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Le poids de l'argent

Lucie-Gabrielle Jolicoeur
 

Lucie-Gabrielle Jolicoeur

Étudiante à la maîtrise en création littéraire

Avec le mouvement des indignés, Anonymous et la grève étudiante qui perdure, un mot se promène sur toutes les lèvres. Il est parfois craché, souvent crié. Il est ballotté, malmené et jugé sans procès. Ce mot, ce concept, c'est le capitalisme.

Soyons clairs. Le capitalisme, c'est un mécanisme économique. C'est le marché qui s'autorégule par la loi de l'offre et de la demande. En réalité, le capitalisme (dans sa forme pure) n'existe plus. Pas ici, avec notre salaire minimum et nos prix planchers.

Mais si c'est une erreur de dénoncer le capitalisme, il n'en reste pas moins que nous avons un problème: notre merveilleuse démocratie (pardonnez le sarcasme) glisse tranquillement vers la ploutocratie.

Plouto quoi ?

La ploutocratie est un régime politique où les forces sont débalancées au profit de l'Argent. Je ne parle pas du riche, je parle du très riche. Je ne parle pas des médecins, des recteurs, ni de tous ceux qui font entre 150 000$ et un million de dollars par année, je parle de ceux qui font DES millionS, des milliards. Je ne parle pas du 1%, je parle du 0.1%, du Big Money.

Aujourd'hui, Monsieur Big Money pèse très lourd dans l'appareil politique.
Vous allez me dire que ce n'est pas nouveau. Vous avez raison. L'argent a toujours eu sa place dans notre système.

Le gouvernement doit balancer plusieurs facteurs de pression: les étudiants, les travailleurs, les syndicats, les assistés, les fonctionnaires... Ce qui arrange l'un, déplaît immanquablement à l'autre. Aux opposés du spectre, on retrouve l'Argent d'un côté, les électeurs de l'autre.

Monsieur Big Money pèse plus lourd que Monsieur Tout-le-Monde. C'est normal. Il aide à remplir les caisses électorales, il crée des emplois, il investit dans l'économie de son pays, il peut même fonder des organismes de bienfaisance, embellir un quartier, être mécène...

Mais des M. Big Money, il n'y en a pas des tas. En revanche, des M. Tout-le-Monde, il y en a plus. 99.9% de plus. D'où l'équilibre.

Mais la politique change. L'électeur moyen ne sait plus pour qui ou pour quoi il vote. Pensons aux dernières élections fédérales. Les Québécois ont voté pour du changement (quel qu'il soit), ils ont voté pour cet homme génial qu'était Jack Layton. Ils ne se sont pas préoccupés de son programme politique « Ça ne peut pas être pire que ces corrompus de libéraux, ou ces inutiles du Bloc, ou ces démons de conservateurs», ils n'ont pas pris la peine de connaître leurs députés.
Aujourd'hui, l'électeur moyen base souvent sa décision sur quelques spots publicitaires, une belle affiche ou un slogan accrocheur.

Or, ces trucs coûtent cher. Un candidat est maintenant doublement redevable de M. Big Money car il a besoin d'Argent pour rejoindre son électorat. Et ça vaut pour tout l'arc-en-ciel politique: droite - gauche, socialiste - capitaliste, progressiste - ultramontain.

On a un bel exemple aux États-Unis. Monsieur Obama dénonce les Super Packs, organismes indépendants qui paient les campagnes publicitaires des candidats à la suite d'une loi sur le financement électoral (pas très réussie, cette loi). Par contre, il n'a pas le choix de s'en servir, sinon l'électeur moyen va l'oublier.
M. Big Money a toujours eu beaucoup de poids au niveau exécutif, mais son influence sur le législatif était contrebalancée par la masse de l'électorat. Or, ce n'est plus le cas et la politique en subit les conséquences.

Il y a deux solutions. Une facile, l'autre moins. La facile, M. Labaume Supermaire l'a déjà proposée: légiférer le financement des campagnes électorales (faisons gaffe quand même, essayons d'éviter les Super Packs).

L'autre solution nous demande des efforts à tous.

Il s'agit de s'intéresser, d'écouter le discours de nos candidats, de lire des articles pour et contre, de garder l'esprit ouvert et de ne pas se laisser berner par une belle campagne vide de sens.

Ça ne sert à rien de diaboliser la richesse et de vilipender les assistés. Arrêtons aussi d'exiger à tout prix que nos politiciens soient sans défauts (il a beau coucher avec une stagiaire, ça n'affecte en rien sa capacité de diriger), ils ont droit à l'erreur: politique, économique ou autre.

