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Les slogans électoraux

Nestor Turcotte
 

Nestor Turcotte

Enseignant à la retraite

Le slogan a des origines celtiques. Littéralement, il signifie cri de foule, cri de guerre. De nos jours, il est essentiellement un outil de communication. On l'utilise en politique ou dans la publicité. On le retrouve aussi dans les manifestations populaires. Le slogan vise à frapper l'imagination. Son message est court et répétitif. De par sa nature, le slogan est réducteur et séducteur. II est parfois subliminal.

Le slogan devient l'élément central et primordial du marketing électoral. Tous les partis cherchent un slogan accrocheur. En 1993, après l'échec de Meech, le Bloc québécois avait trouvé un slogan bien spécial : «On se donne le vrai pouvoir» (tout en étant certain d'être à jamais dans l'opposition) et, dans la foulée du scandale des commandites, le même parti avait affiché sur ses pancartes électorales «Un parti propre au Québec». En 1980, le camp du NON avait fait toute une trouvaille en utilisant le slogan «Mon non est Québécois».

Maurice Duplessis, chef de l'Union nationale, gagna toutes ses élections sur le dos d'Ottawa. Avez un slogan percutant : «Rendez-nous notre butin !». Celui qu'on appelait «le cheuf» se maintint au pouvoir pendant près de vingt ans en cassant du sucre sur le dos du fédéral. Une fois au pouvoir, René Lévesque, pourfendeur de Maurice le Noblet Duplessis, a fait installer, en 1977, la statue du défunt chef de l'Union nationale en bordure de la Grande Allée, à l'ombre de l'hôtel du Parlement de Québec.

Le 22 juin 1960, le Parti libéral de Jean Lesage est porté au pouvoir. Son slogan s'articule autour de la nécessité de procéder à des changements majeurs dans la société québécoise «C'est le temps que ça change» affirmait le slogan électoral des libéraux. La CAQ de François Legault vient de reprendre le même slogan : «C'est assez, faut que ça change !». Le 19 septembre 1962, Jean Lesage fait plébisciter son plan de nationalisation de l'électricité. Il affirme : «Il faut rendre au peuple du Québec ce qui appartient au peuple du Québec ; son plus riche patrimoine, celui de l'électricité. Et ça presse, demain il sera trop tard. C'est maintenant ou jamais que nous serons maîtres chez nous.» Sur le blogue du Parti québécois (26 juillet 2012), Pauline Marois reprend le slogan libéral de 1962 : «Maître chez nous, pour le bien commun». «Il est temps, dit-elle, de faire le ménage, de reprendre le contrôle de nos ressources et de notre destinée, et de redevenir maîtres chez nous!» La CAQ et le PQ reprennent, tous les deux, d'anciens slogans rouges...

En 1965, Daniel Johnson publie un livre intitulé «Égalité ou indépendance» (qui deviendra un slogan électoral), dans lequel il expose sa doctrine concernant la Constitution du Canada et l'avenir du Québec dans la Confédération canadienne. Tel qu'il l'écrit dans le livre, sa position était «l'indépendance si nécessaire, mais pas nécessairement l'indépendance». La gouvernance souverainiste que propose Pauline Marois s'inscrit dans cette dynamique, en attendant un hypothétique référendum. Rien de nouveau sous le soleil ! Il s'agit de casser du sucre sur le dos d'Ottawa pour faire monter le mercure du thermomètre souverainiste.

Robert Bourassa, élu de 1970 à 1976 et de 1985 à sa retraite (cause de maladie), n'était pas friand des slogans. Il était économiste avant tout. On retient de lui cette tirade du 22 juin 1990, le soir de l'échec du lac Meech. «Le Canada anglais doit comprendre de façon très claire que, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le Québec est, aujourd'hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d'assumer son destin et son développement».

Le court régime de Parizeau se greffa autour d'un slogan astucieux: «Gouverner autrement». Il gouverna «autrement» un peu plus d'un an et il se retira dans ses terres après l'échec référendaire de 1995. Lucien Bouchard, invoquant sans doute le fond religieux du Québec, adopta un curieux slogan en 1998 : «J'ai confiance». Son successeur, Bernard Landry, en 2003, clama que «le Québec doit rester fort». En 2008, le Parti libéral démarre la campagne avec un «L'économie d'abord - Oui», tandis que le PQ se contente d'un slogan qualifié de neutre par les journalistes: «Québec gagnant.org».

