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Il n'y a que la souveraineté

Antoine-Sylvain Côté
 

Antoine-Sylvain Côté

Enseignant de français et ex-journaliste

J'écris une suite par souci d'avoir une suite de laquelle jaillissent des feux d'artifice. J'éviterai les mots crus, les mots indignes de la langue de bois, promis. J'ajoute une glose à mon premier texte, d'autant que vous vous êtes égarés dans vos discours habituels sans soumettre à l'analyse le blanc entre mes phrases.

J'ai raconté, convaincu, j'avais les dents serrées, le visage fermé, que la souveraineté n'avait pas d'attrait si elle était expliquée par un biais économique. L'économie, les marchés, si tributaires de l'interprétation qu'en font les sociétés, ne demeurent pas moins d'acceptation universelle. L'économie est là; elle se nourrit de ce qu'on lui offre, elle s'amuse de variations et de remous, mais elle n'a pas d'âme. Elle bouffe notre labeur, le transforme en des performances tantôt splendides, tantôt décevantes, et les nations ont plutôt un lien, par leurs moeurs et leurs visées, avec ses précipices déconfits et ses gratte-ciel érectiles (dans le sens de droits).

Notre souveraineté est de mouvance identitaire; elles ne creusent pas ses racines dans ce que le concret quotidien nous souffle au visage, dans nos ratées et nos échecs collectifs, mais bien dans ce que l'histoire a gravé dans notre code génétique, à travers l'espérance de «s'appartenir», d'accepter ces souffrances du temps et de l'histoire qui se sont transformées en peur, en déni, en rejet de nous, en guerres intestines, souvent aussi. Elle s'est blottie en nous lors que le ciel s'est couvert de rouge, et elle est restée latente. Nous changerons avec elle, nous porterons les séquelles de cette attente interminable dignement. Il n'y a que la souveraineté. Je la sens en moi; elle n'est point un discours, elle n'est pas non plus des résultats financiers, des routes bien pavées, des taux de diplomation; elle s'est imprégnée dans les entrailles de mes ancêtres, dans les miennes et les vôtres aussi, elle a produit des rivières de larmes à l'intérieur de moi, et de vous, parce que nous l'avons rendue muette.

Il n'y a que la souveraineté, celle qui est harmonieuse, respectueuse, qui aime les autres pour leurs beautés, portée par les millions de coeurs fiers qui la feront respirer. Il n'y a que la souveraineté, et elle n'a pas d'intérêt pour l'économie, elle ne veut que fracasser l'utopie dans laquelle le Québec s'est enfermé par crainte de ne pas être à la hauteur, parce que le Québec n'a jamais cessé de douter de lui, parce qu'il a l'impression qu'il tombera dans le vide, qu'il se détachera du continent, que ses terres glisseront et s'engloutiront dans la mer, que ses penseurs seront lobotomisés, que ses citoyens mourront d'insolation, que d'autres seront écrasés par la feuille d'érable. Il n'en est rien. Ce sera le statu quo à l'exception de quelques facettes primordiales de notre vie. Nous nous délesterons du poids de l'histoire. La souveraineté est un mouvement de maturation et une victoire sur ce passé qui nous a enchaînés à de vieilles habitudes, à de vieilles croyances, à la dépendance. D'ailleurs, le Canada n'existe pas. Il est un accord, une signature sur un parchemin. Renégocions cet accord, selon des modalités qui ne bafouillent plus notre unicité. Définissons ce partenariat autrement, de manière égalitaire. La douceur enveloppera les soleils de demain.

«L'indépendance n'est pas une façon de régler nos problèmes, c'est une façon d'exister.»(jeanturg)

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Commentaires (14)

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  • Pour claudius58, je ne suis pas gauche. Alors, je trouve que le gouvernement Harper fait de l'excellent travail, même si je ne voterai jamais pour ce gouvernement. J'aime les gouvernements qui font ce qu'ils disent. Harper a un plan, il le met en action et se fout de ce que les autres en pensent. Je crois en l'action.
    Pour Ollie, j'aurai des statistiques pour vous en ce qui a trait au fait français en Amérique du Nord, précisément au Québec. Par ailleurs, le rapport de force entre le Québec et le Canada, entre la mer d'Anglophones et le petit îlot de Francophones, n'est pas tout à fait égalitaire.

