismes toujours plus créatifs pour éviter de nommer les choses par leur vrai nom, le phénomène, lui, demeure.

Et si on délocalisait la formation plutôt que les étudiants? Permettez-moi de défendre ces fameux campus satellites.

Aujourd'hui, une ville de région doit user de pirouettes de plus en plus créatives afin d'éviter la saignée. Campagnes publicitaires, allégements fiscaux, voire subventions pour les déménagements: tout est là... sauf les principaux intéressés, qui persistent à habiter en ville.

C'est là où je me choque contre certains de mes collègues étudiants. Laissez-moi m'expliquer. Lors de la crise étudiante, plusieurs gérants d'estrade ont laissé entendre que nos universités sont mal gérées. C'est peut-être effectivement le cas - donnons à tous le bénéfice du doute en attendant le Sommet sur l'éducation postsecondaire imminent. Parmi les exemples de «gestion douteuse», plusieurs étudiants se sont indignés des «campus satellites» qui pullulent en région. Selon moi, cette fragmentation des campus fait plutôt partie de la solution afin de favoriser la rétention de la main d'oeuvre en région.

Le phénomène de délocalisation des institutions d'enseignement devrait selon moi être encouragé tant au cégep qu'à l'université. Premièrement, un campus satellitaire dans une région lui fournit une denrée rare: des emplois stables dans le secteur des services. Deuxièmement, beaucoup de jeunes se sont exilés de leur région d'origine afin de poursuivre des études. Aujourd'hui, parions qu'une forte «inertie» les incite à demeurer dans la ville où ils se sont déplacés. Pourquoi délaisser la nouvelle vie qu'ils se sont construite?

Je vous vois venir. Le problème, c'est l'Université de Sherbrooke qui ouvre un campus à Longueuil. L'UQAR qui se bâtit... à Lévis! Je crois que le «marché» des villes en périphérie de Québec et Montréal est «condamné» à être exploité. Si ces campus permettent à l'UQAR et à l'Université de Sherbrooke d'assurer leur financement en ces périodes de vache maigre dans leurs régions respectives, pourquoi pas?

La décentralisation devrait aussi s'étendre aux secteurs publics. L'ouverture de points de service du Régime québécois d'assurance parentale (RQAP) à Rouyn-Noranda et à Sainte-Anne-des-Monts est de bonnes initiatives afin de diversifier l'offre d'emplois en région.

Restera ensuite au privé d'emboîter le pas afin de diversifier l'économie des régions.

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Commentaires (4)

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  • @Jean-François Trottier: Merci pour votre réflexion de qualité. Vous soulevez de bons points. J'avais écrit aussi tout un paragraphe sur la fameuse question du décrochage scolaire. Ce qui presse, par-dessus tout, c'est de trouver une façon de convaincre le 40% des garçons en régions qui n'obtiennent aucun diplôme.
    @Martin Bay: Votre question ne doit pas être reniée. Je crois qu'il faut y aller avec une approche "tout ou rien": soit on travaille à repeupler les régions, soit on les abandonne complètement à leur sort. Pas de demi-mesures.

  • Il n'y a aucune raison pour permettre à l'UQAR d'ouvrir un campus à Lévis ou pour Laval d'ouvrir un campus au centre-ville de Montréal. Il n'y a aucun avantage pour la rétention de la main d'œuvre. Vous ne me ferez pas croire qu'un étudiant devant "s'exiler" de l'autre côté du pont contribue à la dévitalisation de Lévis.
    Puisque le financement des universités provient en bonne partie du gouvernement, il n'y a qu'un transfert du financement d'une université à l'autre. Ce transfert est bien sûr accompagné d'une dépense supplémentaire servant à construire le nouveau campus. Est-ce que la SAQ ou n'importe quelle entreprise dépenserait pour ouvrir une succursale en face d'une succursale déjà existante? Non. Alors, pourquoi le gouvernement ferait le contraire avec les universités?

  • Pourquoi chercher à repeupler les régions?
    Ça coute cher et ça bloque le développement des richesses naturelles...

  • L'université de Sherbrooke n'a pas vraiment créé un campus en zone rurale tout de même... Admettons que vous ne le nommez qu'à titre d'exemple et je ne vais pas ergoter, s'pas.
    Il y a aussi une question de masse critique. Il faut accorder au mot campus l'importance qu'il a, i.e. la réunion de beaucoup de gens, étudiants et professeurs, et de beaucoup de disciplines variées au même endroit de façon à favoriser le brassage des idées entre disciplines différentes. Il ne faut pas non plus oublier le mélange des fluides comme une occasion de sortir de sa bulle pour beaucoup d'étudiants. Le sentiment d'appartenance à un campus va plus loin que l'attachement. Il suppose la participation des débats qui sont dans l'air, qui courent d'un groupe à l'autre et ceci ne peut exister avec la distance.
    Les Universités ne sont pas uniquement des centres d'enseignement mais aussi la possibilité de donner du recul à chacun face à son travail et son implication sociale.
    Croyez que je ne suis pas contre vos idées. Je dis seulement que les implications en sont importantes.
    Pour le moment les campus éloignés (pas tous) servent souvent à grossir le nombre d'étudiants pour une Université. C'est une méthode pour grossir les subvention plus qu'un effort de développement des régions. J'excepte l'Université du Québec, c'est entendu : son mandat va justement en ce sens.
    Les disciplines qui ont le plus de chance de générer une "vitalisation" (pour prendre le contre-pied de votre citation) des régions sont souvent techniques puisqu'elles peuvent mener à la création de grappes industrielles dont le plus bel exemple est certainement le campus de Sherbrooke... à Sherbrooke.
    Il faut donc s'assurer que les campus éloignés desservent réellement la région où ils s'installent plutôt que de n'être des vaches à lait pour celle-ci.
    Merci pour votre billet.

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