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Mine d'apatite dans ma cour

Myriam Caron
 

Myriam Caron

cinéaste, auteure et journaliste

Zoom in: est-ce que nous, Septiliens, voulons vivre en bordure d'une mine à ciel ouvert? Zoom out?: nous, Québécois, désirons vraiment exploiter une mine d'apatite qui fera travailler quelques centaines de personnes pendant une vingtaine d'années afin d'exporter ce minerai en Norvège pour qu'ils la transforment en fertilisant?

Mine Arnaud appartient à 70% à Investissement Québec (contribuables) et 30% à Yara International (plus gros producteur de fertilisant au monde). Bref, cette matière première sera transformée en phosphore, dans un engrais indispensable pour l'agriculture de masse, mais cela provoque la pollution des eaux.

Je me vois mal dire à mon fils que si l'on supporte les dynamitages tous les jours c'est pour polluer. Le phosphore est tellement efficace que ça crée une surproduction de plantes aquatiques qui consomment tout l'oxygène dans l'eau. Bref, les poissons meurent dans une substance stagnante et nauséabonde. Ça ne vous rappelle pas quelque chose... les algues bleues? Le phosphore poursuit son odyssée jusqu'en mer et la visibilité devient hors focus, brouillard, eau trouble. Super!

Viens chéri, au magasin maman va acheter de l'engrais chimique pas cher pour le jardin afin que nos carottes soient bien grosses et bien contaminées! C'est une farce, voyons! Tu sais que maman prend des algues sur la plage et fait du compostage parce qu'on ne veut plus voir de baleines s'échouer devant la maison.

Ai-je vraiment envie de contribuer à ça dans le monde? J'achète déjà des produits bio sans phosphate et vous voulez que j'achète l'idée de vivre dans une ville qui participe à cette industrie?

J'en ai plein ma tuque du «greenwashing» des sociétés qui s'affichent tout bleu tout vert, amis des cours d'eau et des baleines dans leur encadré «PowerPoint» prônant le développement durable. Le projet mine Arnaud inquiète les gens d'ici, car les études se font pour un territoire carré de 10 km. Selon les spécialistes, pas besoin d'aller au-delà, car tout retombera dans cette zone. L'eau qui s'évapore est pure et les poussières tellement pesantes qu'elles n'iront pas tomber dans la mer ni les sources d'eau potable.

Pourrait-on voir l'économie autrement? J'ai connu un homme à Chevery qui avait inventé un engrais à base d'algues marines 100% naturel. On a plein d'algues ici et ça repousse. L'apatite, après 23 ans d'exploitation, ça ne repousse pas. On essaie d'éliminer le phosphore depuis des lunes et on veut en produire encore? Je ne comprends rien.

Non, je ne veux plus entendre les vieux discours. J'aime les idées nouvelles. Certains groupes de citoyens essaient de se battent contre ce projet parce que le fond de la baie de Sept-Îles est déjà toxique.

Dans les séances d'information publiques on se retrouve devant des spécialistes mandatés et payés par le promoteur privé. Comment pouvons-nous avoir confiance en leurs chiffres? Ils décortiquent la terre comme s'il n'y avait aucun lien entre les vents ou les nuages. Ils essaient de nous faire croire qu'ils contrôleront toute la pollution qui sortira d'un ruisseau sans même étudier l'impact dans la mer. Suis-je rassurée? Non.

Mine Arnaud, c'est un film d'horreur typiquement québécois. On prend la matière première ici, on l'envoie ailleurs et ce qui va en résulter ou comment les agriculteurs vont l'utiliser, ça ne nous regarde pas. Pourtant, ça se vendra dans les magasins d'ici. J'attends impatiemment les audiences publiques.

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Commentaires (8)

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  • @Bethune: "Cette minorité inconsciente et bien nantie" aller dire cela aux gens qui gagnent leur vie dans l'industrie minière que les verts du Plateau aimeraient convertir en guide de canot camping ou toute autre activité "durable" pour le quart de leur salaire actuel.
    Sept-Iles est une ville à vocation minière pas parce que la nature a voulu qu'elle regorge de richesses dans son sous sol.
    Montréal compte plus de mines que toute autre région au Québec (les carrières) et personne ne semble s'en plaindre. Les minières ont changé au fil du temps pour devenir un secteur d'activités moderne et dont notre expertise est reconnue dans le monde.
    Madame, vous avez le droit de ne pas vouloir d'une mine près de chez-vous. D'ailleurs, c'est la mode au Québec du "pas dans ma cour" mais je dois vous dire que vos arguments sur le phosphate et la destruction de la planète ratent la cible.
    Votre fils, il travaillera dans quel secteur plus tard ?? Le canot-camping ?

