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Le lexique électoral

Nestor Turcotte
 

Nestor Turcotte

Enseignant à la retraite

«En politique, il faut donner ce qu'on n'a pas, et promettre ce qu'on ne peut pas donner.» (Louis XI, roi de France, mort en 1483)

La politique québécoise a son glossaire, son lexique spécifique. D'abord, avant de devenir politicien professionnel, il faut d'abord faire le saut en politique. Certains voudraient bien sauter, mais décident de ne pas sauter; certains ne veulent pas sauter, mais quelqu'un les pousse à sauter; d'autres ne devraient pas sauter, mais sautent même si on leur dit de ne pas sauter; d'autres, enfin, sautent, et regrettent d'avoir sauté. 

Si quelqu'un décide de briguer les suffrages dans une circonscription, les médias rapporteront qu'un tel se lance en politique ou qu'il plonge en politique.  Lorsque quelqu'un se lance en politique, il atterrit forcément sur la scène politique. La scène, chacun le sait, est l'emplacement où les acteurs paraissent devant le public. Jadis, l'expression prenait tout son sens. Le politicien montait sur la tribune d'un théâtre paroissial ou gravissait les marches du perron de l'église et, de là, haranguait la foule.

Dans mon enfance, j'ai vu et entendu, le dimanche, ces discours populaires, à la sortie de la grand-messe. Avec, parfois, débat contradictoire. Quelqu'un ne rapportait pas la nouvelle de la visite des candidats dans mon village natal : chaque électeur vivait l'événement en direct. Maintenant, le direct, c'est le commentaire que fait le journaliste lors du téléjournal de fin de soirée. La nouvelle est filtrée et interprétée. On ne sait plus trop ce qui a été dit par le candidat, mais on connaît l'opinion d'un journaliste qui nous dit ce qu'il a compris de ce qu'a dit le candidat. 

De nos jours, les candidats rencontrent de moins en moins les électeurs en public.  Ils regroupent leurs partisans dans des endroits tamisés, feutrés. J'allais écrire : «arrangés». Au lieu de parler, en direct, à tout le monde, indépendamment des allégeances politiques  -  comme ça se faisait dans mon jeune temps  -  ils parlent pour et devant les caméras, dans une salle où quelques auditeurs ont été minutieusement invités. Ils deviennent des candidats kodak. Ils ouvrent leur campagne dans la nature, près d'un pont, sur le tarmac d'un aéroport, avec comme  arrière-fond un édifice bien connu ou dans un décor bucolique, hors d'atteinte du populo.

L'arrivée d'Internet fait en sorte que les candidats multiplient les courriers électroniques pour montrer qu'ils sont partout à la fois sur le terrain. De plus, ils «twittent» à toute heure du jour. Ils appellent cela avoir «beaucoup d'amis». Les candidats ne sont plus sur la scène publique, avec tous les risques que cela comporte. Ils sont derrière l'écran. Ils pitonnent. Et pour se différencier de ce qui se faisait avant, ils disent qu'ils font de la politique «autrement».

Aujourd'hui, lorsqu'un parti convoque la presse, avant la période électorale, c'est pour lui annoncer qu'il a fait une grosse prise ou qu'il a déniché une vedette. La politique, à cause de la présence des caméras, est devenue toute théâtrale. Les chefs salivent lorsqu'ils arrivent à dénicher un candidat vedette. La vedette, on le sait, est une personne qui jouit d'une grande renommée dans le monde du spectacle, dans le monde journalistique ou de la télé. Pendant les campagnes électorales, la vedette accompagne souvent le chef dans ses déplacements. Ce dernier est tout heureux de composer avec sa «star». Si celle-ci a du bagout, le chef parlera d'elle comme une étoile montante. L'histoire politique du Québec rapporte que certaines étoiles montantes ont été parfois des étoiles... filantes.  

On pourrait ajouter bien d'autres expressions typiques issues du terroir politique provincial, comme les candidats poteaux, les «has been», les vire-capot, etc. Je ne résiste pas à la tentation de vous en présenter une petite dernière. Lorsque quelqu'un a l'audace de se lancer en politique, de sortir de l'anonymat pour apparaître sur la scène politique, on dit qu'il se lance dans l'arène politique. L'arène est un lieu de combat. Les lutteurs et les boxeurs en savent quelque chose. Certains enfourchent les câbles, avec la certitude de gagner. D'autres essaient d'user d'astuces afin de mettre hors de combat l'adversaire. Poids plume ou poids lourd, chacun espère donner le «jab» qui mettra knock-out le candidat qui lui fait face.

