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Le financement universitaire : une vision différente à prendre en considération dans le débat actuel

Nicole Moreau
 

Nicole Moreau

Détient une maîtrise en science politique de l'Université Laval

À l'approche de la rentrée dans les établissements où il y a eu grève étudiante au printemps dernier, il semble opportun de revenir sur le sujet du financement des universités par l'État québécois.

Ça paraît d'autant plus pertinent que, profitant de la campagne électorale, les recteurs et principaux des universités reviennent à la charge de façon très pressante, si l'on se fie aux médias. J'aimerais proposer un regard critique sur le financement des universités. Pour ce faire, j'utiliserai certaines des informations contenues dans une note du professeur Gilles Gagné, professeur de sociologie à l'Université Laval. Cette note a été publiée sur le site de l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques (IRIS) en date du 15 mai dernier. Les données utilisées datent de l'année 2009, la dernière pour laquelle la Conférence des recteurs et principaux des universités a fourni des données complètes.

On pourra constater que la question du financement des universités peut s'avérer très différente de ce qui est souvent véhiculé par les décideurs universitaires, et ce, en fonction de la façon dont les principales données sont prises en considération.

Rappelons d'abord que les universités québécoises dépensent davantage par année et par étudiant que les autres universités, soit 29 242 $ par rapport à 28 735 $. Et les universités québécoises seraient sous-financées? C'est à n'y rien comprendre.

Cette moyenne peut cacher des situations fort variables dans l'ensemble du réseau universitaire québécois, certains établissements pouvant disposer de ressources financières fort confortables alors que pour d'autres, il est plutôt question de ressources sensiblement plus limitées. Ainsi, les revenus totaux par étudiant à temps plein peuvent aller du simple au double.

Enfin, les paramètres du système de financement universitaire par le ministère de l'Éducation représentent un facteur d'importance de revenus différents des universités : les étudiants des programmes de sciences et technologie sont davantage financés que ceux des humanités (lettres et arts), les étudiants gradués également. Quant aux étudiants étrangers, les droits de scolarité imposés s'avèrent très élevés, si bien que ceux-ci peuvent être utilisés pour maintenir en place certains programmes d'études. Tout ça explique sans doute pourquoi les universités se donnent tant de mal pour recruter les étudiants privilégiés par le système de financement en place.

Il résulte du système de financement universitaire en place une bizarrerie qu'il serait opportun d'expliquer, surtout quand on axe un discours politique sur la juste part : pour quelle raison certains étudiants devraient-ils payer une fraction marginale des coûts de leur formation alors que pour d'autres, les frais de scolarité représenteraient la presque totalité des «coûts observés»?

D'autres questions pourraient également être soulevées pour tout ce qui a trait à la recherche, un autre volet de la mission universitaire. Cela devrait s'avérer possible dans un texte subséquent.

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Commentaires (4)

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  • @jean_yves
    Je suis très content que vous ayez mis cet hyperlien ici.
    Il y a quelque temps, j'avais écris un commentaire semblable à ce que ce professeur a écrit dans Le Devoir. Il est intéressant de consulter les échelles salariales des profs d'université, dont les conventions collectives sont disponibles en ligne.
    Effectivement, ces informations n'intéressent pas du tout les associations d'étudiants, qui sont soutenues par les profs et leurs syndicats...
    Qui dans notre société aujourd'hui gagne 100K$, 110K$, 120$K ? Une partie infime de la population... Et si l'on veut se mettre à comparer les conditions de travail avec d'autres métiers diablement plus exigeants, on peut s'amuser longuement.
    Ces gens devraient commencer par envisager de laisser aller une petite partie de leur échelle salariale en or afin qu'elle soit redistribuée à leurs étudiants.
    On pourrait alors parler de solidarité et d'action politique concrète, ayant un véritable effet, plutôt que de passer son temps dans la rue pendant des mois, puis de réclamer des heures supplémentaires pour rattraper le temps perdu. Quoi de mieux que de prêcher par l'exemple?

  • @ nike, l’étude du Cirano ne compare que les frais de scolarité, et pas du tout des dépenses.
    Tout de même curieux de traiter un tel sujet sans aborder les dépenses !
    En 2004 le Québec était au troisième rang de l’état qui consacre la plus grand part de son PIB a ses universités après la l’Islande (320,000 habitants…) et les É-U.
    Il consacrait une part de son PIB 35% plus élevé que la moyenne ajustée des pays de l’OCDE
    Ce qui se traduisait par des dépenses par étudiants en parité au pouvoir d’achat de 15,838$ en moyenne de l’OCDE ajustée contre 26,136$ ici…
    http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/publications/publications/SICA/DRSI/bulletin_35.pdf
    Évidement le cœur des dépenses dans une université ce sont les salaires…, et pas juste ceux des recteurs !
    Ici vous avez une opinion d’un prof d’université parue dans le Devoir sur le sujet des constantes lamentations du sous-financement des universités. Il y donne des inforamtions qui ne semblent pas intéresser les asso d'étudiants...
    http://www.ledevoir.com/non-classe/179251/combien-gagne-un-professeur-d-universite

  • Faux calcul, se chiffre représente le montant investit par l'état...
    l'autre coté de la médaille :
    http://www.ledevoir.com/societe/education/349893/un-sous-financement-bien-reel
    un étude du cirano :
    http://www.cirano.qc.ca/pdf/publication/2007RB-01.pdf
    Le sous-financement existe et est documenter. Toute tentative de dire le contraire est de la désinformatio, même les étudiants le reconnaissait, avant qu'on leur tende la facture...

  • Je ne crois pas me tromper en prétendant que la grosse majorité des québécois pensent la même chose à ce sujet.
    Malheureusement puisque les étudiants se sont insurgés face à cette mesure budgétaire et que le gouvernement à décidé de polariser le débat, il n y avait donc plus lieu d adopter une position médiane et c était donc pour ou contre.
    À la base je suis convaincu qu\'il est irréaliste que les frais scolaires soient gelés ou abolis. Toutefois dans l état actuel des structures en place , cette injection de fonds ne fera qu abreuver une pompe à argent insatiable.
    Vos idées et observations sont justes et à propos mais on a pas voulu regarder en profondeur ces aspects alors qu il eut été nécéssaire de le faire avant de décider d\'augmenter les frais de scolarité.

    Ce sont bien plus des états généraux sur le monde de l éducation et des mécanismes de surveillance qui parviendront à endiguer un conflit qui risque de saigner et de diviser la population québécoise pendant longtemps.
    Il ne faut pas négliger un aspect si important d une société. Ce n est pas qu un bête poste budgétaire. Les enjeux sont tout autres.

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