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La maladie mentale et la justice

Christian Dufour
 

Christian Dufour

Avec la comparution de Luka Rocco Magnotta devant la justice ces jours-ci, la question de la capacité de subir son procès reviendra dans l'actualité de façon spectaculaire, environ un an après le verdict de Guy Turcotte. Encore une fois, on fera une publicité plus souvent négative que positive de la maladie mentale.

Commençons par un constat : il est juste d'offrir à une personne aux prises avec un trouble de santé mentale ou une maladie (la nuance est importante) de se défendre sous ce prétexte. Premièrement, on ne choisit pas de vivre avec ces difficultés, elles frappent la personne à un moment inattendu de sa vie. Je le sais, pour vivre personnellement avec une maladie mentale qui est apparue au début des années 2000. Puis, les symptômes sont souvent graves et intenses et conduisent à des comportements inhabituels.

Cela dit, on pense souvent que c'est un prétexte pour fuir ses responsabilités. Que ce soit au niveau de la justice ou dans d'autres domaines de la vie, si vous posez la question à une personne souffrante, elle vous dira qu'elle ne veut pas éviter ses responsabilités. En fait, elle veut les assumer, mais elle ne le peut pas, pour un court moment ou une longue période, selon la gravité de l'état, d'où l'importance de déterminer son état et sa capacité de s'en sortir.

Maintenant, cela dit, il y a des éléments liés à la couverture d'un procès qui augmente une perception d'injustice, entre autres depuis le procès Turcotte. Je ne referai pas le débat, mais mon point est ceci : malgré des gestes inqualifiables (les gestes et la qualité d'une personne sont deux choses, rappelons-nous-le), 11 personnes ont jugé son état au moment des faits, en fonction de leurs connaissances et des preuves! Au-delà du respect de la sentence, il faut reconnaître que les gestes posés demeureront toujours en tête de la personne. Je le sais pour l'avoir personnellement vécu à un niveau moindre. À cet égard, nous devons éviter de prêter des intentions à la personne malade.

En fait, c'est le manque de connaissances et les émotions qui guident notre prise de position, dans bien des dossiers, et ce indépendamment de la justice ou du domaine de la santé mentale. Et je souhaite que, au cours des prochaines semaines et mois, dans le cadre du procès de Magnotta, on puisse distinguer l'état mental de la qualité des comportements reprochés. De plus, ne tombons pas dans la facilité de dire : tout le monde est pareil, les personnes qui évoquent cette défense sont des personnes malhonnêtes et des criminels en puissance, et c'est la même chose pour ceux et celles aux prises avec des troubles mentaux.

Enfin, je souhaiterais que les médias puissent apporter toutes les nuances nécessaires lors d'un tel procès, qui sera énormément couvert et dont les retombées seront importantes. De compétents experts se prononceront sur le déroulement du procès, mais n'oublions pas, si on parle juste de maladie mentale, que ces personnes (dont fait PEUT-ÊTRE partie Magnotta) ne commettent que 3 % de tous les gestes de violence.

En tant que personne qui vit avec une maladie mentale, je trouve injuste de subir les préjugés liés à mon état. C'est pourquoi je vous remercie à l'avance de vous informer sur les maladies mentales et sur le processus de rétablissement qui en découle.

L'auteur a étudié en sociologie pendant deux ans et possède un DEC en Techniques de recherche enquête et sondage. Il anime des soirées de discussion sur l'actualité dans un organisme communautaire.

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Commentaires (7)

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  • @ noirod
    Je suis entièrement d'accord avec vous... même si mes messages peuvent sembler démontrer le contraire.
    En fait, je me demande jusqu'où la médication prise par des personnes atteintes de maladie mentale peut "s'emparer" de leur cerveau. Je ne vais que citer le cas d'une amie proche.
    Une femme sympathique, respectueuse et tout... mais dépressive. Son médecin lui a prescrit du Paxil. Au bout de 10 jours, elle engueulait très agressivement toute personne dès qu'un pépin se présentait. Elle a engueulé 2 policiers mal stationnés au coin d'une rue; elle a engueulé vertement la préposée d'une bibliothèque municipale pour une broutille, etc.. Les policiers comme la dame de la bibliothèque étaient figés d'incompréhension.
    Cette amie m'a confié qu'elle s'entendait crier sa colère, qu'elle savait que ce n'était pas bien mais qu'une force "extérieure à elle" l'obligeait malgré elle à continuer.
    Cette "force extérieure" elle a conclu que c'était son antidépresseur Paxil qui lui enlevait tout filtre, toute inhibition et qui la faisait foncer dans le tas, sans mesure, dès qu'une contrariété se présentait. Elle a jeté ses Paxil aux poubelles et sa rage est partie avec. «Je préfère être dépressive qu'enragée.»
    Imaginons que les mêmes Paxil soit pris par un individu déjà agressif, à pic ou pas trop gentil par nature...
    Google: les médicaments qui tuent

