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«Revenez, on vous aime!»

Nestor Turcotte
 

Nestor Turcotte

Enseignant à la retraite

En 1968, les indépendantistes logeaient dans deux ou trois factions différentes. Il y avait, bien entendu, le RIN de Pierre Bourgault et le RN de Gilles Grégoire. En octobre de la même année, le PQ naît de la fusion de ces deux partis indépendantistes. Bon nombre de nationalistes, venus particulièrement des libéraux, s'agrippent au nouveau parti naissant. Le PQ était, à l'époque, une coalition nationaliste. Le PQ actuel, à cause des tergiversations et des multiples changements à son programme, est en train d'engendrer le contraire de l'union originale qui l'a vu naître. Il est devenu un semeur de division.

La présente campagne électorale montre au grand jour que les indépendantistes sont à nouveau éparpillés, fortement divisés et que le Parti qui avait réussi, il y a plus de quarante ans, à faire l'union des indépendantistes, est en train de réaliser l'inverse. Le PQ fractionne. Il disperse. Il scinde. Il subdivise.

À une semaine du jour du scrutin, le PQ ne veut pas que les indépendantistes s'éparpillent en trois ou quatre formations politiques de crainte de voir le pouvoir lui échapper. « S'il nous manque un comté parce qu'il a voté Québec solidaire ou parce qu'il a voté Option nationale, affirme Jean-François Lisée, le lieutenant-gouverneur ne va pas les appeler pour additionner leurs comtés aux nôtres (lire : les comtés remportés par PQ). Tous les souverainistes vont être dans l'opposition et ce sera des fédéralistes de droite au pouvoir pendant quatre ans. Le 4 septembre, c'est le temps de s'unir au-delà de nos divergences mineures pour vraiment tourner la page sur les années Charest».

Je pense que Jean-François Lisée n'a pas lu le programme d'Option nationale et de Québec solidaire, pour qualifier de «divergences mineures» la démarche indépendantiste du PQ (confédéraliste) et celle des deux autres partis indépendantistes.

Lors du 15e Congrès du PQ tenu à Québec en octobre 2005, les militants avaient majoritairement adopté une démarche claire pour l'accession du Québec à l'indépendance. En plus de faire la promotion de l'indépendance, le PQ s'était engagé à présenter, lors du prochain scrutin (celui-ci a eu lieu en 2007) un «projet de pays», avec un cadre financier d'un Québec souverain. Le PQ devait proposer à la population ce «projet de pays» et en faire l'enjeu principal du scrutin. Malheureusement, le PQ n'a pas suivi le chemin tracé par ses militants. Le PQ a trahi ses militants. Les dirigeants du PQ se sont littéralement moqués des décisions prises par les militants en Congrès général.

En 2007, en effet, cet enjeu majeur («projet de pays») ne fut pas présenté aux citoyens lors de l'élection générale. André Boisclair mit le programme de 2005 à la poubelle et se contenta de présenter une vague «feuille de route». Par la suite, en prenant les rênes de son parti, Pauline Marois posa un geste inusité et anti-démocratique. En mars 2008, lors d'un Conseil national, celle-ci fit adopter une proposition qui allait à l'encontre du chapitre I.2.3 voté lors du congrès de 2005. Elle fit même modifier l'article 1, sans passer par un Congrès général qui seul peut modifier le programme de son parti. Le Parti, sous sa gouverne, ne vise plus à «réaliser la souveraineté du Québec », mais tente de «faire progresser le Québec jusqu'à son accession au statut de pays». Le «projet de pays» est remplacé par une nouvelle doctrine, celle de la «gouvernance souverainiste». L'obligation de tenir un référendum, lors du premier mandat, est suspendue. C'est le retour à la position du PQ de 1987 (Pierre-Marc Johnson). C'est le retour à l'affirmation nationale, à la position nationaliste de Maurice Duplessis.

La nouvelle plate-forme électorale du PQ n'est pas séparatiste. Elle est strictement provincialiste et bafoue les orientations majeures prises en 2005, lors du 15e Congrès du parti qui amena la démission de Bernard Landry. Pauline Marois se targue d'être démocrate. Sa démarche politique démontre tout à fait l'inverse. Jamais un chef de parti n'aura été plus anti-démocratique et jamais un chef de parti n'aura bafoué à ce point les diktats de ses militants. Les faits et l'histoire le prouvent amplement. Ce n'est pas faire de l'antiMarois que de rappeler ces faits. Les faits mentionnés ici sont tous vérifiables. Il s'agit de prendre le temps de le faire.

