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Le calendrier sur-mesure

Tania Longpré
 

Tania Longpré

Enseignante de francisation aux adultes immigrants

Samedi dernier, nous apprenions dans les médias que le conseil municipal de la ville de Montréal serait probablement ajourné mercredi matin prochain pour cause d'accommodement: permettre à trois membres de son conseil, pratiquant la religion juive, d'être en mesure de fêter le Yom Kippour.

Est-ce le retour des accommodements religieux?? La crise n'est peut-être pas si loin derrière nous, surtout lorsque nous pensons à la Commission Bouchard-Taylor, qui fut mise au rancard sans qu'on en sorte de solutions concrètes. À l'avenir, les compromis seront peut-être de plus en plus réalité quotidienne, mais celui-ci, comme d'autres, ne devrait pas pouvoir « arrêter » un conseil municipal ni empêcher une crèche d'être installée, ou bien d'autres exemples.

La réalité montréalaise est celle d'une ville cosmopolite où vivent plus de deux millions de personnes, on y retrouve des individus foncièrement différents, et si on ne peut que s'en réjouir, ils ont plusieurs points en commun qui viennent les unir à l'intérieur de la société québécoise. Par exemple, notre passé fondamentalement catholique, d'où viennent une grande partie de nos valeurs, de notre patrimoine historique et de nos traditions. Même si les critiques envers l'Église sont nombreuses et qu'elle n'a pas toujours tenu le rôle noble dans notre histoire, on ne peut nier qu'elle est enracinée dans notre patrimoine et dans notre histoire et que ceux-ci dépassent les dogmes religieux et politiques de l'institution. La plupart des Québécois ne sont plus des catholiques pratiquants, mais conservent les valeurs, les Fêtes et un calendrier calqué sur les habitudes catholiques, pour des jours fériés tels que Noël ou Pâques, et des vacances calquées sur ces mêmes traditions. Celles-ci n'empêchent pas la laïcité. Il ne s'agit même plus d'une question religieuse, mais bien des traditions et de la culture dont a hérité toute une société au fil du temps et qui conservent aujourd'hui leur vocation de référence culturelle, d'où découlent nos moeurs et coutumes profondes.

Au Québec, la séparation du religieux et de l'État doit primer, que ce soit dans un conseil municipal, un lieu de travail ou un lieu d'éducation. À noter au passage une des principales tares du multiculturalisme à outrance par relativisme culturel absolu: d'un côté, nous nous sommes fait un devoir de proscrire l'Église de notre environnement politique pour la ramener à sa seule fonction religieuse parce qu'il était de nos croyances profondes lors de la Révolution tranquille qu'une religion ne devait pas être dicté par l'État pour réduire la liberté individuelle civique et légale, mais d'un autre côté, nous ne tenons plus le compte des privilèges accordés au nom des autres religions par « accommodements raisonnables ». L'objectif de l'instauration d'une société laïque était ironiquement d'éviter le favoritisme poussé par considérations religieuses.

Ce n'est pas nos horaires de travail qui doivent s'adapter à toutes les religions. Ne songeons qu'aux multiples difficultés logistiques qui en découleraient, si on permettait à tous de se « bricoler » un « calendrier sur-mesure » où chacun aurait ses propres jours fériés indépendamment des autres?; il deviendrait impossible de fonctionner en groupe cohérent. Pourtant, c'est ce qui adviendra si rien ne se passe, dans nos milieux de travail, nos établissements scolaires et dans la sphère publique. Cela pourrait devenir de plus en plus problématique. Oui, nous semblons bel et bien sur la voie de la folklorisation nationale.

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Commentaires (10)

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  • Je vois mal en quoi un organisme qui décide de faire exception à UN jour de travail vous excite tant que ça. Peut-être que les membres juifs sont extrêmement importants? Peut-être que cela ne dérange pas trop de gens à part vous? Ils ne demandent pas de tenir la séance à Noël, il me semble ...