  • Ollie n'a aucunement démontré que le Québec n'était pas inféodé au Canada.
    Ceux qui disent qu'il n'y a aucun problème que la moitié de nos taxes et impôts soient gérés par un gouvernement qui doit défendre les intérêts de la fédération, d'abord et avant tout, parfois, souvent au détriment du Québec, se trompent ou nous mentent.
    Je ne vois que la souveraineté pour nous sortir de cette quadrature du cercle!

  • M. Ollie, vous exprimez très bien ma pensée et je n'ai rien à y ajouter. Vous rejoignez en tous points ce que je crois.

  • "Nous sommes inféodés aux intérêts du Canada, vous ne pouvez pas nier cela."
    Si, je peux très facilement le nier. "Inféodé", quel joli mot encore, mais retravaillez le sens; le "Canada" n'est pas un cruel baron qui se sert de moi comme d'un serf corvéable à merci. J'y ai exactement lesmêmes droits que tous les autres citoyens, de Halifax à Victoria. Les mêmes obligations aussi. Ce qui ne veut pas dire que j'ai toujours tout ce que je veux, pas plus que les Terre-Neuviens ou les Manitobains. Je ne suis pas inféodé au Canad, j'y suis fédéré; j'accepte que des compromis soient nécessaires pour le plus grand bien d'une collectivitéélargie, rendue plus forte et plus adaptable de par sa diversité incroyable.
    "Pourquoi ne pas discuter d'égal à égal, en amis, en partenaires?" En effet, je vous retourne la question. En quoi le Québec est-il moins "égal" que ses "partenaires", les autres provinces de la confédération? En quoi et comment, d'après vous, est-ce que la séparation augmenterait "l'amitié" de ces partenaires envers le Québec, dites-moi donc?
    Quand à la peur, c'est bien davantage dans votre vision des choses que je la vois que dans la mienne. "Il faut nous séparer ou alors nous allons disparaître!" Même si, tel qu'indiqué, cela serait tout à fait contraire à ce que les siècles précédents nous ont montré... Non, moi je n'ai absolument pas peur de disparaître en tant que Québécois au sein du Canada.

  • Question pour vous M. Côté,
    Si le NPD avait été élu au fédéral lors des dernières élections, avec ses valeurs et son idéologie plus à gauche, plus interventionniste, plus de programmes sociaux, très près des Syndicats, tout comme le PQ, est-ce que votre besoin identitaire et souvaineriste serait aussi fort?
    Au palisir de lire votre réponse.
    Claude Poirier
    Quebec

  • Peut-être qu'en écrivant de façon intelligible, le deuxième jet n'aurait pas été nécessaire.
    Écrire pour être compris est la première règle de la communication.

  • Moi-même souverainiste, je suis tout à fait en désaccord avec vous M. Côté. Je pense au contraire qu'il faudra faire de l'économie le cheval de bataille lors du prochain référendum.
    Je pense que personne au Québec, qu'il soit souverainiste ou fédéraliste, serait prêt à admettre que des gens venant du reste du Canada sont le mieux placés pour savoir ce qui est mieux pour le Québec. Personne ne défendra plus ardemment les intérêts du Québec et sa culture que le gouvernement Québecois. Ceci, les Québecois le savent très bien et ce n'est pas ça qui les empêche de voter OUI au référendum.
    Grossièrement, il ne reste alors que deux raisons. L'appartenance au Canada, on ne peut rien y faire. Je respecte le choix de ces gens et je n'essaierai pas de les convaincre. Si on m'accorde le respect de me sentir Québecois et aucunement Canadien, je respecterai leur choix de se sentir Canadien et/on Québecois, dans l'ordre qu'il le préfèrent.
    Pour ceux qui sont prêts à faire le saut, mais ne le font pas, il reste cependant un obstacle de taille, et c'est souvent la peur. Peur de quoi? Qu'on manque d'argent. Et c'est tout a fait raisonnable. On reçoit bel et bien des milliards d'Ottawa sous forme de péréquation par exemple? On a une grosse dette. Qu'arrivera t-il avec la monnaie? Et mon passeport?
    Ces questions sont tout à fait raisonnables et il est primordial d'expliquer aux gens en quoi certaines craintes sont fondées et certaines ne le sont pas. L'important, c'est que les gens comprennent qu'à la fin, le Québec est gagnant financièrement s'il se sépare du Canada. Plusieurs études abondent en ce sens.
    Si on convainc les gens que le Québec souverain sera rentable, alors la partie est gagnée. Car je pense que le coeur de la majorité des Québecois est déjà gagné. Il ne reste plus qu'à convaincre leur raison, à défaut d'avoir un terme plus exact.

