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La multiplication des lois

Nestor Turcotte
 

Nestor Turcotte

Enseignant à la retraite

Les Anciens affirmaient que là où les humains s'organisent en société, là se codifient un certain nombre de lois. Peu de lois, disaient-ils, mais de bonnes lois. Pourquoi, me direz-vous? Pour faire en sorte que la société fonctionne bien, fonctionne le moins mal possible.

Dans Regards sur le monde actuel (page 84), Paul Valery dénonce les législateurs qui multiplient les lois : «Le nombre et la force des contraintes d'origine légale est peut-être plus grand qu'il ne l'a jamais été. La loi saisit l'homme dès le berceau (...), le met à l'école (...). Elle l'oblige à quantité de rituels, d'aveux, de prestations, et qu'il s'agisse de ses biens ou de son travail elle l'assujettit à ses décrets donc la complication et le nombre sont tels que personne ne les peut connaître et presque personne les interpréter».

L'être humain étant incapable de bien se conduire, personnellement ou en groupes, demande à la société de légiférer pour combler ses lacunes. Il est plus facile de demander à quelqu'un de dicter sa propre conduite que de s'imposer l'effort de se la dicter soi-même.

La multiplication des lois est le signe de l'affaiblissement moral du monde dans lequel nous vivons. L'absence de protection légale face à une situation bien précise provoque toujours la panique. Pour quelle raison? Parce que la plupart des gens pensent qu'avec une protection légale tous les problèmes humains seront réglés. Ils oublient qu'une simple protection morale individuelle éviterait au législateur de s'immiscer dans bien des domaines qui ne relèvent pas de lui. Un exemple : incapables de se modérer face à la boisson, en certaines périodes de l'année, certaines personnes demandent à la société de régler cette question à leur place. Elles appellent Nez rouge. Cela leur permet d'abuser des boissons alcooliques pendant toute une soirée et de décharger leur responsabilité sur un groupe qui les ramène saoul à la maison.

Je pourrais multiplier les exemples. Cette «tentative de tout légiférer et de ne rien laisser au bon sens des citoyens, à leur conscience, est voué à l'échec». Pour quelles raisons? Le législateur, en promulguant une loi, ne peut pas prévoir tous les cas susceptibles de se présenter «car dans le domaine de l'action concrète, la variété tient à l'infini». La meilleure des lois aura toujours des failles et la meilleure des lois pourra toujours être détournée par des gens rusés, habiles, habitués à faire fi des ordonnances du législateur. Une société qui ne cultive que le juridique est vouée à la médiocrité.

L'Éden sociétal n'est pas pour demain. Si chacun était moralement responsable de ses actes, l'État cesserait de multiplier les lois, cesserait de dicter ce qui est permis légalement et interdire ce qui est défendu légalement. Il ne faudrait jamais oublier : peu de lois, mais de bonnes lois. C'est la règle fondamentale d'une société juste et équilibrée. Quant à la personne elle-même, usant de sa raison et de sa conscience, elle peut, par une solide conduite morale, éviter bien des maux de tête aux législateurs.

Les Québécois qui osent faire plus que ce la loi ou la convention collective autorisent se font regarder de travers. Les Québécois qui osent transgresser la loi volontairement, en catimini, demandent aux citoyens de payer pour créer une Commission d'enquête qui vérifiera leur conduite. Qui nous sortira de cette impasse? La conscience morale de chacun !

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Commentaires (6)

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  • Vous êtes vous déjà procuré un système anti-vol pour votre auto ou un système d'alarme pour votre résidence? Alors le créateur du système sait comment le contourner. Il en va de même avec les lois elles sont écrites majoritairement par des avocats, je ne dis pas que tous les avocats sont malhonnêtes mais celui qui écrit la loi sait déjà comment la contourner. Lorsqu'il y a des humains d'impliquer il y a de l'humanisme.
    Beaucoup de poudre aux yeux nous attend la semaine prochaine avec toutes sortes de réforme qui nous seront proposées. Les intentions sont bonnes il y a beaucoup d'honnêtes gens derrière tout ceci tous partis politiques confondus mais il y a déjà quelque part des personnes qui n'attendent que le signal de départ pour trouver une façon de contourner le système.
    IL y a eu l'ère des CHOIX DE SOCIÉTÉ, je dois faire partie d'une autre société car ils ne m'on jamais consulté personnellement, il y a depuis quelque temps l'ère des MORATOIRES mais j'envisage un moratoire sur les moratoires prochainement et nous nous dirigeons maintenant vers l'ère des REGISTRES. Je ne suis pas contre des registres mais j'ose espérer que les registres ne seront pas contrôlés par des fonctionnaires comme ceux qui défilent sous nos yeux présentement.
    Il est impossible de tout légiférer car lorsqu'on colmate une brèche dans un texte de loi habituellement on en ouvre une autre ailleurs. Le meilleur exemple est la loi sur les impôts parlez en à des fiscalistes.