La campagne 2012 a ses slogans : le PLQ dit qu'il est «Pour le Québec» (qui pourrait être contre ?). La CAQ dit que «C'est assez ! faut que ça change!» (reprise du slogan libéral de 1960) et le PQ affirme que «C'est à nous de choisir» (sans spécifier de quel «nous» il s'agit). Et si on sortait des slogans pour faire face à la réalité ?   

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Commentaires (6)

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  • Curieux comme m. Turcotte semble chercher l'ironie à l'excès, quitte à triturer certaines interprétations pour tenter d'en insuffler. Il va même jusqu'à prendre des citations qui ne sont pas des slogans mais des lieux communs propre aux différents partis! Par exemple: Pauline Marois ne va pas "casser du sucre pour mousser les souverainiste" mais "casser du sucre parce qu'elle EST souverainiste". Pour faire de l'ironie à ses dépends, m. Turcotte ne s’embarrasse pas de telles nuances...
    La vérité est pourtant simple: on fait des slogans pour que ça marche. L'idée de copier un slogan de la révolution tranquille n'est pas de copier une autre idée mais de faire un rappel pour promettre (dans le cas de la CAQ) un retour à ce qui est perçu comme un âge d'or.
    Le slogan de Lucien Bouchard adressait un problème relié à l'identité Québécoise, il n'était donc pas "curieux" mais approprié, comme celui, actuel, du PQ (À nous de choisir) que seul les Alain Dubuc (et maintenant monsieur Trucotte) font mine de ne pas comprendre. Au fait, le slogan électoral du PQ n'a jamais été québecgagnant.org. Ça, c'est juste un nom de domaine. M. Turcotte pense vraiment que ses lecteurs ne le savent pas?
    La partisannerie, le parti-pris ou la rancune, même enrobée "d'analyses", trahit toujours ses origines...

  • Justement. L'îlot rapetisse. Combien d'Américains ne savent même pas que le Québec est francophone... Il faut se mettre au monde.
    Quand on devient souverain, ce n'est pas par frustration. C'est par désir de s'assumer, SANS COMPLEXE, justement. J'entends madame Marois parler de l'anglicisation de Montréal. Si Montréal s'anglicise, c'est notre vitrine sur le monde qui fait de même. C'est l'assimilation qui guette les francophones dans leur Métropole.
    Quand le Québec sera un pays, les immigrants auront clairement le choix entre un îlot francophone et une mer d'anglophones...

  • Le Québec a toujours été digne. Quand on regarde son histoire on ne peut qu'admirer sa fierté, sa détermination, ses valeurs. Intrinsèquement sa fierté, sa dignité n'ont rien à voir avec son statut politique i.e. une province du Canada. Ce pays merveilleux qui fait l'envie de plusieurs citoyens de la planète qui rêvent d'y habiter un jour. Il a la cote dans le monde. Le Québec est la province qui lui donne un cachet spécial: un ilot de francophones dans une mer anglophone de 330,000 d'anglophones. (y compris les USA).
    Pour être digne, pas besoin de se séparer, de claquer la porte. Nous sommes capables de soutenir la concurrence, la compétition, la mondialisation. Pas de complexe, pas de frustrations, de victimisation. Nous sommes adultes.

  • Les perceptions sans cogitations ne seraient que simples représentations imaginaires tout comme celles du Chevalier à la Triste Figure de Cervantès, et il serait bien inutile de vouloir y baser quoi que ce soit de réel ou de concret par delà les Moulins à Vent du tweetisme.

  • On pourrait aussi dire: CANADIEN FIER D\'ÊTRE QUÉBÉCOIS FRANCOPHONE

  • J'ai une idée de slogan pour le prochain référendum.
    LE QUÉBEC, DIGNE D'ÊTRE UN PAYS
    Ceux qui en sont déjà conscients, tant mieux. Les autres devront combattre ce slogan en disant que le Québec ne l'est pas et en expliquant pourquoi avec des arguments qui flottent plus haut que les Rocheuses.
    Et fini les campagnes publicitaires insipides. Il faudra voir, par la magie de la technologie, des athlètes québécois marchant fièrement entre le Portugal et le Qatar aux Olympiques. Il faudra voir défiler sur notre écran toutes nos réussites artistiques et économiques. Faire parler des chiffres, faire parler le coeur, faire parler la tête.
    J'en rêve...

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