    Au travail, si des membres de mon équipe doivent s’absenter pour des raisons comme des funérailles ou un événement religieux prévu ou des vacances, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas déplacer la rencontre. La plupart du temps, les minorités religieuses prennent un jour de vacances pour fêter et n’en parlent tout simplement pas. Ils ne sont pas disponibles cette journée-là, le travail est remis à une autre des centaines de journées de travail de l’année. Votre attitude crée une atmosphère de travail hostile et peu productive. Personne ne vous enlève Noël ou Pâques.

    Mais j’ai une solution pour vous. Peut-être que les Québécois (peu importe ce que cela veut dire parce que vos «valeurs» ont été imposées aux habitants d’origine, les amérindiens ...) pourraient faire plus d’enfants pour s’assurer d’être majoritaire en tout temps et pouvoir empêcher que certains membres qui ont vécu et contribué depuis longtemps chambardent votre calendrier. Par contre, je ne suis pas sûre que ce soit dans vos valeurs de privilégier la famille. Après tout, parait-il qu’on ne fait des enfants que parce que le gouvernement nous envoie plusieurs milliers de dollars. On a autres choses à faire comme se précipiter dans les magasins pour acheter des cadeaux à des gens qu’on ne voit qu’une fois par année et qu’on n’aime pas vraiment, avec de l’argent qu’on n’a pas et ensuite prétendre que c’est la joie quand vous les côtoyer pendant des heures alors qu’en fait, vous ne pouvez pas les sentir. Pour ça, c’est important d’obliger tout le monde de prendre congé parce que c’est clairement dans «vos» moeurs et coutumes.

  • Pour jean-francois_trottier
    J'espère aussi me tromper…
    Je suis un Acadien qui habite le Québec depuis 25 ans ; principalement différentes régions de Montréal. J'espère ne pas avoir offensé qui que ce soit avec mon commentaire précédent. J'avoue que mes propos sont souvent durs. Si cela a été le cas, je m'en excuse.

  • Pour revixi5 : Vous vous trompez largement, très largement. Il y a peu un expert est venu à la commission Charbonneau témoifner que la situation au sujet de la mafia est aussi pire, sinon pire en Ontario. Avec les millions qui pleuvent sur les Super-PACS on a une bonne idée des intérêts en jeu chez nos voisins su Sud. Pitoyable! Je dirais que la grande différence est que les choses se nomment ici, ce qui est une preuve de maturité contrairement à vos propos.
    Quand aux immigrants, Montréal est une ville vivante et riche culturellement, très loin des querelles bizarres qu'on lui prête.
    En fait ce sont principalement les gens qui ne viennent jamais, ou rarement, à Montréal qui croient qu'il y a un problème au sujet des religions ou des mœurs. Je ne dis pas que tout y est rose, surtout à cause des infrastructures qu'on a laissé vieillir tout autant que les réparations actuelles qui bloquent le trafic (les réparations, hein, pas les étudiants!).
    Snas surprise ce sont les régions où il y a le moins d'immigrants qui trouvent à redire à leur sujet. Évidemment, à force de lire les gros titre du Hournal de Morial, y a de quoi, mais la réalité est bien différente.

  • Dans cette question comme dans bien d'autres à caractère internationale, le peuple québécois est un peuple qui à mon avis, a trop souvent la naïveté et le manque d'expérience d'un enfant qui ne veux ni ne peux voir plus loin que son nez. Ça le rend vulnérable à toute sortes de manipulations, de fraudes, d'abus. Les Québécois se réveillent souvent les deux pieds dans les plats sans comprendre pourquoi.
    Le Québec semble être un paradis pour bien des gens, incluant les religieux, les mafieux, les fraudeurs, les trafiquants de drogues, etc., etc., etc. Ils semblent tous voir en le Québec un endroit où le peuple est facile à manipuler, où la sécurité est déficiente, où les autorités et les dirigeants sont facile à acheter, etc. Et cela s'avère trop souvent vrai...
    Je crois que nous devrons encore manger de la poussière bien des fois avant d'acquérir la maturité nécessaire pour nous lever et nous tenir debout face au monde et sa complexité.

