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«La déséducation»

Hélène Laurence Thibault
 

Hélène Laurence Thibault

Consultante en communication

Le 10 octobre dernier, la ministre Malavoy a sorti le bulldozer péquiste pour foncer aveuglément sur l'enseignement de l'anglais aux trois premières années du primaire sous prétexte que «Mon parti est très critique [...] à l'idée d'introduire une langue étrangère». Cela dans le but erroné de ménager les jeunes cerveaux en développement. Je crois rêver!

Madame Malavoy, avez-vous seulement fait un peu de recherche avant de faire cette déclaration à l'emporte-pièce? Dans le même ordre d'idée, les petits anglophones et les petits allophones n'auraient-ils plus le droit d'apprendre le français avant d'avoir 9 ans? Prônerez-vous aussi le «One size fits all» à un petit Québécois dont la mère parle le wolof et le père l'espagnol? Tant qu'à faire, pourquoi ne pas retarder l'apprentissage des mathématiques ou de la géographie, des matières tout autant «mélangeantes» au primaire et au secondaire, au public comme au privé.

Le langage est une aptitude innée. N'êtes-vous pas sans savoir que le fait d'apprendre une deuxième langue en bas âge améliore la mémoire, les facultés cognitives et la capacité d'écoute et cela, pour toute la vie? Un petit Québécois qui a la chance d'être né dans une famille bilingue, ou même trilingue, se retrouve gagnant dès le départ.

Le Dr Wilder Penfield, notre célèbre neurochirurgien, fondateur de l'Institut Neurologique de Montréal, a toujours soutenu que l'apprentissage d'une deuxième langue devrait commencer le plus tôt possible - ce qui lui a valu d'être ostracisé par l'élite francophone de l'époque et de voir disparaître de précieuses subventions. Aujourd'hui, le Dr Fred Genesee, professeur de psychologie à l'Université McGill, porte ses recherches sur l'apprentissage de deux langues dès la petite enfance et en tire des conclusions rassurantes pour les parents de familles bilingues ou multilingues... et pour les politiciens qui n'ont pas de jeunes enfants dans leur environnement immédiat.

De nombreuses recherches indiquent que jusqu'à l'adolescence (avant 12 ans), les enfants peuvent apprendre deux ou même trois langues. En 2012, les stimulus anglais sont partout, incontournablement: dans la cour d'école, avec les amis, dans la rue, à la télé, au cinéma, sur Facebook, dans les magazines, en voyageant. Partout, «because» avec sa structure simple sans accords ni déclinaisons, l'anglais s'apprend facilement - c'est ce qui en a fait une langue internationale!

Le temps est passé d'essayer de nous faire avaler tout rond les fixations désuètes des séparatistes - le mythe du français «menacé» est à bout de souffle. Si le français est massacré au Québec, ce n'est pas la faute de l'anglais, mais bien celle du système d'enseignement du «français, langue première». Comme ses homologues péquistes précédents, Malavoy vise une fois de plus à faire passer la quantité avant la qualité. C'est terrifiant de constater que la tristement célèbre cote Z des années 1990 (merci M. Parizeau) perdure, même après avoir déjà pénalisé deux générations par un unilinguisme approximatif. Ce terrible nivèlement par le bas a éradiqué toute notion d'effort chez les jeunes - d'ailleurs, le concept de l'effort mériterait à lui seul une heure d'enseignement par semaine.

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Commentaires (8)

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  • Stéphanie, Wictor et Opinoignon,
    Mon billet portait avant tout sur la formidable capacité des enfants d'apprendre, que ce soit une langue, un instrument de musique, un sport, le plaisir de l'effort, le respect... L'idée de base, est qu'on de devrait pas couper mais faciliter l'apprentissage, la curiosité, la découverte, l'ouverture. HLT

  • Merci Mme Thibault pour votre réponse rapide!
    Le Nouveau-Brunswick est officiellement bilingue, mais comporte une proportion d'individus bilingues bien moins importante qu'au Québec, province officiellement francophone. Ce qui prouve que l'État n'a pas besoin de sacrifier des ressources extraordinaires pour soutenir l'apprentissage de l'anglais, comme celles mises en place par le gouvernement Charest, et que les politiques officielles des États pèsent bien moins lourd que les réalités socio-linguistiques.
    Les É.U. ne sont pas officiellement bilingues, et les États ne communiquent qu'en anglais, ce qui est bien moins généreux que la politique linguistique au Québec. La Californie, dont vous parlez, a voté dans sa constitution que l'anglais soit l'unique langue officielle. Nulle part le système d'éducation d'un état américain offre à sa minorité linguistique hispanophone ce que le Québec offre à sa minorité anglophone, y compris en termes de collèges et d'universités. Ça m'étonnerait beaucoup que l'espagnol soit enseigné dès la première année primaire et pendant toute une année obligatoire à tous les petits américains, y compris dans les états qui ont une histoire espagnole et une forte proportion d'hispanophones. Mais j'aimerais qu'on me prouve le contraire!
    J'ai comme l'impression qu'il existe une sorte de dissymétrie acceptée tacitement et qui ne profite qu'à l'anglais, que cette langue se retrouve en minorité ou en majorité, ou qu'elle se retrouve au pouvoir ou en marge.
    Quant aux francophones de St-Boniface et de la Louisiane, si c'est l'avenir qu'on vise pour ceux du Québec, qu'on nous le dise carrément.