Option nationale et Québec solidaire sont sur l'échiquier politique et ils sont deux partis indépendantistes, avec sans doute quelques orientations sociales différentes. Ils le sont et ils le disent ouvertement. Le PQ parle toujours de son «projet de pays» mais le projet dont il parle n'existe tout simplement pas. Il a été mis sous le tapis. Il a été relégué aux oubliettes.

Il y a division chez les indépendantistes. Le PQ a créé cette division en mettant une croix sur son programme officiel. Le PQ a fait fuir les indépendantistes qui, joyeusement, ont décidé de faire du neuf, de bâtir l'avenir, visière levée, avec un objectif clairement défini, clairement proclamé. Françoise David a gagné, lors du débat à Radio-Canada, sur son adversaire Pauline Marois parce qu'elle a affirmé, à la face du Québec, les convictions qui l'animent. Elle a dit ce qu'elle pensait et ce qu'elle ferait. Son opposant n'a pas dit ce qu'elle a fait et ce qu'elle fera, si jamais elle est élue. C'est là toute la différence. Pauline Marois s'est contentée de présenter «le flou artistique» dont parle Jacques Parizeau.

Pris de panique, le PQ lance un cri du coeur. Ce cri du coeur de Jean-François Lisée me fait penser au «Love in» des fédéralistes lors du référendum de 1995. «Revenez, revenez, on vous aime». Il semble que les indépendantistes répondent en choeur: «Non, monsieur Lisée, nous sommes ailleurs et nous sommes contents d'y être et surtout fort contents d'y rester».

Jadis, le PQ était un parti d'idées. Il est devenu, tout comme les vieux partis, un parti de pouvoir. Il y aura, n'en déplaise aux apparatchiks du PQ, dans la prochaine Assemblée, des députés élus, qui seront carrément indépendantistes et qui reprendront le combat où, par manque de courage et par opportunisme, le PQ a laissé tomber. Jadis, lors d'élections antérieures, le PQ reprochait aux fédéralistes de susciter la peur. Jean-François Lisée devient le prometteur d'une nouvelle peur, celle de ne pas avoir le pouvoir en mains le soir du 4 septembre. Et si cela arrivait, ce ne serait quand même pas la fin du monde.

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Commentaires (11)

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  • "Je pense que Jean-François Lisée n'a pas lu le programme d'Option nationale et de Québec solidaire, pour qualifier de «divergences mineures» la démarche indépendantiste du PQ (confédéraliste) et celle des deux autres partis indépendantistes."
    Si ça se trouve, c'est le programme du PQ qu'il n'a pas relu depuis 10 ans.

  • Jamais!

  • Soudainement Gesca La Presse ouvre ses pages au souverainistes, que dire aux vrais indépendantistes. À tout ce qui peut tirer au flanc du seul parti souverainiste de masse qui peut sortir du pouvoir le gouvernement "le plus corrompu de notre histoire"(M Bellemare). Et empêcher un autre (CAQ) du même acabit de prendre la suite.
    Francoise David devenu Rock star, J M Aussant "impressionnant" et Nestor qui y va d'une x ième chronique sur la trahison du PQ.
    Et les intérêts du Québec là dedans......

  • Une précision : il y avait TROIS partis indépendantistes qui se sont réunis pour former le PQ : le Rassemblement pour l'indépendance nationale -RIN (gauche), le Mouvement souveraineté-Association -MSA (centre-gauche), le Ralliement National - RN (droite). Pour cette raison, le PQ a toujours été un parti impossible. La division pré-PQ est en train aujourd'hui de se recréer, et c'est tant mieux. L'Indépendance ne pourra se faire sans une coalition de partis politique : de gauche, du centre, de droite. Dans tous les pays, les trois mouvements ont droit de cité. Dans tous les partis politiques, les trois mouvements NE peuvent coexister. Nous en avons la démonstration aujourd'hui, encore une fois. Bref, il manque un parti indépendantiste de droite au Québec.

  • NON MERCI!


  • Madame Marois est en politique depuis très longtemps, et je ne crois pas qu'au départ, son rêve était d'être Première Ministre. C'est drôle, car on ne reproche jamais à Charest ou Legault de ne vouloir que ça. Non. C'est seulement à Pauline Marois. Et c'est complètement subjectif comme opinion.

