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Lettre à mon grand-père

Jerry Beaudoin
 

Jerry Beaudoin

Enseignant au primaire

Salut grand-papa,

Tu dois trouver ça bizarre que je t'écrive une lettre, nous qui sommes plutôt habitués de nous parler de vive voix quand il est question de politique. Mais tu sais, parfois les écrits peuvent permettre dire des choses que la parole est incapable de livrer.

Tu sais grand-papa, dans quelques jours, je célèbrerai mon trentième anniversaire. Ça me donne un peu le vertige, je me dis que la jeunesse est en train de me quitter peu à peu. Or, quand je vois quelqu'un comme toi, du haut de ses 81 ans, aussi lucide, aussi intelligent, aussi amoureux de la vie, ça me réconcilie avec ce temps qui passe si vite.

Récemment, tu me disais avoir peur. Peur que le Parti Québécois s'avance trop sur la question nationale, peur que ça nous enferme dans un autre 4 ans de calvaire libéral. Je te comprends. Des fois, je suis inquiet aussi. Mais pour une des rares fois dans ma vie, je dois t'avouer que je suis en désaccord avec toi là-dessus. Cette fois-ci, il faut foncer !

Je suis vraiment tanné. Tanné d'avoir peur, tanné de devoir me cacher, tanné de devoir vivre dans une contrée qui ne m'appartient même pas. Tu sais, un pays qui place la monarchie et la défense nationale comme priorités et qui relègue l'environnement et le progrès social aux oubliettes, ça me fâche et ça me donne envie de faire encore plus pour mon Québec. On ne peut plus vivre dans un climat perpétuel de peur nourri malhonnêtement par les adversaires de la liberté du Québec que sont Jean Charest et François Legault.

Imagine, au référendum de 1995, il y a même un député de la Beauce qui se promenait dans les foyers et qui disait aux personnes âgées qu'elles ne pourraient plus manger de bananes ou d'oranges advenant que le Québec devienne un pays. Faut le faire! Je suis tanné de ces campagnes mensongères, de ces rapetisseurs de peuple qui s'amusent à nous nuire collectivement. Il faut avancer. Or, avancer avec un gros sabot de Denver sur notre roue avant, ce n'est pas très évident. C'est même impossible. Une fois pour toutes, libérons-nous de nos chaînes, recommençons à rêver!

Grand-papa, après tant de défaites crève-coeur, tant de fois où le Québec s'est dit non, je comprends que tu sois déçu, désabusé, craintif. Mais il faut reprendre confiance. Je suis là. Mes amis sont là. Nous sommes tous là. Nous avons de l'énergie à revendre et des projets plein la tête. Et si j'ai autant le goût de me battre aujourd'hui, c'est beaucoup à cause de toi. Tu m'as permis de grandir. Maintenant, j'ai le goût de marcher dans tes pas.

Plus que jamais les prochains jours seront cruciaux. Dans environ un mois, nous devrons choisir quel Québec nous voulons. Ce Québec grand-papa, je veux que nous le choisissions ensemble en ayant une pensée toute particulière pour les nôtres, pour cette famille que nous aimons tant. Tu as toujours souhaité le meilleur pour les tiens, tu as toujours eu le coeur sur la main. Je suis fier de toi, fier de songer à construire un nouveau pays avec toi dans les prochains mois. Ce sera pour nous un nouveau commencement.

Allez, on se voit à mon anniversaire.

Salue grand-maman de ma part. Je pense souvent à vous.

XXX

Jerry

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Commentaires (2)

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  • Patience, Jerry..! Tu sais ce que j'ai compris récemment en lisant tous ces commentaires négatifs sur le PQ et Mme Marois: que la peur que je vois dans tous ces écrits me ramène inévitablement à l'idée d'un pays libre et confiant dans ses moyens.

  • Bonjours ensoleillés à vous Monsieur Beaudoin et mercis à vous trois! Je m'explique. Oui, mercis à vos grands-parents, en partie, «responsables» de votre présence sur cette planète et mercis à vous de me rappeler «nos» feus très chers grand-parents.
    Vos touchants écrits me «ramènent» à cette nourrissante relation que j'entretenais avec grand-père «Ben», homme aussi de grande sagesse, de lucidité et de serein calme. J'ai eu le privilège de lui servir dernier repas et d'entendre de son coeur et de sa bouche ses dernières louanges adressées à «son» épouse, Lucy.
    Quant aux contenus politiques de votre article, je navigue, pour le moment dans des eaux différentes des vôtres encore que la peur ne m'habite du tout. C'est plutôt ma confiance dans la dirigeante du parti prônant la souveraineté qui se veut secouée. J'ai besoins et goûts de dirigeants(es) politiques offrant un VRAI projet de SOCIÉTÉ dans lequel nous TOUTES et TOUS du Québec, toutes conditions sociales confondues, y trouveront «NOTRE» compte, notre juste et équitable part de dividendes des exploitations des richesses NOUS APPARTENANT. Utopie? Rêve? Que nous en dirait «notre» grand-papa, feu René Lévesque ? Puisse-t-il nous éclairer!
    Mes respects Monsieur Beaudoin et salutations chaleureuses à vos grands-parents.
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain publié «en devenir»
    Saint-Valérien de Rimouski
    http://www.unpublic.gastonbourdages.com

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