  • Vous auriez dû faire plus de recherches avant de publier votre article. Vous avez le droit de vous opposer au développement de cette mine, mais pas pour les raisons que vous mentionnez.
    Le phosphate est l'un des trois ingrédients nécessaires aux plantes. Le phosphate peut être extrait des anciens lits marins (principalement constitués d'ossements) ou, entre autres, de l'apatite. Le phosphate est essentiel à l'agriculture moderne (on l'utilise également dans son jardin, pour les plantes d'intérieur, pour les arbres et arbustes, etc.) et il faut éviter de confondre cette utilisation avec les détergents qui en contiennent et qui sont une source connue de pollution.
    Le phosphate est essentiel pour le développement des racines et il est illusoire de penser que les agriculteurs vont cesser de l'utiliser tout comme tous ceux qui fertilisent leurs plantes. Les grands producteurs de phosphates continueront d'approvisionner le marché à partir de leurs gisements de Floride ou du Maroc. Exploiter ou ne pas exploiter le gisement de Sept-Îles n'aura aucune conséquence sur les quantités de phosphate utilisées au Québec.
    Les règles en matière de restauration de sites miniers au Québec sont relativement strictes et il y a lieu de croire que l'exploitation du gisement aura un impact positif pour l'économie du Québec, d'autant plus que le gouvernement en est l'actionnaire principal.

  • Je trouve désolant de venir lire les commentaires dans cette zone et de constater que les seuls arguments en faveur de l'exploitation de cette mine d'apatite dans la baie de Sept-Iles se résument à dire aux opposants de se taire et de couper les subventions à l'auteure du texte. Pas fort. Une dictature avec ça ?
    Au-delà du volet pollution de l'exploitation de cette industrie peut-on se poser quelques questions sans passer pour un "extrémiste écologique" ?
    Sept-Iles a-t-elle vraiment besoin de cette industrie alors qu'il y a pénurie de main-d'oeuvre, de logements et d'infrastructure ?
    Peut-on développer la région en respectant la qualité de vie de ses habitants ?


  • Felicitation Raymond Lafrance,
    Vous gagnez haut la main le prix du commentaire le plus insignifiant qui soit.

  • Pas de problème, Madame, on a rien qu'à abolir les subventions au cinéma en lieu et place... Vous pourrez toujours aller cueuillir les algues dans la baie, pour gagner votre vie.

  • Raymond Lafrance
    Moi je vis en Montérégie et j'y ai acheté ma maison parce que mon voisin d'en arrière est une immense terre cultivable. Parce que la nature y est belle, que l'air sent bon et qu'on y vit en paix. Parce que je voulais fuir Montréal justement. Pas pour le pire mais pour le mieux.
    On ne parlait pas de gaz de schiste quand j'ai acheté ici. Idem pour les gens de St-Denis sur Richelieu qui ont vu débarquer les excavatrices un bon matin sans même que le maire n'ait été prévenu, encore moins les villageois. Petit village tranquille et historique qu'il ÉTAIT.
    C'est quoi votre excuse pour nous, les Montérégiens? Je vous rassure: je ne suis pas riveraine en plus de mes autres tares.
    Pourquoi faut-il que ce soit toujours ceux qui viennent faire de l'argent à notre détriment qui aient raison?
    Pourquoi cette attitude "après moi le déluge" quand on vous dit que les cours d'eau sont empoisonnés? Les poissons meurent. L'eau devient un cloaque sans vie. L'eau supposément source de vie.
    On vit dans une ville minière, foutons tout en l'air sans se soucier des conséquences?
    Vous avez la chance de vivre dans quel coin intouchable, dépourvu de violence et de chômage pour parler comme vous le faites? Ou alors vous "subissez" quoi par rapport à votre choix?
    Même les puantes raffineries de Montréal-Est ont fini par fermer leurs cheminées malodorantes en bonne majorité....Pourquoi tolérer le pire au lieu de travailler pour le mieux?

  • Chère Madame,
    Je tiens à vous encourager dans votre démarche. Vous avez parfaitement raison.
    Vous avez rédigé un texte qui mérite l’attention de tous.
    En général ce sont les minières qui choisissent les villes et non l’inverse et les citoyens n’ont qu’à subir, sans mot dire, on dirait bien. Elles ne demandent pas l’avis des citoyens, elles tentent de les convaincre que l’économie l’exige.
    Nous possédons toutes les ressources nécessaires pour cesser d’exploiter les ressources fossiles, comme vous le dites si bien.
    L’attrait irrésistible du profit à tout prix rend aveugle. Cette minorité inconsciente et bien nantie se moque des dommages irréparables qu’elle cause. Empochons l’argent, vidons les ressources puis quittons pour le repos dans les paradis fiscaux et laissons la facture économique du nettoyage et les problèmes de santé aux citoyens.

  • Madame pourquoi vous habitez dans une ville minière ou du moins une ville qui doit son existence à l'exploitation minière au nord si c'est pour vous plaindre? Si à Sept-Îles il n'y avait pas eu cette exploitation, il y aurait aujourd'hui qu'une cinquantaine de maisons sur la rue Arnaud pour loger les pêcheurs et leurs familles.
    Vous avez pris la décision d'habiter cette ville il y a des conséquences comme à Malartic pour la mine,ou à Trois-Rivières, La Tuque avec les odeurs des papetières ou encore à Montréal avec des mendiants et des prostituées à chaque coin de rue.
    Raymond Lafrance

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