  • Ce qui est triste c\'est que la société avec un grand S préfere ignorer la maladie mentale au quotidien mais y a recours en situations extremes.
    Pour se protéger de l\'ignoble maladie on y associera des qualificatifs péjoratifs comme débiles ou mongols mais on préferera alors ignorer ceux qui vivent tant bien que mal avec la maladie au quotidien et surtout on niera avec véhémence que certains de ces monstres vivent parmis notre entourage.
    C\'est grossi je sais mais pas loin de la vérité. Il est possible de se casser une jambe mais de se blesser à l âme ? Ben voyons donc ! Fais pas ta moumoune ! (sarcasme).
    En ce qui concerne les actes tragiques dont il est question actuellement, j\'ai tout de même de la misere à déresponsabiliser les accusés . Le geste est posé et il est trop facile de plaider le handicap mental temporaire ou non ...
    Mais on vit dans une société no fault,ou imputabilité et responsabilité sont des notions floues à tous les niveaux de la dite société. On ne distingue plus victimes et accusés tellement qu\'en bout de ligne la médication va tout regler dans les deux cas.
    C\'est difficile de s\'exprimer clairement sans être jugé extremiste mais il y a des individus foncierement méchants et manipulateurs qui doivent être isolés de la société pour le bien de tous.

  • Antidépresseurs - homicides - suicides
    Ceux qui doutent que les antidépresseurs puissent mener à l'homicide ou au suicide, mettez ces mots écrits plus haut dans un moteur de recherche. Vous risquez d'être très étonnés.
    Quand on joint les deux informations sorties cette semaine: 1) Magnotta ne sera pas évalué par des psychiatres et 2) Magnotta doit avoir ses médicaments mais on ne veut pas rendre public le nom des médicaments, on a une idée vers quoi la défense s'oriente.
    Allez! Google... les médicaments qui tuent.

  • Vous conviendrez que les psychiatres n'aident pas la cause. On l'a bien vu dans le proces Turcotte. Pour le profane, c'est pas facile de s'y retrouver. L'un dit il y a trouble mental passager et l'autre, il n'y en a pas. Qui croire?

  • Il serait instructif que des spécialistes en pharmacologie parlent des effets secondaires des médicaments administrés aux personnes atteintes de maladies mentales. J'ai lu dans la littérature officielle d'une pharmacie (sur laquelle je suis tombé par hasard) au sujet d'un anti-dépresseur, Paxil. Ce médicament qui agit sur le cerveau a poussé au meurtre de nombreuses personnes aux USA et au Canada. Un peu comme si le cerveau "n'appartenait" plus au malade.
    Jusqu'à maintenant c'est un sujet tabou. Les compagnies pharmaceutiques cachent beaucoup de choses.

  • J'espère que vous ne confondez pas maladie mentale (dépression, bipolarité, schizophrénie etc) avec le fait de charcuter un être humain par vengeance ou par simple plaisir tordu?
    Parce que si oui, c'est une injure grave envers les vrais malades qui, soit dit en passant, ne se servent pas tous de cette excuse pour charcuter leurs enfants ou encore pour se rendre coupables d'actes innommables envers un autre être humain qu'on tue banalement, qu'on démembre et sur le cadavre duquel on pose les gestes les plus répugnants pour avoir une gratification sexuelle et pour jouer les vedettes sur des sites "gore".
    Il faut départager les vrais malades qui sont dignes de respect et de compréhension, de ces animaux à face humaine, parce qu'on s'entendra tous que, pour tuer un être humain, sauf si c'est notre "travail" (soldat ou tueur à gages) et de surcroit le faire avec une sauvagerie indescriptible, il ne faut pas être trop "fit-fit" du chapeau.
    Est-ce que c'est une excuse pour renvoyer ces créatures vivre dans la société comme si de rien n'était? Aucunement. Dès qu'il y a la moindre possibilité, si infime soit-elle, que ces gestes soient répétés, ces soit-disant malades devraient être mis au rancart de la société dont ils ont rejeté les conventions.
    Il n'y a que le premier pas qui compte n'est-ce pas? Quand on a déjà tué...
    Et... je me fiche de tous les logues de ce monde!

  • Ce qui est frustrant dans un cas d'acquittement comme le cas Turcotte, ce n'est pas le fait qu'il soit acquitté mais bien qu'après ce qui semble un bien court séjour en institution, il sera de retour dans la société, comme si rien ne s'était passé (ou presque). Il n'a pas volé un gâteau au supermarché. Il n'a pas détruit une vitrine dans un accès de colère. Il a tué deux être humains. Des enfants. Ses propres enfants. Comment pouvons nous alors remettre ce type d'individu en liberté sans craindre une récidive? Les manchettes titraient récemment que des médecins qui l'ont analysé ne savent pas exactement de quoi il souffre. Deux questions me viennent immédiatement à l'esprit: était-il réellement malade? Est-il prudent de relâcher une personne souffrant d'une maladie inconnue l'ayant déjà conduit à tuer?
    Je crois que c'est ça qui frustre les gens. Plus que l'incompréhension des maladies mentales.

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