L'arène politique a son lot de surprises et est parfois cruelle. Il est fort possible qu'un grand combattant ou un grand serviteur de l'État soit emporté par ce qu'on appelle «une vague électorale». Le plancher est alors nettoyé dans tous ses recoins, laissant parfois, médusé, un gagnant, sortant de je ne sais où.

Jacques Parizeau a dit un jour : «La politique, c'est sérieux. Mais il ne faut pas prendre cela au sérieux». J'ai presque envie de le croire! 

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Commentaires (6)

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  • Très bonne réflexion sur les moeurs politiques, cependant de tout temps la politique et surtout les politiciens se sont adaptés aux médias de leur époque. tout a commenc. avec les pamphlétaires dans des petits journaux locaux, par la suite aux quatidiens, à la radio, par la TiVi avec ses débats, Obama et son équipe ont développé l'utilisation de l'internet, et maintenant nous en sommes rendus aux médias sociaux.
    Le discours est toujours le même, ce n'est que la forme et la formule qui change dans le temps, qu'elle est la différence entre une discutionn sur internet entre électeurs et une autre dans la taverne d,autres fois, aucune tout simplement un.chage d'opinions et d'informations, pourquoi vouloir résister au changement.
    Pour moi il n'y a aps tellement de différence entre Taschereau, Duplessis et Charest et regardez pour chacun à leur époque qu'elles étaient les reproches envers eux, bien CORRUPTION ET COLLUSION. Pourtant ils ont fait tous trois de la politique différeamment.

  • Tout le monde veut une Ferrari ou une Mercedes mais peu peuvent se le permettre. En politique, on peut avoir les plus beaux projets mais sont-ils financièrement réalistes?
    Dans un autre ordre d'idée, je suis tout simplement estomaqué quand je vois des gens de valeur et intelligents devenir de véritables abrutis, à cause de la partisanerie, lorsqu'ils se lancent dans "l'arène" politique. Ils perdent tout sens de la mesure et se comportent en véritables imbéciles.

  • J'abonde dans le même sens que desorties, 2012-08-08 13:29
    À voir toutes les promesses électorales qui se font à promettre des dépenses gratuites à coup de millions, les politiciens semblent ne pas tenir compte des finances du Québec, dont la dette se chiffre présentement à un peu plus de 250 milliards de $$$...
    Alors effectivement, le contenu et vérifications s'imposent et j'espère sincèrement que nous n'assisterons pas à un vote émotif typique des Québécois...

  • Je pense qu'il faudrait s'attacher PLUS au contenu qu'au contenant.
    Ce que le politicien propose et où va-t-il prendre l'argent qu'il distribue
    à gauche, à droite? L'argent ne pousse pas dans les arbres. La gratuité nous
    coûte cher. Rien n'est gratuit. Tout se paye.
    Il faut dépasser le décor (où se font les points de presse)
    l'apparence, la mimique, le ton de la voix, le sourire forcé, artificiel,
    les poignées de mains protocolaires et tout le bazar...
    Le contenu avant tout...et la vérification des faits...

  • Monsieur Turcotte, vous avez parfaitement raison. La campagne électorale est devenue comme une pièce de théâtre où le drame côtoie la comédie. Les décors changent rapidement. Et l'argent est distribué "at large" comme si nous étions tous de venus milliardaires: $100 millions par ici, $100 millions par là et vogue la galère. Où prendront-ils ils tous cet argent? Existerait-il une "fontaine de Jouvence" un "puits dans fond" dont nous ignorons l'existence? Je souhaiterais que les politiciens rencontrent les électeurs pour répondre aux nombreuses questions qu'ils se posent....car ils n'ont pas souvent de réponse. Les journalistes ne représentent pas TOUS les électeurs dans les entrevues qu'ils font, ils se représentent eux-mêmes. Et parfois nous sentons leur subjectivité et leur partisannerie dans les questions. Ils ne vont pas très loin. Ils restent en surface. Ils laissent passer des inepties, des affaires qui n'ont pas de bons sens.
    Félix Leclers disait: "J'aime les paysans, ils ne sont pas assez instruits
    pour raisonner de travers"
    Non pas qu'il méprise l'instruction mais qu'il déplore
    que l'instruction ne donne pas nécessairment le jugement.
    ex: accuser le gouvernement d'être un état policier.
    faire des amalgames avec des dictatures.

  • La politique est l'Art de ne pas mentir à tout le monde en même temps.
    Abraham Lincoln

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