Image d'un ordinateur portable

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Icone tooltip

Réinvestir nos universités

Blandine Parchemal
 

Blandine Parchemal

Étudiante au doctorat en philosophie de l'UdeM

Le mouvement de grève étudiante a lancé une réflexion sur la question de nos universités. Il s'agit ici de voir les contours de cette réflexion et la voie qu'elle pourrait prendre pour aboutir à un réel changement.

En dénonçant à de maintes reprises la marchandisation de l'éducation, le mouvement étudiant a su dépasser la question financière pour se porter vers des questions de fond : il a su montrer que la hausse annoncée des frais de scolarité n'était que la résultante d'une certaine conception de l'éducation, à savoir une conception de celle-ci comme bien de consommation où le principe de l'utilisateur-payeur est roi. La hausse des frais est ainsi dite juste, car je me dois de payer ma juste part pour le service qu'on me rend. Se fondant sur ce paradigme libéral, les universités sont alors gérées comme des entreprises privées. Ce n'est plus le savoir qu'il s'agit de promouvoir, mais les filières dites rentables et à forte portée professionnelle. L'université devient le bras droit des entreprises et entre dans le modèle de la compétitivité.

Face à cela, les étudiants en grève ont réaffirmé que les universités ne devaient pas être ces entreprises privées qu'elles tendent à devenir, mais bien au contraire des biens publics auxquels chacun peut prétendre accéder, et ce, sans qu'aucun critère de rentabilité économique ne franchisse les murs de cette institution.

Néanmoins, ce travail de contestation restera lettre morte si les étudiants eux-mêmes ne changent pas leur rapport à l'université, s'ils n'investissent pas celle-ci de manière significative et s'ils continuent à la laisser leur échapper. Et de fait, nous avons nous-mêmes tendance à nous représenter l'université comme un lieu de consommation. Nous-mêmes, nous avons tendance à consommer nos cours et à ne pas donner à l'université un statut plus élevé. Nous-mêmes, nous avons tendance à ne pas voir l'université comme ce lieu de partage collectif du savoir et d'échange de réflexions. Nous-mêmes nous avons tendance à la réduire à une satisfaction individuelle au lieu de voir en elle la réalisation d'un objectif collectif, à savoir l'amélioration de nos sociétés.

Ce mouvement a eu le grand mérite d'être à l'initiative d'un questionnement sur le chemin qu'empruntent nos universités. J'espère cependant qu'il ira plus loin et qu'il permettra une véritable reprise en main de ces dernières par les étudiants. Réinvestissons nos locaux, nos associations étudiantes et nos Assemblées générales. Créons des groupes de discussions, de recherches et de lectures. Et surtout, n'hésitons pas à revendiquer davantage. Si les administrations de nos universités nous ont autant méprisées durant le mouvement, c'est en partie parce que nous n'avons pas assez affirmé notre présence.

C'est en effet à nous de réaffirmer ce que doit être l'université et les valeurs qui doivent la soutenir : universalité, collégialité, autonomie du savoir, réflexion critique, recherche désintéressée, etc. L'université ne deviendra réellement autonome que si les étudiants et les professeurs l'occupent et s'en préoccupent. L'université ne doit pas seulement être un lieu de passage comme pourrait l'être n'importe quel lieu de consommation, elle doit être un lieu de vie fondé sur l'échange des connaissances, la réflexion critique et l'émulation intellectuelle sans qu'aucune mesure économique n'intervienne.

Nous ne devrions pas avoir l'obligation de choisir une filière en fonction de sa future rentabilité économique: le choix devrait être fait selon nos aspirations d'être humain. Et pour que ce choix libre puisse trouver son effectivité, seule la gratuité scolaire est de mise. Nous devrions tous avoir accès à un savoir désintéressé et réflexif. Notre société en gagnerait profondément. Mais ceux qui nous gouvernent souhaitent-ils réellement avoir affaire à un peuple plus réflexif et critique?

Partager
Image d'un ordinateur portable

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Icone tooltip


Commentaires (5)

Commenter cet article »

  • Posez la question aux étudiants à l'université:
    Êtes vous à la recherche d'une manière de bien vivre votre vie ou êtes-vous à la recherche d'un absolu désintéressé et réflexif?
    On vous répondra à 85%: C'est ce qui assurera mon avenir et celui de ma future famille.
    L'université désincarnée du milieu social et économique est une aberration pour la très grande majorité des étudiants universitaires.
    Pour ceux qui sont à la recherche d'une éducation désintéressée, payer un peu plus, à hauteur de 15% de la facture est selon moi en adéquation avec le contrat social en place au Québec depuis les années 60, c'est à dire que l'éducation gratuite, ça se fait jusqu'au cegep. Pour l'Université, on demande une contribuion minimale.
    Pour moi, 15% de la facture est une contribution acceptable, qui ne remet pas en cause les aspirations des étudiants. De plus, avec les aménagements aux prêts et bourses, l'accès à l'éducation n'est pas menacé.
    À 85% des coûts collectivisés, l'université est encore un service public qui est peu cher payé pour les avantages qu'elle propose à ses diplômés.
    Vous faites une lecture partiale de la situation. Je connais beaucoup de chercheurs qui font de la science 'utile', non pas pour la marchander mais pour améliorer notre société, notre santé etc. Ils ont tout à fait leur place dans le système et il est réducteur de penser que le travail de ces personnes est moins valable que ce que vous percevez comme étant l'idéal de la recherche universitaire.
    Je trouve dommage de voir que beaucoup d'étudiants en sciences sociales (je suis un diplômé de science po...) font une véritable caricature du système de financement de la recherche dans des universités. Il est de bon ton de croire que la recherche est privatisée et mise à disposition du privé.
    je travaille dans une université et 80% du financement de recherche provient de sources gouvernementales, donc, généralement de la recherche faite au bénéfice de la société et non de commanditaires particuliers.
    Il me semble qu'on est encore très loin de la situation que vous décrivez. L'Université est et continue à être un bien public. Votre position en est une d'aveuglement et de caricaturisation.

