Image d'un ordinateur portable

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Icone tooltip

Dur réveil avec les vieux

Lydie Coupé
 

Lydie Coupé

Professionnelle des communications et blogueuse lydiecoupe.blogspot.ca

«Comment trouves-tu Montréal plongé dans cette agitation sociale?» lui ai-je demandé. «Tant que je n'ai pas d'arme sur la tempe, tout va bien» me répondit-elle tout simplement lorsque nous nous sommes revues ce printemps. Originaire du Liban, mon amie Y. revenait à Montréal après plusieurs mois passés au Moyen-Orient.

Il y également ma jeune collègue I., que je côtoie tous les jours et qui est originaire de l'ex-Yougoslavie. Toute petite, elle a connu les ravages de guerres de pouvoir qui ont détruit à jamais son pays autrefois uni et prospère qu'elle a dû fuir avec sa famille.

Il y a aussi ces images quotidiennes de ces réfugiés, souvent des femmes et des enfants, qui fuient à pied leur ville assiégée en Syrie pour se réfugier épuisés et sans ressources en Jordanie; celles de ces corps inanimés d'immigrants clandestins - dont beaucoup d'enfants - sortis des eaux alors que leur bateau de fortune qui les amenait vers un avenir supposément meilleur a sombré dans les eaux turques. Sans oublier celles de ces attentats sanglants et quasi-quotidiens en Irak.

Tout ça pour dire que l'on a la chance de vivre dans un petit coin de paradis sur terre, vous ne trouvez pas? Et il faut avoir vécu ou voyagé dans certains coins du monde pour se demander quelle est la raison qui nous pousse tant à saborder sans l'aide de quiconque ce petit coin de paradis. Peut-être un peu trop humaniste ou idéaliste, je ne me l'explique pas.

Certes, le français perd peut-être du terrain, particulièrement à Montréal, je le concède. Mais est-ce une raison suffisante pour dresser autant de barrières entre les communautés des deux peuples fondateurs du Québec? Est-ce une raison suffisante pour exacerber des tensions nourries presque uniquement par quelques ténors radicaux des deux bords embourbés dans une rancoeur sans fin?

Je suis extrêmement fatiguée d'entendre ces discours politiques bâtis sur ce même paradigme de la peur de l'un et de la légitimité suprême de l'autre. Je suis tannée de cette excuse nauséabonde de la primauté de la langue française pour bâtir une unité nationale forte où le «nous» s'imposera à «eux».

Il est déplorable que le Québec fonctionne encore en vase clos, où les grands bouleversements planétaires sont absents de nos petits débats teintés de victimisation et de mots revanchards. Je suis convaincue que ce gouffre de plus en plus grand entre la situation sur le terrain et les propositions de nos politiciens nuit fortement à notre foi en l'avenir en tant que puissance en devenir. En tout cas, à la mienne.

Le français perd donc des plumes. Entre vous et moi, ce n'est quand même pas Montréal qui, à lui seul, est en train de saborder le statut francophone du Québec tout entier. Mesdames et messieurs les élus de notre nouveau gouvernement et de l'Assemblée nationale, élaborez des lois, assurez-vous de leur respect et imposez des amendes salées si nécessaire. Bref, portez vos culottes et cessez d'alarmer. La loi 101 existe, adaptez-la ou renforcez-la si vous le jugez nécessaire. Pour ma part, je ne vous en voudrai pas.

Parce que j'ai hâte que l'on change de registre et que l'on grandisse sur cette richesse linguistique plurielle avec en son centre la langue française bien entendu.

Je vous laisse sur cette citation : «Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts.» (Isaac Newton)

Partager
Image d'un ordinateur portable

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Icone tooltip


Commentaires (10)

Commenter cet article »

  • Parametre: On ne protege pas une culture en en brimant une autre.
    Je lis beaucoup de gens qui écrivent ....2% de la population est ....blahblahblah. Ben justement, déménagez-donc sur un continent ou 99% de la population parle le français. Quoi, vous n'en trouvez pas! Ah ben.....
    Donc, on a Jean-Christophe ou Marie qui eux ont compris que pour être compétitifs, ils apprendront à parler anglais comme il le faut - pas comme une vache espagnole ou comme certains politicien/nes québécois/es. Or, dans sa sagesse extraordinairement obtuse, le PQ est ses apôtres du nazisme de la langue forceront ces gens à aller au CEGEP en français, parce qu'ils sont nés francos, pas le choix mon ti-pet!. Et que dire de ces allophones, qui souvent parle deux, sinon trois langues, mais qui veulent apprendre une autre! Ouais, ouais, ouais, c'est pas mal le respect des droits individuels, ça!
    Pourquoi ne pas travailler à améliorer le français dans les CEGEP....
    http://www.ledevoir.com/societe/education/318741/loi-101-au-collegial-ameliorer-plutot-le-francais-dans-les-cegeps-anglophones
    Madame Coupé, vous avez raison. J'en ai vu des pays dévastés par la guerre - Le Liban, L'Iraq, l'Égypte, le Nicaragua et El Salvadore, l'Afghanistan, le Rwanda, et j'en passe. Ça fait longtemps que mon idée est faite sur les pleureuses francophiles du Québec. À se victimiser, on devient un peuple de victimes...Mais aussi, de revanchards!
    manonB: Les anglophones la plus choyée des minorités...Pfah! Ce qui ne faut pas entendre. Les anglos qui sont la majorité dans une ville, circonscription ou arrondissement sont en mesure de voir leurs droits respectés.