  • On peut toujours rêver d'une société idéale, même idyllique, où tous le monde serait beau et gentil. Mais il faut célébrer et honorer ceux et celles qui dès les premières organisations sociales et économiques ont proposé et fait adopter des chartes de droits et d'obligations comme la Magna Carta au XIIIe siècles, la Déclaration des droits de l'homme aux États-Unis en 1773, la déclaration des droits de l'homme en France en 1789, la déclaration des droits de la personne à l'ONU en 1948 et la charte des Droits et libertés au Canada en 1982. Et n'oublions pas que c'est pour faire respecter ces droits fondamentaux, ces obligations et ces libertés que les législatures, à tous les niveaux, décrètent et font appliquer des lois et des règlements spécifiques. Imaginez, tout le progrès qui restent encore à faire dans ce domaine. Toutes les chartes déclarent en substance que "tous les humains naissent libres et égaux en dignité et en droit" mais combien de travaille ne reste-t-il pas à faire pour que ceci devienne une réalité sur notre petite planète.

  • Je me demande parfois dans quel monde vous vivez mon cher. Que d'idées préconçues, que de références au passé! C'en est gênant.
    Vous avez beau jeu de citer Valéry dans un texte qui, si je ne me trompe, date d'avant la première Guerre Mondiale.
    Valéry est contemporain de Zola, a connu l'affaire Dreyfus et vivait dans une société profondément raciste où les Arabes, Noirs et autres Chinois étaient à peine tolérés et certainement pas considérés. Disons que dans le confort de ses certitudes il pouvait certainement penser que la limitation des lois était une bonne chose. Nous n'en sommes plus là et son discours est sans objet aujourd'hui.
    La morale alors considérait comme "bien" de battre ses enfants. Maintenant il y a des lois à ce sujet. Dites-moi laquelle nous devons couper.
    La morale alors acceptait les "combats de nègres", vous le saviez ?
    Dites-moi que vous souhaitez abolir les lois sur le désordre public, y compris les combats de rue.
    Il y a aussi une loi contre les duels, vous ne recevrez donc pas mes témoins aujourd'hui... mais peut-être le souhaitez-vous ? Et que dire de cette loi inique contre le travail des enfants en bas âge ? Vite, retournons au "bon vieux temps"!!!
    Notre société est mille fois plus complexe que celle de Valéry parce qu'elle implique des millions de gens honorables à la culture totalement différente, à un point qu'il n'aurait jamais pu imaginer. Vous, par contre, devriez le savoir. Ce n'est pas une question de morale personnelle mais de société beaucoup plus juste que celle de votre maître à penser, une société que vous refuseriez, vous comme tout le monde et n'importe qui.
    Remballez vos cartons libertariens primaires, tout aussi bourrés de prétendues belles idées qu'ils soient. Je préférerais vraiment ne pas avoir à vous répondre mais, bon, je ne puis laisser passer des monstruosités pareilles, y a des limites au supportable.
    Et profitez-en pour vous demander pourquoi une loi contre la peine de mort, tiens...

  • La loi est devenue la nouvelle religion, et l'on y cherche l'infaillibilité. La déception a beaucoup d’avenir.
    FLavigne

  • Beau texte! Mais j'ai l'impression, comme Québécois, qu'on s'éloigne de plus en plus de cet idéal!

  • Je partage entièrement votre avis mais je suis pessimiste: de nombreux québécois sont irresponsables par leur comportement: ils désobéissent facilement aux lois (ni vu, ni connu),
    ils fraudent au noir (ben quoi, tout le monde le fait, moi aussi), ils jugent très sévèrement celui qui est pris et ne voient pas leur propre comportement, comme le vieux proverbe:'' il voit la paille dans l'oeil de l'autre mais ne voit pas la poutre dans le sien.''...
    Je rêve d'un système où les gens n'auront plus besoin du gouvernement pour leur imposer un mode de vie...
    F. Vézina

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