  • Bien que je puisse apprécier de lire les vibrations de votre fibre québécoise ,je ne peux m\'empêcher d\'abonder dans le sens des autres commentaires et de vous souhaiter de retomber sur terre plutôt que de voguer sur des nuages que d\'autres habitent depuis 40 ans avec impuissance.
    Je n\'ai besoin de rien ni personne pour me rendre fier de ma langue,de ma culture et de ma mentalité. Je suis québécois souverain à ma facon dans une province ou sont regroupés tous les autres qui ont les mêmes origines et convictions que moi.
    Dans la vraie vie ,concretement,à tous les jours nous vivons au sein du Canada avec les avantages et inconvénients que cela apporte. C\'est ca de vivre en famille t\'en prends et t\'en laisse.
    Si nos dirigeants n\'en ont pas revendiqué plus au Canada c\'est parce que nous les avons élus. Si nos dirigeants n\'ont pas pris soin de faire respecter et rayonner notre culture et notre langue de facon non équivoque c\'est parce que nous les avons élus.
    Si vous attendez que soit confirmé par un concept flou votre souveraineté alors vous faites partie du problême et pas de la solution. La génération de vos parents n\'a fait que cela depuis 40 ans en se perdant en tergiversations stériles et en concept vagues. Ceux qui auraient pu mener ce beau rêve à son aboutissement sont débarqués du train.
    Il importe plus que jamais de s\'affairer à rebatir le Québec . Je prendrai l\'exemple des infra-structures afin de mieux illustrer le rapprochement avec le rêve politique. On a tout sacrifié ce qui avait de primordial pour la santé de notre société pour un rêve,des nuages et bien qu\'il faisait bon s\'y trouver ,un moment donné on a constaté que le temps avait fait son oeuvre sur le reste.
    Et que dire de ceux qui se sont emparés du systeme à leurs propres fins pendant que nous....
    C\'est ca le Québec de 2012. On doit avancer,décider et prospérer alors cessons le rêve en couleurs ,laissons les fantômes dans leurs placards et laissons au temps le soin de faire réaliser aux québécois leurs aspirations les plus grandes.

  • La séparation, ce n'est qu'une question de gouvernance, pas une question d'identité. Mélanger les deux, c'est faire preuve d'un manque de discernement. La gouvernance actuelle, avec sa séparation des pouvoirs entre diverses assemblées législatives, fait la preuve de son succès chaque jour.
    Il y a des esprits bien intentionnés mais chargés d'orgueil qui se livrent à l'exercice mal avisé d'attribuer tous les succès à l'un et tous les échecs à l'autre. C'est le mirage de la rétrospection.
    Ceux qui pensent que la séparation nous débarrassera de nos complexes, de nos tares, de nos limites font fausse route. Ces imperfections sont culturelles. Ces gens me font penser à des alcooliques sincères qui, un grand soir, promettent de ne plus jamais boire pour, au petit matin, reprendre le chemin de la taverne.
    - Robert Lemieux