  • Tout a fait d'accord avec vous. La Loi 101 existe depuis longtemps. Pourquoi ceux qui sont chargés de son application ne font pas leur travail? Ils ont tous les outils. Au cours des dernieres décennies, le PLQ et le PQ ne s'apercevaient pas des dérapages a Montréal? Commencons par faire respecter les lois déja existantes avant de penser d'en écrire d'autres.

  • @ManonB. Je suis bien d'accord avec vous sur la légitimité de préserver notre langue et sa qualité ainsi que notre culture. Ce que je déplore, ce sont les moyens que nous nous donnons individuellement et collectivement. À force de reporter la faute sur l'autre, on ne fait plus d'efforts pour le beau parler et le bien écrit. Nul besoin d'annonces en grandes pompes: si l'affichage pose un problème au centre-ville, donnons des amendes si nécessaires pour non-respect. Si des entreprises obligent leurs employés à ne parler qu'en anglais, assurons-nous de faire les suivis nécessaires sans en faire les manchettes en première page. Si les immigrants ne parlent pas le français, faisons en sorte de leur fournir des cours de français accessibles (ce qui n'est pas forcément le cas pour manque de moyens). Merci

  • Je suis tout à fait en désaccord avec votre papier. Premièrement, il est légitime de protéger notre langue car notre situation est unique au monde: 2% dans un océan anglophone. Ensuite, je ne crois pas que nous dressions des barrières entre les communautés. Les anglophones du Québec sont sans doute la minorité la plus choyée, avec ses hôpitaux, son université surfinancée, ses journaux, sa radio, sa télévision, sa vie culturelle bien vivante. Quand j'en vois se plaindre de la loi sur l'affichage, je me demande sur quelle planète ils vivent. Il ne s'agit pas de la "légitimité suprême de l'autre" comme vous le dites pompeusement, mais bien de protéger une culture et une langue envahie de tout bord, tout côté. Vraiment, vous exagérez la situation. Quelles sont les barrières dont vous parlez? Qui les montent? Vous suggérez à la toute fin de renforcer la loi 101 si nécessaire. La loi 101 est considérée comme une barrière par les anglophones, en passant.

    Non, vraiment, je trouve que votre lettre n'est basée sur rien de réaliste, car vous ne donnez aucun exemple concret de ces supposées barrières.

  • Certes, le français perd peut-être du terrain, particulièrement à Montréal, je le concède. Mais est-ce une raison suffisante pour dresser autant de barrières entre les communautés des deux peuples
    --------------------------------------------------------------------------------------------------------
    Oui. En Irlande du nord on s'entretue entre frère de race pour une question de religion, en Corse, ça brasse pour une question d'identité, en Israel, ça brasse pour une question de territoire.
    Ailleurs on revendique à tout crin, et la communauté international presqu'en entier appui les revendication en Lybie, en Égypte, en Tunysie, en Georgie, Kosovo, le Tibet. On va même jusqu'à armer ceux qui revendique.
    Comme vous et comme beaucoup, ici, on préfère la carpette, le tapis pour ne pas faire de bruit, pour un confort immédiat, oublié nos ancêtres qui ont du se battre pour avoir des écoles, des institutions à notre mesure.
    Vous nous proposez de s'assoir, où nos ancêtres ont donné leur vie pour le peu qui nous reste de culture, vous nous proposez d'abdiquer, où partout ailleurs ceux qui y croient se lèvent.
    Mes anciens professeurs, éducateurs, maitresses avaient une vision léguée par leurs prédécesseurs, un amour de la langue, un ensemble de valeur commune à tout peuple qui se respecte, comme tous les peuples de par le monde qui sont reconnu même s'ils n'ont pas encore de pays comme tel.
    Ces peuples ont attendu 2000 ans, 900 ans, 200 ans, 100 ans, vous les connaissez, vous les respectez, vous ne leur disputez pas leur droit à l'existance..vous les admirez, faites de même avec votre culture, votre langue

  • Oui, il faut se parler, s'entendre, se faire respecter dans notre langue maternelle, Et il faut la rende attractive. Mais au-delà des "deux peuples fondateurs du Québec", nous oublions que le peuple amérindien était ici avant nous tous. "Je me souviens" ou bien "J'oublie tout"... Des ententes doivent se faire aussi avec ce peuple... oublié trop souvent.

