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Une campagne électorale : occasion de débattre des enjeux ou exercice marketing?

Nicole Moreau
 

Nicole Moreau

Détient une maîtrise en science politique de l'Université Laval

Même si j'ai une formation en science politique et une certaine expérience de travail sur des enjeux sociaux, je croyais encore que les campagnes électorales représentaient une occasion de débattre des questions importantes pour le développement du Québec; le développement étant entendu ici dans un sens comprenant aussi bien la perspective économique, que sociale, culturelle, politique en vue d'améliorer la qualité des milieux de vie pour tous.

L'actuelle campagne électorale nous a montré, je le crois fortement, que les politiciens voient encore les campagnes comme des opérations marketing plutôt que comme des moments où les citoyens peuvent débattre avec les membres de la classe politique des choix à faire pour mettre en place des instruments destinés à répondre aux attentes de mieux-être des communautés.

Plusieurs questions importantes n'ont été abordées que fort succinctement, voire complètement ignorées - on peut songer au rôle des universités et de la recherche, mais aussi au vieillissement de la population, à l'importance démesurée des institutions financières dans l'évolution de notre économie, et ce, au détriment de l'économie réelle, à la nationalisation de nos ressources naturelles, etc. Les partis semblent avoir évacué les débats au profit de « lignes » simples, voire simplistes, résumant le message du parti portant sur des questions complexes.

À titre d'exemple à cet effet, peut-on réellement comprendre ce que ça sous-entend comme action quand on avance, au sujet de la collusion et de la corruption dans le monde de la construction, qu'on va « faire le ménage ».

Faire disparaître le système qui a mené à tous les dérapages dénoncés dans les reportages des journalistes d'Enquêtes de Radio-Canada me semble loin d'être simple; des firmes de génie-conseil et des entrepreneurs en construction semblant être étroitement associés à ce système.

Ce sont des habitudes de travail qui doivent évoluer, une obligation d'imputabilité qu'il faut implanter pour que l'éthique soit réellement vécue dans le quotidien de ce secteur d'activités, et ce, sans oublier que d'autres secteurs peuvent peut-être être affectés d'un mal similaire. On n'a rien entendu de cela depuis le 1er août dernier.

Il en est de même pour la crise étudiante qui n'est pas réglée. La situation de l'endettement étudiant n'a pas été évoquée, pourtant, si on se rappelle bien au printemps dernier, les étudiants en grève étaient principalement ceux dont les programmes de formation mènent à des occupations dont les conditions de travail ne sont pas faciles (précarité d'emploi et revenu problématique). Cela explique sans doute en partie leur décision quant à la grève dans laquelle ils se sont engagés.

Enfin, cette crise étudiante a fait la lumière sur le refus d'une marchandisation de plus en plus effrénée de toutes les dimensions de la vie; marchandisation qui favorise l'accroissement des inégalités et la pauvreté.

Cette campagne m'a remémoré les propos de madame Kim Campbell (elle avait succédé à Brian Mulroney comme première ministre du Canada en 1993) qui avait dit qu'une campagne électorale n'était pas le lieu pour débattre d'enjeux sérieux. On avait alors protesté voyant là du mépris des citoyens. La réforme du mode de scrutin et l'intégration d'une dimension de proportionnalité représentent une voie à privilégier pour commencer à remédier à la situation? Je le crois. J'espère que le parti qui remportera le pouvoir s'occupera de cette réforme nécessaire.

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Commentaires (6)

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  • Club des ex-lax... Les sondages Crop PLQ La presse donnent à peu près les mêmes résultats. Juste pour votre gouverne.

  • Exercice marketing? En partie c'est vrai tenant compte des interventions, répétées et non sollicitées par les électeurs, de Léger PQ Marketing.

  • Mme Moreau; Vous avez très bien fait le sommaire de cette campagne électorale. Aucun enjeux important n'y a été réellement abordé par les partis ayant une chance légitime de détenir le pouvoir. On a préféré ressasser des vieilles histoires, de vieux clichés et utiliser des recettes éculées. Campagne électorale, vous dites? Plutôt campagne de salissage. Lorsque le PQ a commencer à sentir que le pouvoir pouvait lui appaternir, la souveraineté, enjeux obsolète s'il en est un, a refait surface. Lorsqu'il s'est rendu compte que la CAQ était son plus dangereux adversaire, on a commencé à sortir des saletés sur Legault. Charest a brandi le spectre du chaos au lieu de nous démontrer comment son bilan fut positif et comment on pouvait construire le futur sur celui-ci. Legault n'est qu'un Don Quichotte s'attaquant aux moulin sacrés des québécois, sans un plan de'attaque réel.
    Les grands thèmes furent laissés de côté, ceux qui importent, mais aussi ceux qui forcent les enjeux du futur. En ce qui me concerne, ni l'un ou l'autre des trois partis majeurs ne mérite de former le prochain gouvernement. Je voterai donc non pas selon mon coeur ou selon une stratégie, mais bien plutôt pour celui ou celle qui représentera mon comté le mieux à l'assemblée nationale.

  • Vous avez entièrement raison sur le fond, mais aussi votre formation vous a sûrement aussi appris qu'en politique et surtout électorale pour se faire comprendre les politiciens se doivent de s'ajuster à la moyenne des individus et non à une seule partie d'eux, et deplus pour l'électeur moyen ce ne sont ps des débats de fond qui l'intéresse et surtout eux ceux trop techniques, donc il ne reste pour tous les partis politiques que le côté marketing et accrocheur qui fonctionne, et ça dans toute les démocratie à travers ce vaste monde, pas besoin d,aller loin regardez uniquement nos voisins du sud actuellement aux USA,

  • Vous avez parfaitement raison. Et rien n'a changé depuis la première élection de l'histoire de la démocratie et rien n'aura changé dans 100 ans.

  • Certainement le commentaire le plus pertinent lu depuis l'apparition de ce genre de débat dans Ctberpresse. Permettez-moi, Madame Moreau, de vous féliciter car c'est le seul vrai propos sensé lu sous cette rubrique. Dommage qu'il n'y ait pas eu d'autres interventions de ce genre...ce que vous décrivez est tellement juste et approprié.

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