  • Il ne faut pas trop s'énerver.
    Le conseil de ville se réunit, séances ordinaires et extraordinaires, même pas 10 fois par année. Alors si on peut, sans aucun coût supplémentaire et aucun dérangement majeur autre que de changer une date à un calendrier, accommoder 3 personnes, pourquoi pas.
    Il y a, dans l'année civile, environ 250 jours ouvrables. Le conseil en utilise une dizaine. C'est un jours sur 1/25 et reporter un conseil ne nuit à personne.
    C'est quoi le problème ? J'espère que ce n'est pas parce que c'est des juifs que ça dérange tant que ça.

  • J'aime bien les glissements de sens dans la langue parce qu'ils situent nos limites.
    Comment "accommodement raisonnable" a-t-il pu devenir un terme aussi noir ? Plus personne ne veut en parler, faut le faire !
    "Raisonnable" est démonétisé. "Accommodement", maudit.
    Faut remettre les choses en perspective un minimum. La commission Bouchard-Taylor a été mise en place parce que le gouvernement libéral voulait se laver les mains de tout débat culturel ou identitaire. Ce faisant il a foutu une pagaille incroyable en laissant des intellectuels peu habitués aux médias aller au bâton seuls. Une belle lâcheté, une autre.
    Depuis tout le monde est suspect : les minorités culturelles, les régions, le 514, 450, 819, 418, 581... des jokes à numéro.
    Le gros problème est que beaucoup a été dit et rien n'a été discuté. Des recommandations qui ont été dormir sur une tablette, des gens frustrés avec raison, rien pour comprendre son voisin.
    Une autre belle connerie de Charest et consorts.
    Au lieu de créer ce vide inouï il fallait ouvrir le débat, le présider sans le diriger pour que tous les groupes sociaux se parlent un peu, et donner l'importance qu'il mérite au dit débat. On est pas des enfants, on est encore capables de discuter!
    Il y a des points qu'il est impossible de remettre en question. Les croyances religieuses, la peur viscérale en font partie. Par contre on peut toujours voir comment imbriquer le tout pour que chacun se sente à l'aise. "Voir comment" ne veut pas dire tout résoudre mais un point alors le sera: tout le monde se sera assis à la même table et aura constaté que les "autres" ne sont pas des monstres. Ce strict minimum n'a même pas été atteint, de quoi brailler.
    Les libéraux ont réussi le même coup avec les étudiants d'ailleurs : mes amis de régions croyaient réellement que Montréal était à feu et à sang! Allô!
    Ça me fait penser aux habitants du Tennessee qui visitent New-York mais n'osent pas entrer dans Brooklyn ou Queens, convaincus que des bandits s'y promènent avec leur AK-49. Ils manquent le meilleur de cette ville (la "grande" jumelle de Montréal) par ignorance, voilà.

  • Nous avons séparer au Québec, les pouvoirs de l'état et les pouvoirs de la religion. Pourquoi alors il faudrait tenir compte de la pratique de rites religieux d'une minorité dans un conseil municipal ?

  • Je ne vois pas trop pour ma part quel est le problème. Un conseil municipal ça doit être autonome pour fixer la date et l'heure de cette rencontre qui doit être hebdomadaire ou mensuel de toute façon.
    Ça doit fonctionner par proposition et passer au vote si quelqu'un demande le vote. Si ça se trouvent que les gens présents ont accepté une proposition à l'effet de reporter cette réunion et pour certains ça devait faire leur affaire pour d'autres raisons que leur religion.

  • Pas d'exceptions pour les religions. S'ils ne veulent pas vivre selon nos valeurs, ils trouveront un autre pays pour les accueillir.

  • Mon commentaire sera bref ... les accommodements raisonnables ??? pu capable.
    Paraît que la diversité enrichit le tissu social. Ah oui ??? permettez-moi d'en douter. On vit en société et si tout le monde vit avec ses propres règles, ce n'est plus une société, c'est un ramassis d'individualistes qui veulent que la majorité se plie à leurs demandes : on appelle ça la dictature de la minorité.

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