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Par action ou par omission

Jean-François Boisvert
 

Jean-François Boisvert

Auteur et porte-parole de la Coalition Objectif 22

Pour les chrétiens, on peut pécher en pensée, en parole, par action ou par omission. Je ne me lancerai pas ici dans un débat religieux, pour plutôt poser la question au niveau de la société civile : est-ce une faute de ne pas dire toute la vérité?

L'Association canadienne des producteurs pétroliers (ACPP) diffuse depuis quelque temps des messages vantant les bienfaits de l'industrie des sables bitumineux. Comme ces entreprises n'ont rien à vendre directement aux téléspectateurs, on peut conclure que, ayant été fort malmenées au cours des dernières années par les environnementalistes, elles essaient par cette campagne de redorer leur image.

L'exploitation des gisements de sables bitumineux profite à de nombreuses entreprises fournissant des biens et services nécessaires à cette activité, qui contribue de façon importante à la prospérité actuelle du Canada.

Évidemment, l'Alberta demeure la première à en bénéficier ; les autres provinces reçoivent toutefois leur part, dans différentes mesures, ne serait-ce que par le biais de la péréquation.

Le message vante l'impact positif des sables bitumineux sur notre économie nationale, et en cela, on ne trouve rien de mensonger. Il ne présente cependant qu'une partie de la réalité et, pour bien juger de la valeur globale de celle-ci, il faut en considérer plus d'un aspect.

Brièvement, donc, soulignons que pour produire un baril de pétrole à partir des sables bitumineux, il faut :

Déplacer 2 000 kg de mort-terrain et autant de sables bitumineux
Brûler 30 mètres cubes de gaz naturel
Utiliser de deux à cinq barils d'eau
Le processus génère 190 kg de gaz à effet de serre; il requiert aussi 30 fois plus d'énergie que l'extraction du pétrole standard.

Si l'on considère la production actuelle quotidienne de 1,6 million de barils, cela signifie l'émission de 304 000 tonnes métriques de gaz à effet de serre et l'utilisation d'environ 900 millions de litres d'eau, soit l'équivalent du contenu de 360 piscines de dimensions olympiques.

Chaque jour!

Ces gaz à effet de serre ont compté l'an passé pour 7 % des émissions canadiennes totales. Quant aux eaux résiduelles, elles sont extrêmement polluées, contenant plus de 250 ingrédients toxiques, tels acide naphténique, hydrocarbures aromatiques polycycliques, composés phénoliques, ammoniaque, méthane, xylène, benzène, mercure, arsenic...

Il n'existe actuellement pas de technologie permettant de les traiter, alors on les stocke dans d'immenses bassins de rétention (en espérant trouver un jour une méthode de les dépolluer, et en espérant, surtout, que ne survienne pas de fuite d'ici là !).

En 2010, ces bassins couvraient une superficie totale de 170 km² carrés (en guise de comparaison, le lac Memphrémagog fait 102 km²).

On prévoit qu'en 2025, la production devrait plus que doubler, passant à 3,5 millions de barils par jour. Les réserves totales sont estimées à 172 milliards de barils.

«Les sables bitumineux contribuent à une économie plus forte pour tout le pays. C'est une énergie qui profite à tous les Canadiens», conclut l'ACPP.

Vrai, si l'on se limite à la seule dimension économique. Mais le portrait devient beaucoup moins reluisant dès que l'on tient compte des impacts environnementaux actuels et futurs de cette exploitation.

Et, malheureusement, nous entrons dans une ère où nous ne pourrons plus ignorer ceux-ci.