Choisissez VOS valeurs, VOS priorités, et votez pour les politiciens qui s'en approchent le plus. Apprenez à connaître votre député, c'est LUI qui vous représente en chambre. Il devrait peser autant que le chef de parti dans votre choix.

La démocratie c'est un contrat social, une entente fragile, un beau mensonge. Pour qu'elle fonctionne, tout le monde doit y croire. Pour la protéger, il faut comprendre qu'elle repose sur un compromis.

Alors oui, dénoncez! Dénoncez le débalancement du compromis. Mais avant de dire qu'une décision du gouvernement est mauvaise parce qu'elle vous affecte négativement, regardez l'envers de la médaille. Avant de condamner le capitalisme, renseignez-vous sur l'état de l'URSS en 1980.

Combattez la ploutocratie! Combattez-la chez vous, en vous informant, en prenant des décisions, pas seulement pour vous, mais aussi pour votre prochain. Ignorez les beaux messages faciles, les idéologies trop simples et la démagogie partisane. Résistez aux vulgarisations biaisées des médias. Soyez socialement responsables et obligez les politiciens à reconsidérer la valeur de l'électeur dans le processus démocratique.

L'auteure est étudiante à la maîtrise en création littéraire et détentrice d'une licence en histoire de l'Université de Strasbourg.

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Commentaires (9)

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  • Par hasard, Jonathan Kay, dans le National Post d'aujourd'hui, nous donne quelques chiffres qui illustrent bien mon propos : "Whereas, as recently as 1974, an average congressman could run for re-election with a war chest of just $56,000, by 2008 the figure was $1.3-million — with much of the money going to expensive TV ads and well-paid campaign consultants."