  • Encore en total désaccord avec vous M. Côté.
    Ma fierté d'être Québécois n'est aucunement affectée par le fait que le Québec fait parti de la Fédération Canadienne. Je ne me sens aucunement menacé parce que ma langue maternelle est le français, ni dans mon identité, ni dans ma culture, et je ne vois aucun avantage à la souveraineté.
    Au contraire, le fait de représenter une nation majoritairement francophone et culturellement plus latin au sein même du Canada, procure une certaine protection culturelle et linguistique, aux autres francophones du Canada vivant hors Québec, tant au Nouveau Brunswick, au Manitoba, et de plus en plus en Alberta et Colombie Britannique.
    Je crois au contraire, que le rayonnement de notre culture et de notre différence au niveau planétaire est accru par le fait que nous sommes aussi Canadien. Je voyage fréquement aux USA et ailleurs dans le monde, principalement pour mon travail, et le Canada est toujours perçu comme l'un des meilleurs et des plus beaux pays ou il fait bon vivre.
    Je ne me sens pas inféodé au Canada, mais d'égal à égal avec les autres Provinces et Territoires Canadiens, dont la population est invitée au quatre ans à élire démocratiquement un gouvernement fédéral qui les représentera au niveau mondial, et administera les programmes, et établira les normes générales les affectant tous, en plus de répartir la richesse de manière équitable entre les plus riches et plus pauvres d'entre elles (eux).
    Ce que je percois dans votre texte, est plutôt une rancoeur profonde contre les politiques du gouvernement canadien actuel, car vous n'êtes pas en accord avec leurs choix. C'est votre droit, mais je connais aussi, plusieurs Québécois, qui sont eux en accord avec les Conservatuers et leurs politiques.
    Je souhaite seulement, qu'en tant qu'enseignant, vous laisserez vos étudiants faire leur propre choix, en exposant les deux cotés de la médaille, et non pas strictement vos convictions.
    Claude Poirier
    Quebec

  • Je suis tout à fait d'accord avec les propos de Ollie. D'autre part, je ne suis pas du tout prête à endurer les années de vaches maigres que nous propose le Parti Québécois et la souveraineté.

  • Non mais quel délire... Si vous souffrez d'un mal de vivre, d'une haine profonde du "rouge", à vous en faire verser des rivières de larmes intérieures, il faut vous faire soigner. Ne m'incluez pas, ni le reste des québécois, dans votre délire.
    Vous dites que c'est de l'amour, je crois plutôt que c'est de la haine malsaine. Pourquoi donc vous sentez-vous opprimé de la sorte?

  • Ollie, cela ne nous enlève pas notre place en Amérique, c'est ce que je vous dis. Cela nous donne plus de latitude pour être, tout simplement. Nous sommes inféodés aux intérêts du Canada, vous ne pouvez pas nier cela. Pourquoi ne pas discuter d'égal à égal, en amis, en partenaires? Pour moi, c'est ça la souveraineté. Ce n'est pas une motion de fermeture, bien au contraire, c'est un mouvement d'ouverture sur soi et sur les autres, par le plein contrôle de sa destinée. Et c'est aussi pour en finir avec cette peur, de ce sentiment d'infériorité.

  • "Ce que l'histoire a gravé dans notre code génétique": rien, si on vous prend au sens littéral. Croire que notre langue maternelle est encodée dans chacune de nos cellules par une quelconque recombinaison de guanine, cytosine, thymine et adénine -- la "langue" biochimique de la vie sur Terre -- est évidemment erroné et ridicule sur le plan scientifique. Mais il s'agit là d'une allégorie, je crois, une de ces grandiloquentes envolées lyriques qui sont l'apanage des purs et durs lorsque les faits et la logique -- têtus -- persistent à se liguer contre leur rêve éveillé.
    Ce que l'histoire a gravé dans le marbre des faits vérifiables est que bientôt 400 ans après l'arrivée de mes premiers ancêtres français sur cette terre d'outre-atlantique, leurs descendants parlent toujours français, et y veillent même plus jalousement que les cousins de la mère-patrie. Que, même si à peine 100 ans après leur arrivée, un conquérant étranger a pris pour un temps le contrôle de notre politique, et parfois même tenté de nous assimiler, rien n'y fit. Que notre langue n'a pas attendu 200 ans pour voir naître un mouvement sécessioniste, sauveur autoproclamé et tardif de notre héritage, pour continuer d'exister et de vivre, nonobstant la mythologie qui semble vous aveugler.
    Il n'y aurait que la souveraineté pour que nous puissions continuer à être ce que nous avons toujours été? Pardon Monsieur, regardez derrière vous: la réalité indéniable des 400 dernières années vous prouve que vous avez tort. Sans la souveraineté, le peuple français de la vallée laurentienne n'a cessé de croître en nombre, en prospérité, et en valeur, et cela, non pas grâce à une quelconque souveraineté, miraculeuse panacée à tous nos maux, mais bien en trouvant et en prenant sa place au sein d'une Amérique et d'un monde qui -- qu'on le veuille ou non, seront toujours beaucoup plus grands que notre propre cour.

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