Pour en savoir plus :

Les messages de l'ACPP

Problématique environnementale de l'exploitation des sables bitumineux en Alberta

Rapport de l'Institut Pembina sur les risques des sables bitumineux

Environnement Canada : Mise en oeuvre d'un réseau de surveillance de l'Environnement pour les sables bitumineux

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Commentaires (7)

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  • La réalité, c’est aussi que l’économie doit être au service de la société, et non l’inverse. Un environnement sain est essentiel pour le bien-être de l’humain. La croissance qu’on connaît depuis près d’un siècle est avant tout basée sur la production de biens de luxe. Mettre en danger la production de « bébelles », c’est mettre en danger la sacro-sainte règle de la croissance continue (un des plus puissants dogmes de notre époque). J’ai personnellement assez confiance en l’humanité pour croire qu’on sera capable de vivre aussi bien et d’être aussi heureux tout en protégeant notre environnement. Vous savez, plusieurs personnes étaient convaincues que l’abolition de l’esclavage allait faire plonger l’occident dans la pauvreté. C’était un raisonnement logique, mais faux.
    Suis-je hérétique ?
    PS. Vous trouvez vraiment que de connaitre le nom d’un inconnu sur un blog donne du sérieux à ses propos ? Moi non.

  • A titre d'information, que fait la Coalition Objectif 22? Curieuse de savoir.

  • @ petit-jean
    Vous êtes dans un piège manichéen cher ami.
    Toutes les conséquences doivent être prises en considération. Je ne fais pas de catastrophisme économique, je prends en considération la réalité.
    En situation de décroissance économique, la population souffre et l'environnement ne s'améliore pas pour autant.
    Je dis simplement que l'économie est essentielle à l'amélioration des conditions de vie.
    Est-ce vraiment une aberration de penser ainsi?
    Le problème de l'écologie politique est que certains rêvent irrationnellement d'un effondrement de l'économie pour régler les problèmes de l'environnement.
    Faites-vous partie de ces rêveurs?
    PS Vous pouvez signer de votre vrai nom, ça fait plus sérieux.
    Au plaisir
    Michel Pruneau

  • michel.pruneau
    Au catastrophisme écologique, vous répondez par le catastrophisme économique. Beau dialogue de sourd.
    J’espère au moins qu’avant de prendre la peine de demander aux écolos de réfléchir aux conséquences économiques de leurs visions écologistes, vous avez bien réfléchis aux conséquences écologiques de votre vision économique.
    Et à la défense des verts, eux ne nient pas les impacts économiques de leur prise de position.

  • Cher Monsieur Boisvert
    Il me fera également plaisir de poursuivre l'échange avec vous. Je vous ferai parvenir un courriel à partir de votre site Internet (qui parle beaucoup de décroissance... :-)
    Je considère simplement qu'un imaginaire de fin du monde est (involontairement?) valorisé par l'écologie politique et que cet imaginaire est dommageable pour la pensée rationnelle te la santé démocratique.
    Il y a dans ce courant inspiré de science, un relan de religiosité qui favorise le dogmatisme et l'adhésion émotive, en rupture avec des action concrètes, comme les suggère Lomborg.
    Au plaisir de vous reparler.
    Michel Pruneau

  • Bonjour M. Pruneau
    Je vous ferai remarquer que je ne parle pas de décroissance dans ce texte, mais seulement du fait que nous ne pouvons plus ignorer l'impact environnemental de nos activités économiques. À défaut de quoi, nos sociétés pourraient devenir invivables avant la fin du présent siècle. Des « ajustements » devront alors inévitablement se produire (comme c'est toujours le cas dans la nature), ils risquent cependant alors d'être fort pénibles...
    Le temps ne manque pour poursuivre maintenant cette discussion mais c'est avec plaisir que je la reprendrai, car votre intervention est très pertinente.

  • Bonjour M. Boisvert
    Au-delà du fait que je reconnais la valeur de vos motivation pour améliorer l'environnement, je vous soumets respectueusement l'idée qu'à bien des égards vous vous trompez de cible.
    Dans mon plus récent texte à ce sujet, je propose un lien vers une courte présentation de Bjorn Lomborg qui a l'avantage d'être véritablement ancrée dans la réalité politique et économique. Connaissez-vous ses travaux?
    http://www.lapresse.ca/debats/le-cercle-la-presse/actualites/201206/20/48-564-crise-ideologique-la-part-de-la-panique-climatique.php
    Le catastrophisme écologique conduit manifestement à un culture de l'échec politique et économique qui culmine avec les théories de décroissance. Pourriez-vous nous présenter un exemple concret de pays à l'économie décroissante où les citoyens sont heureux?
    Au plaisir de poursuivre le débat avec vous.
    Michel Pruneau

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