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L'amitié en politique

Nestor Turcotte
 

Nestor Turcotte

Enseignant à la retraite

Les hommes vivent en société afin de se rendre de mutuels services dans l'amitié. Les hommes et les femmes qui dirigent la société doivent viser essentiellement à créer des liens entre leurs commettants. Là où il n'y a plus d'amitié, disait Aristote, il n'y a plus de société. Le but premier de la vie politique est l'amitié des semblables.

Il est possible de diverger d'opinion sur les moyens d'atteindre ce but, mais il n'est pas possible d'écarter le but de la vie en société qui est la recherche du bien commun. Aller demander à ceux qui se gargarisent du mot démocratie à chacune de leur phrase, ce que peut bien signifier le bien commun. Les politiciens utilisent ces mots : ils n'en savent pas le sens profond.

Notre système démocratique (?) masque souvent ces données premières. L'existence de nombreux partis politiques ne favorise pas cette réflexion fondamentale. Ces derniers se disputent l'électorat et ne favorisent pas ce lien d'amitié qui devrait exister entre les hommes. Les partisans aveugles ne voient le bien que de leur côté et ils diabolisent aisément les adversaires qui, à leurs yeux, ne peuvent que susciter le chaos et les inégalités. Qui plus est, ils interdisent à quelqu'un de changer momentanément de camp sous peine d'être ostracisé par ceux-là mêmes qui prêchent la liberté d'expression. Il faut être du bon bord à vie. Et le bon bord est évidemment celui dans lequel on vit depuis l'âge requis pour voter. Les «teindus» d'antan ont tout simplement changé de couleur.

Tout citoyen devrait être capable de penser la chose publique à la lumière du bien commun. Il semble que ce soit une illusion, même en démocratie. Le vote d'un citoyen défenseur du bien commun peut être annulé par le vote d'un autre citoyen qui ne pense qu'en vue de son intérêt particulier. Pas étonnant que les candidats ne résistent pas à la tentation démagogique qui exploite à la fois l'égoïsme des uns et l'ignorance des autres.

L'éducation civique, si elle était bien enseignée, pourrait transformer le climat politique. Éduquer au civisme, c'est vouloir transformer la masse en membre d'un peuple qui respecte chacun de ses membres. La masse ne pense pas collectif. Elle pense particulier. Elle est hypnotisée par l'avalanche des promesses et accepte le viol des foules. Le peuple, tout au contraire, se sent chargé du bien commun, pensent les problèmes à la lumière du bien commun. Les hommes et les femmes politiques qui osent s'engager dans cette voie ne sont pas souvent élus. Dépourvus de démagogie, ils n'ont que rarement la faveur de leurs concitoyens. Qui plus est, après leur défaite, ils sont victimes de moquerie, de basses insinuations, souvent sous le couvert de l'anonymat, sous un pseudonyme que transportent en un temps record les médias sociaux.

Qu'est-ce qui peut cimenter les citoyens entre eux? Rien de moins que l'amitié et le sens aigu de la dignité personnelle de l'homme. Il appartient au chef d'être, en priorité, l'éducateur de son peuple. Sa conduite doit venir infirmer ce que les maîtres s'efforcent d'enseigner dans leur salle de classe. Le chef, s'il est vraiment démocrate, doit viser à transformer la masse en un peuple qui réfléchit, pense, et accepte librement de prendre en main sa destinée propre. Le chef doit être un semeur d'union et d'amitié plutôt qu'un ferment de division. Et les citoyens doivent suivre cette voie.

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Commentaires (3)

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  • Est-ce le politicien qui donne le ton sur ce qu'est le bien collectif, ou est-ce le peuple? Quand, dans l'exercice de son mandat, un politicien admet qu'il doive "développer l'instinct de tueur", il est possible que votre texte sur l'amitié et le bien commun en politique, tombe dans le vide. S'il est vrai que l'on a les politiciens que l'on mérite... est-ce a dire que l'on risque d'errer longtemps avant de nous trouver, comme peuple, une identité à la hauteur de nos aspirations? À moins qu'un sauveur se lève pour nous éveiller à l'excellence, mais qui oserait nous sortir de notre médiocrité... on a tellement investi dans le nivellement par le bas.

  • Hegel comparaît volontiers la vie en société aux cellules d'un organisme qui toutes travaillent au bien-être du corps en son entier. Et les ruches à miel étant les meilleurs exemples sociétaux à cet égard, qui ne survivent qu'après en avoir éliminé sans pitié tous les frelons fonctionnaires et autres faux-bourdons politiciens, la vie reste tout de même très agréable sous la tonnelle pour tout le monde ou presque.
    Sauf peut-être les cigales, quand la bise est venue, et qu'il suffit de laisser sécher en attendant le retour des fleurs au printemps tout comme Virgile dans ses Bucoliques. Et tant pis pour ce pauvre Empédocle qui préféra aller se jeter vivant dans l'Etna pour prouver que son parti démocratique était le meilleur, sans aucune preuve plus évidente par ailleurs. Santé!

  • Hum... l'amitié ?!
    Je ne sais pas si on peut parler d'amitié en même temps que de société. Ce qui est sûr c'est que si une personne ne paye pas ses impôts, ce n'est pas une personne avec une main tendue et un sourire qu'elle va voir apparaitre.
    Mais ça...il faut payer ses impôts c'est évident, ça sert à plein de choses. Si l'amitié ne va pas sans une certaine liberté, la liberté ce n'est pas l'anarchie, ça prend un certain ordre.
    Tu payes tes impôts par exemple pour que tes enfants soient "éducationnés" parce que t'as pas le temps de le faire toi-même et que, de toutes façons, ce serait moins bien fait. Hier il avait trois ans et sortait toutes les casseroles de l'armoire du bas pour taper dessus avec la cuillère en bois et aujourd'hui il en a 18 et... oui bon c'est pas un bon exemple pour l'emploi de l'argent de l'impôt.
    Mais l'hôpital quand t'es malade, tu peux te faire soigner gratuitement ! Oui, mais à condition que ce ne soit pas le cancer, la sclérose en plaques, le parkinson, la schizophrénie... En fait c'est beaucoup mieux d'être en bonne santé mais faut pas le dire trop parce qu'il y a un tas de gens qui se croient bien utiles à la société avec leur travail: les médecins, les infirmières et les administrateurs. Et puis ça a l'air bien payant aussi ce qu'ils font et que personne ne comprend réellement, alors faut pas les décourager ceux-là, ce sont nos amis en santé.
    On le sait dans le fond que l'argent qu'on donne à la société ce n'est pas sur une base amicale et que c'est plus sur une base d'une forme de protection et de menaces. À Montréal et à Laval, on le sait aussi que c'est ça la vie.
    Vous vous laissez emporté par votre idéalisme lorsque vous dites "qu'il n'est pas possible d'écarter le but de la vie en société qui est la recherche du bien commun.". Je crois que cette sorte d'idéalisme est mort, un peu en même temps que dieu dans les années 60s. Les seuls qui s'intéressent encore au bien commun ce sont les mafieux politiciens ou non.


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