  • pres de 60 pct de la langue anglaise est derivee du francais...oui il est important d'en connaitre la base fonctionnelle mais au detriment de la langue officielle? pas certain. a qui sert reellement cette politique de bilinguisme-a tout prix?

  • @ Denis Mercier : Oui, c'est pour ça que les élèves du primaire ont des cours d'anglais! Le but n'est pas d'empêcher les élèves de parler anglais, mais de les obliger à parler et écrire en français d'abord et avant tout!
    Personne n'est contre le fait d'apprendre l'anglais, mais plusieurs, dont je suis, sont contre le fait que cette langue prenne une place qui revient au français au Québec. On parle d'une année intensive en anglais là! Pas d'ajouter un cours pas cycle! Je refuse catégoriquement que mes futurs enfants se retrouvent à écouter, parler, écrire une langue qui n'est pas celle de leur culture profonde, celle d'un peuple qui a toute une histoire derrière lui (même si plusieurs de ses citoyens semblent vouloir l'ensevelir pour mieux l'oublier), et ce, pendant leurs cours de mathématiques. Commençons par être fiers de notre langue et le montrer à nos enfants et ensuite, lorsqu'on leur aura appris ce qu'ils sont ainsi que leurs ancêtres, nous pourrons les ouvrir aux autres. En fait, cela se fera de soi puisqu'un être qui se connaît n'a pas peur de connaître l'autre, il en est même curieux.
    @Wictor : merci pour ce commentaire tout à propos. Ça fait du bien de lire qu'il y a encore des gens qui ne font pas seulement manger des statistiques, mais qui les réfléchissent aussi!

  • Wictor dear, Comme vous n'êtes pas sans ignorer (!), la province du Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue au Canada et les États-Unis sont un pays bilingue (anglais ET espagnol), l'État de Californie étant le plus bilingue à 50%. Si la langue française au Québec est menacée à moyen terme, comme vous le dites, elle l'est «de l'intérieur» parce que trop peu de Québécois savent la lire, l'écrire et la parler. Et n'oubliez pas les francophones de St-Boniface, de Vancouver et de la Louisiane...

  • Les québécois sont déjà les plus bilingues et trilingues du Canada (et de loin: il y a autant de bilngues au Québec que dans le reste du Canada en entier!) et probablement d'Amérique du Nord.
    Nous ne sommes pas en retard dans l'apprentissage des langues, nous sommes dans les champions du continent. Voilà ce que disent les chiffres.
    Alors... Quel est le problème criant qu'il faut absolument corriger à grand renfort de fonds publics? Tout le monde s'entend pour dire que le gouvernement doit faire des choix budgétaires et bien identifier ses priorités. En quoi devenir encore plus champion en maîtrise des langues par rapport au reste du continent devrait passer devant d'autres projets? Pourquoi ne pas donner plus d'heures en science, par exemple?
    Comme dans la plupart des autres matières, l'effort et l'habileté personnelles permettent d'obtenir un niveau très respectable. Les cours d'anglais actuels, même sans le premier cycle primaire, n'empêchent personne d'obtenir un niveau de maîtrise raisonnable. Face à des difficultés particulières de l'enfant (ou face aux attentes particulières du parent) aucune loi n'interdit de payer de sa poche pour des cours particulier.
    Le Québec n'est pas un cancre en aprentissage de deuxièmes ou troisièmes langues, mais par contre, sa langue principale, elle, est menacée à moyen terme, comme elle l'a été dans tous les autres foyers francophones du continent, où elle a disparue de la vie publique. Voilà une mission pas mal plus stimulante pour un appareil d'État, et un problème pas mal moins imaginaire pour les fonds publics.

  • Mme. Thibault,
    Votre excellent texte résume mon opinion personnelle à 100%.
    Au plaisir de lire encore
    Claude Poirier

  • Jean-François Copé, candidat à la succession de Nicolas Sarkozy estime toujours que l'enseignement de l'anglais commence trop tard en France pour les raisons qu'il exposait sur ce site :

    "1/ L’enseignement commence trop tard
    Cette faiblesse a été corrigée puisque quasiment 100% des élèves de CE2 (3 ième année du primaire au Québec ) sont initiés à une langue étrangère. La familiarisation avec l’anglais se fait aussi –par le jeu et les chansons– dans des classes maternelles. C’est une option qu’il faudra généraliser au-delà des établissements «favorisés»."
    http://www.slate.fr/story/33579/francais-anglais-langues-etrangeres-ecole
    Il en parle aussi dans un livre qu'il vient de faire publier et dont il parlait à l'émission "On est pas couché" en fin de semaine. Je ne crois pas non plus que ce soit dangereux d'apprendre l'anglais très jeune. Ou si c'est dangereux, ça l'est seulement pour le PQ qui, comme le parti communiste nord-coréen, n'a pas intérêt à ce que les gens soient en contact avec des idées venues d'ailleurs.

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