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Une plateforme électorale en quatre mots?

Daniel Urbain
 

Daniel Urbain

Diplômé en littérature

En politique, il faut toujours se méfier des mots lorsque ceux-ci viennent remplacer une plateforme électorale. Il y a quelques jours, les médias ont mis en lumière la nouvelle stratégie du PLQ qu'il a lui-même formulé en ces termes : «Qui est le plus compétent et présente la meilleure équipe pour gérer l'économie dans une période de très grande incertitude économique. Jean Charest et l'équipe libérale avec le Plan Nord et la création d'emplois? (Ou) Pauline Marois et le PQ avec un référendum et la rue?»

Évidemment, ses opposants ont vite compris que ce plan électoral impliquait que le PQ soit toujours associé aux manifestations et au désordre, donc faire durer le conflit, mais on peut aller encore plus en profondeur en s'attardant au sens du discours :

1. Le PLQ n'a pas le désir de se réconcilier avec les étudiants et la partie de la population insatisfaite, sans quoi il serait maladroit de les envoyer dans le camp du PQ. Le message est clair. Plutôt que de jouer le jeu que tout politicien joue, de celui qui veut satisfaire tout le monde, il abandonne le conflit et somme «la rue» de s'associer au PQ, convaincu d'avoir assez d'appuis de la part des «carrés verts».

2. En associant Marois à «la rue» et en ne proposant pas d'alternative de son côté, Charest met le poids de l'ampleur du conflit actuel sur les épaules de ceux qui affirment soutenir les revendications étudiantes. Il ne dit pas «le gel», mais «la rue» comme si le PQ avait emmené les manifestants dans la rue.

Ce délit sémantique donne le ton à un gouvernement qui n'est plus dans la recherche de solution, mais apparaît comme une autorité colérique qui détourne le langage afin de rejeter sa responsabilité sur ce qui est en fait un sentiment partagé d'insatisfaction entre les partis d'opposition et les manifestants. On retrouve la même manipulation avec l'association carré rouge-violence qui parvient, de plus en plus efficacement, à en détourner le sens (le refus d'une hausse drastique) pour transformer le premier ministre en redresseur de torts.

Mais qu'est-ce que «la rue»? Pourquoi pas «les manifestants dans la rue»? La rue, n'est-ce pas après tout beaucoup plus abstrait que des citoyens outrés, des projets de société divergents? N'est-ce pas un lieu d'itinérance qui n'appartient à personne? Ce n'est plus les manifestants. C'est un lieu déshumanisé représentant la délinquance, le «dehors» sans règle, sans espace institutionnel : l'anarchie. Cette réduction de la «manifestation» à la «rue» est le contraire de l'ouverture aux manifestations comme expression démocratique.

Mais tout cela fait presque oublier ces mots désincarnés que Charest associe à son parti, sa plateforme électorale : Économie et emploi. Personne n'en parle. Pas même lui en dehors du Plan Nord. Ce dont on ne parle pas, c'est des études de Statistiques Canada qui viennent de révéler que le Québec vient de descendre au 7e rang canadien du revenu médian des familles après impôts, situation à laquelle a contribué une hausse des impôts en 2009. On ne parle pas de cette augmentation annuelle de 1,5% du revenu depuis 9 ans, inférieure à l'augmentation du coût de la vie, auquel s'ajoutent les nombreuses coupures et le glissement vers la doctrine de l'utilisateur-payeur, concept auquel la population a de moins en moins les moyens d'adhérer.

Tout cela parce que le gouvernement mise sur des mots qu'il définit lui-même. Méfiez-vous des mots. Pour citer Charles Nodier :

«Quand la politique est devenue une science des mots, tout est perdu.»

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Commentaires (3)

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  • Quand j'utilise le terme "anarchie" c'est pour décortiquer le sous-entendu qu'en fait le gouvernement. Si vous trouvez que je sur-interprète, j'admet avoir laissé de côté plusieurs aspects qui m'ont poussé vers cette conclusion. Il aurait fallu pour cela aller voir les autres propos du Premier ministre sur le sujet pour se rendre compte que, lorsqu'il parle de groupes extrémistes (ce qu'il a fait au moins une fois) et lorsqu'il parle de désordre public, c'est ce qu'il sous-entend.
    Quant à la littérature, si elle peut contribuer à décortiquer le langage et les discours pour mettre le doigt sur certaines attitudes, elle n'est peut-être pas aussi pertinente que le droit, la politique et l'économie dans ce conflit, mais elle peut contribuer aux débats.
    PS: Je suis d'accord pour dire que cet usage des mots n'est pas l'apanage du PLQ, mais l'arrogance, l'acharnement et la rage avec laquelle Jean Charest le fait m'a poussé à écrire cet article.
    Daniel Urbain

  • Doit-on se méfier 'des mots' du parti libéral seulement?

  • «Méfiez-vous des mots» dites-vous. Vous avez raison. Se méfier de mots comme «délit sémantique» et «autorité colérique» dans un texte qui dénonce une prétendue «manipulation avec l'association carré rouge-violence». Se méfier de mots comme « La rue, ... C'est un lieu déshumanisé représentant la délinquance, le «dehors» sans règle, sans espace institutionnel : l'anarchie.» dans un texte qui accuse le gouvernement et son premier ministre de détournement de sens. Vous avez raison : ««Quand la politique est devenue une science des mots, tout est perdu.» et cela, hélas!, contribue à justifier ceux qui rangent la littérature dans les disciplines molles.

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