    Si elle est fière à l'idée d'être Première Ministre du Québec, peut-on vraiment lui en vouloir? Un autre opinion subjective: je ne crois pas du tout que c'est ce qui la motive. La fierté, c'est simplement un des résultats de son élection, pas sa raison d'être...

    Je ne connais personne qui ne serait pas fier à sa place, à part ceux et celles qui font du Québec Bashing pour mieux mousser leur triste option.

  • Très bonne rétrospective sur l,avènement du PQ comme parti politique, et je suis un peu de ton avis, mais quand on constate les différents sondages les partis souverinistes vont tout de même chercher globalement ensemble entre 43 et 45% du votes, mais chez le francophones cela d.passe les 50% atteignant pratiquement 55%, donc la souverainté n'est pas morte pour autant.
    Actuellement nous pouvons catalogué les libéraux de fédéraliste etr de centre droit, et la CAQ d'au moins 80% fédéraliste de droite et même un peu plus, un peu un mélange des ex Union Natianle et Créditistes et certains péquistes qui se disent toujours souverainistes.
    Cependant pour la prochaine élection il semble bien que le NPD va se former un parti provinciale f.draliste de gauche, voilà maitnenant les fédéralistes qui seront autant divisés, alors qu'elle sera l'impact chez kes f.d.ralistes.
    Pour les souverainistes bien déjà QS et ON parlent presque de fusison, et disent que dans un gouvernement minoritaire péquieste il appuieront toutes mesures progressives, et si jamais cela arrive je vous prédis un r.frendum piloter à trois, que feront Legault et les autres souverainistes de la CAQ dans cette évantualité, déjà que André simard dit ouvertement en défendant la CAQ tout comme Rebello ils voteront oui.
    Donc cette élection ne règlera absolument rien sur le débat souveniste-fédéraliste, et même je prédis qu'il prendra de l,ampleur.

  • Les libéraux sont brûlés par trop d'années de pouvoir. Le PQ passe son temps à tergiverser et agit en girouette qui tourne au gré des vents soufflés par l'électorat, les médias et les sondages. La CAQ, un ramassis de has been opportunistes insatisfaits issus du PQ, de la défunte ADQ et de formations en perdition.
    Reste Québec solidaire avec un programme ambitieux mais utopique : on dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Enfin, Option nationale, avec un chef plein de conviction mais sans visibilité, avec un projet réel de pays financé par la récupération de nos ressources naturelles.
    Je crois que les québécois n'ont pas à faire de vote stratégique : au moins deux partis leur proposent autre chose que la mélasse enfarinée habituelle du PLQ, du PQ et de la CAQ. Encore faut-il oser ...

  • Je suis rarement en accord avec vos propos Nestor mais aujourd'hui votre papier est très intéressant.
    Un élément qui me purge du PQ dans ces élections est la constante référence à la mémoire de René Lévesque. Il doit se retourner dans sa tombe à les entendre.

  • En se faisant élire en 1976 avec la promesse d'être un bon gouvernement, le P.Q. venait de mettre le doigt dans l'engrenage. Le pouvoir, c'est fou comme on y prend vite le goût. Et on fait tout pour le conserver, même en repoussant la tenue d'un referendum, parce que la majorité convoitée ne semble pas à portée de main.
    Quant à Option nationale, je ne donne pas cher de sa survie; et Québec solidaire est beaucoup trop à gauche pour espérer décrocher le pouvoir à court et à moyen terme. Ses idéaux sont beaucoup trop hauts pour la majorité du peuple.

  • Pour la reine Pauline il n'y a que le pouvoir qui compte et ce peu importe les moyens. Elle n'écoute qu'elle-même et ne rêve que du jour où elle sera LA première femme première ministre du Québec. J'ai pensé voter PQ pour sortir les fumiers qui gouvernent en ce moment mais j'en suis incapable. Je voterai pour mes convictions.
    Notre système politique imposé par les anglais favorise l'alternance et ce n'est pas le peuple qui en bénéficie. Il est temps qu'on le change ce système pour quelque chose qui représente réellement nos intérêts et non pas ceux des gens qui financent les vieux partis.
    PQ, PLQ ou CAQ (ADQ v2.0), même combat, mêmes commanditaires...

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