  • Très mauvaise lecture de la situation.
    Il n’est pas du tout question ici «d’utilisateurs payeurs» mais bien plutôt d’utilisateurs contributeurs. Et pour une petite portion de contribution, de l’ordre de 15% du coût.
    La marchandisation du savoir n’a pas attendu la hausse des frais de fréquentation universitaire pour s’y ancré les deux pieds… Tous ceux qui y enseignent entendent bien à se faire payé chèrement pour exposer leurs connaissances.
    Et ceux qui y étudient aussi s’apprêtent à un généreux retour monétaire sur la future vente de leurs connaissances.
    Et toutes ces demandes de gros salaires sont accompagnées de l’argument on ne peut plus libre marché commerciale de «ailleurs je peux en avoir un plus gros»
    Avec le résultat que l’on a un coût de service d’étude poste-secondaire parmi les chers au monde. Que l’on a une des plus grandes portions de notre richesse qui y est consacrée.
    C’est beau de parler de recherche désintéressée, mais ça sonne creux si celui qui la fait réclame un revenu salarial qui saute allègrement les 100,000$ croisé avec la disposition de beaucoup de temps libre!
    Soyez conséquent, si vous voulez que l’université soit «un lieu de vie fondé sur l'échange des connaissances, la réflexion critique et l'émulation intellectuelle sans qu'aucune mesure économique n'intervienne» transformez les universités en grand centres de bénévolat !

  • Article intéressant parce que pour une fois on parle de la responsabilité de l'étudiant et d'une façon plus concrète la manière de s'impliquer dans la vie universitaire. C'est sur le terrain que ça se joue, et non dans la rue.

  • Moi j'embarque pour abolir l'idée de l'utilisateur-payeur, mais pas question de se limiter à l'université. Donc, seront aussi abolis les impôts fonciers, taxes scolaires, la taxe de bienvenu, les immatriculations, les parcomètres et la taxe sur l'essence. La ville est à tous, pas question de marchandiser une place de stationnement.

  • C'est une belle idée en théorie mais qui ne passe pas le test de la réalité. Un service gratuit sera gaspillé même parmi les québécois tellement mieux que le restant de la planète (en passant, nous sommes les champiuons du gaspillage de l'électricité: y aurait-il un lien avec le fait qu'on ne paie pas sa vraie valeur). Ce gaspillage de fonds ne se passe pas en vase clos: le budget alloué aux universités n'est pas donné à des chercheurs ou des médecins qui sauvent des vies, n'est pas utilisé pour stimuler l'emploi qui en retour donne des entrées fiscales qui financent tous nos programmes, n'est pas donné à des familles démunies qui peinent à rencontrer les 2 bouts, etc. Le gouvernement a la responsabilité de dépenser les fonds publics en allouant les ressources de façon équitable. Fournir l'université gratuitement coinsisterait en un gaspillage de ressources (l'étudiant étant bien moins conscientisé de l'utilisation des ressources qu'il consomme) innacceptable au détriment de d'autres services qui ont autant besoin des fonds. Pourquoi les étudiants veulent une école gratuite (avec le support des profs) mais qu'aucun prof n'est prêt à faire du bénévolat pour faire sa part dans ce magnifique système?
    Petite note politique: le PQ s'est dit contre la hausse des droits de scolarité, contre une hausse du tarif des garderies, contre le développement des gaz de schistes, contre la révision de la tarification de HQ. Avec une opposition aussi irréaliste, ça encourage la pensée magique mais ça mène aux problèmes de l'Europe actuelle (récession, chômage aux environs de 25% chez les jeunes, pensions publiques coupées, coupes drastiques dans les services), c'est drôle que plus personne ne les cite en exemple... tout abus des fonds publics sera jugé par vos enfants. Vous criez contre vos parents mais ne réalisez pas que vos enfants vous réservent le même sort.

Commenter cet article

Vous désirez commenter cet article? Ouvrez une session | Inscrivez-vous

 

Veuillez noter que les commentaires sont modérés et que leur publication est à la discrétion de l'équipe de Cyberpresse. Pour plus d'information, consultez notre nétiquette. Si vous constatez de l'abus, signalez-le.

publicité

publicité

la liste:9856:liste;la boite:1830524:box; Le tpl:300_op-articles-photos.tpl:file;

LE CERCLE LA PRESSE >

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Un groupe de commentateurs citoyens qui profitent d'une vitrine exceptionnelle sur l'accueil du site web. Les membres sont sélectionnés par la salle de rédaction pour la pertinence de leur propos, leur expertise, le style et la qualité de leur écriture.

Participez

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

image title
Fermer