  • "élaborez des lois, assurez-vous de leur respect et imposez des amendes salées si nécessaire"
    La coercition...un bien mauvais moyen pour corriger une situation linguistique. J'appuie à 100% Ottawa-Jack: la protection du français passent par les francophones eux-même, par l'amélioration de l'attraction et la fierté de la langue, et non par la punition de l'utilisation de l'anglais. Le Parti Québécois, ainsi que bien des Québécois, ne l'ont pas encore compris. Ils vivront avec les conséquences.

  • Ce que vous déplorez c est la carence avec un grand C de la société québécoise actuelle. La communication,l information,la promotion. Si on prennait le temps de se parler et de s écouter on arriverait ensemble à nos fins. On voit bien que le gouvernement a perdu la connexion avec le peuple mais on voit aussi ce fossé entre francos,anglos et allos ...
    Pourtant c est vital d y travailler car notre quotidien nous est propre alors qu en superficie on voudrait qu il nous soit commun.
    Moi je crois que la fameuse mondialisation a servi pendant trop longtemps comme fourre-tout pour effacer toutes les frontieres. Je veux bien que tombent les barrieres économiques si c est incontournable mais celles qui nous réunissent culturellement doivent au contraire être renforcées. Si toputefois elles sont percues comme des mesures coercitives c est qu elles n auront pas fait l objet de partages nécéssaire à une entente entre tous. Que la loi 101 soit encore discutée apres 35 ans d existence démontre bien qu il y a eu du laxisme dans l application et la promotion et que certains laissés à eux-même en ont profité et l ont adaptée à leur réalité.

  • Vous avez bien raison; par ailleurs, d'après-moi, la défense de la langue française doit originer d'abord d'un amour de la langue, de la volonté de bien la parler et l'écrire et de la fierté de l'imposer individuellement.
    Si tous les francophones et francophiles de Montréal insistaient pour être servis en français, la situation serait bien meilleure. Légiférer aide, mais ne résoud pas le fond du problème.
    On a beaucoup progressé depuis les années 60-70' que j'ai bien connues; c'étaient l'époque ou la très grande majorité des patrons et dirigeants d'entreprise étaient unilingues anglophones. Les vendeuses de chez EAton (ce n'est pas un mythe) répondaient "I don't speak french" aux plus simples questions demandées en anglais. Ce n'est pas avant les mêmes années 70 que l'on a osé NE PAS NOMMER UN MINISTRE DES FINANCES ANGLOPHONE et ce, au gouvernement du Québec.
    La loi 101 a bien fonctionné, mais il n'est pas évident que de la renforcer au moment où les francophones ont pris leur place, dirigent les entreprises et ne sont plus les "nés pour un petit pain" d'antan, aurait d'aussi intéressants dividendes. La loi des rendements décroissants trouvent application ici.
    Me semble qu'on devrait inciter les francophones à imposer leur langue plutôt que davantage brimer l'anglais par des lois.

  • On oppose souvent la conscience planétaire avec toute démarche d'affirmation nationale alors que ces deux notions se développent chacune de son côté sans être en opposition car elles ne se situent justement pas dans le même paradigme. La conscience nationale se développe tout naturellement via les médias de communication, l'information, Internet, l'éducation, etc...On peut avoir accès à tous cela,et encore plus, tout en ayant une démarche d'affirmation nationale. Dans la même lignée, une démarche d'affirmation nationale, ce n'est pas une déclaration de guerre à je ne sais qui.

Commenter cet article

Vous désirez commenter cet article? Ouvrez une session | Inscrivez-vous

 

Veuillez noter que les commentaires sont modérés et que leur publication est à la discrétion de l'équipe de Cyberpresse. Pour plus d'information, consultez notre nétiquette. Si vous constatez de l'abus, signalez-le.

publicité

publicité

la liste:9856:liste;la boite:1830524:box; Le tpl:300_op-articles-photos.tpl:file;

LE CERCLE LA PRESSE >

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Un groupe de commentateurs citoyens qui profitent d'une vitrine exceptionnelle sur l'accueil du site web. Les membres sont sélectionnés par la salle de rédaction pour la pertinence de leur propos, leur expertise, le style et la qualité de leur écriture.

Participez

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

image title
Fermer