  • Vous visez juste mais...
    Quel bon début!! Ben non, c'est pourri. J'ai le goût pour débuter de répondre un peu à M. Dufour.
    Monsieur, devant un texte qui est somme toute plutôt nuancé, vous vous lancez bien vite dans les absolus. Tout d'abord en effet les dirigeants du Québec cherchent les conseils des Jean Coutu, Desmarais et consorts depuis longtemps. C'est normal et sain puisque ce sont des leaders dans leur domaine. Ceux-ci n'ont pas à s'en cacher et, en toute raison, ils ont bien plus d'influence en restant dans le domaine de la réflexion qu'autrement. Toutefois et bien sûr ils font des pressions politiques comme tout un chacun et en général ils savent aller y chercher des gains. mais il serait trop facile de dire que tou les gouvernements sont des marionnettes dans leurs mains, surtout parce que c'est faux.
    Prenons ce qui est maintenant devenu un lieu commun au Québec : la construction. Bien sûr les contracteurs n'influent pas sur les lois. Par contre ils savent donner là où ça compte, tout simplement pour avoir des contrats. Et le parti gouvernemental sait où est son intérêt : il évitera de soulever des vagues sur les contrats alloués et bien sûr saura aménager les lois pour laisser des portes de sorties autant à ceux qui donnent des contrats qu'à ceux qui vont les chercher. C'est l'ABC de la politique que nous connaissons.
    Donc à leur façon les petits contracteurs influent sur la législation sans pourtant demander quoi que ce soit. Nous sommes dans les soubassements de la politique à la petite semaine qui gagne des élections.
    Il y a un rez-de-chaussée : Puisque le gouvernement se doit de faire des cachotteries, les budgets, politiques ministérielles et règlements doivent tenir compte de la marge de manœuvre nécessaire aux organisateurs. Alors toute explication devient vague, impalpable, parfois à la limite du farfelu. Saluons nos gouvernements actuels qui ont poussé cette logique à son extrême limite sans pour autant oublier leurs dignes prédécesseurs dont certains se sont gardé une petite gêne. Nous sommes dans le merveilleux monde de la langue de bois et surtout, surtout, de l'omerta.
    Tout ceci reflète des gentillesses, disons de petites bassesses auxquelles nous sommes habitués. Il n'empêche que par le passé (mais pas maintenant) il est arrivé que certains ministres et hauts fonctionnaires prennent réellement le taureau par les cornes et plient réellement la machine pour qu'elle serve réellement les besoins des "administrés". Ministère de l'Éducation dans les années soixante(Gérin-Lajoie), Hydro-Québec (Lévesque), Caisse de dépôt (Parizeau), Assurance-santé (Lalonde et Castonguay), REA et Québec inc (encore Parizeau). Oui, parfois l'État fait sa job.
    Il y a un étage au-dessus. Là, on entre dans le joyeux monde du banditisme aveugle. Les gouvernements, ici je généralise à toute la planète, ont un couteau sur la gorge. Dans l'état actuel des choses, environ 50% du commerce mondial implique d'une façon ou l'autre du capital en provenance des paradis fiscaux. Normalement il suffit de contrôler 20% d'une activité pour avoir la main haute sur tout ce qui s'y passe, alors imaginez 50%.
    C'est entre des banquiers anonymes, des conseillers en placement qui ne font que leur petit job et un capital absolument écrasant que se décide où se construira une usine, que tel puits se creusera et à quel prix ou bien même comment le café se déplacera de la Colombie à votre tasse. Comme dans ce monde la logique veut que seul le profit immédiat compte, n'importe quel gouvernement est obligé de fournir la main-d'œuvre, les installations et parfois toute la construction nécessaire s'il veut faire travailler son monde et toujours aux conditions édictées par des patrons tout aussi pressurés par l'obligation du profit fort, tout de suite. L'anonymat du vrai capital en fait une arme effroyable.
    Nous sommes très loin des PME et contractuels de notre belle province. C'est selon les barèmes jamais prononcés d'une force sans visage, et toujours pour ne pas l'effrayer, que nos lois sont édictées en général. C'est ainsi que déjà Bourassa parlait d'insécurité contre les méchants séparatisses, c'est ainsi que Charest dénonce "la rue" comme une plaie, que tout le monde recherche la stabilité tout en ventant la débrouillardise inhérente au capitalisme... comme s'il y avait une différence.
    Je suis en faveur du capitalisme tant qu'il reste responsable. Le néolibéralisme s'est fait le chantre de la déréglementation sauvage en prétendant que l'État et par définition inefficace. De là à refuser de payer ses impôts, puis à placer son argent dans des paradis fiscaux par patriotisme, le pas a été depuis longtemps franchi par beaucoup d'Américains entre autres. Depuis trente ans que tout est régi par les néolibéraux on peut maintenant constater la faillite de leurs idées... et encore nous n'en sommes qu'à la seconde phase d'une immense catastrophe financière mondiale.
    Ce que je sais pour y avoir travaillé, c'est que les compagnies multinationales sont le pire modèle d'inefficacité que je connaisse loin devant les gouvernements. S'en foutent, tout simplement.
    Par contre la majorité des PME sont des forces vives et riches de possibilités. Encore une fois, je le sais par expérience. Leur implication dans leur milieu est importante, forte et vivante. En effet je suis capitaliste mais je vois comment la finance internationale est un poison et un tyran. Alors il faut tirer une ligne entre le capitalisme et les petits cons boursicoteurs de la finance internationale avant de faire quelque choix que ce soit.
    La nécessité de l'implication personnelle dans une société est vraie depuis toujours, je ne remets pas ça en question. Je dis seulement que devant les défis actuels elle doit prendre une teinte particulière: sans refuser l'internationalisme, il faut se défier du mondialisme. Sans fermer nos frontières, nous devons penser avant tout à enrichir notre propre terreau pour permettre un avenir à ceux qui suivent. Il ne s'agit pas de ne penser qu'à notre coin de monde pour "nous" préserver mais bien de donner à notre environnement immédiat la possibilité de pousser, d'être meilleur à l'avenir.
    Rien n'est simple sauf la vie de chacun.
    Il y a des moyens pour que le mot démocratie prenne un certain sens et tous passent par la réduction du pouvoir monétaire noir. D'abord toute compagnie dont le chiffre d'affaire dépasse 20% du PIB du pays où elle est née doit être scindée immédiatement. Ainsi les actionnaires continueront à faire du profit, ce qui est bien, mais la compagnie ne pourra jamais imposer sa loi.
    Ensuite il faut faire disparaître les paradis fiscaux par tous les moyens, tout de suite, hier si possible. Cette gangrène tue tout ce qui ressemble à une certaine solidarité sociale ou même amicale.
    La déréglementation, hymne des néolibéraux, a fait que les institutions financières les plus solides sont devenues des missiles lancés à pleine vitesse et sans contrôle. Les banques ne sont plus que des clubs de jeux vidéo ou des milliards bougent sur un coup de pouce. J.P Morgan n'est que le dernier exemple en lice.
    Alors il est nécessaire de créer des institutions économiques stabilisatrices et responsables. Ça s'appelle des États, des gouvernements élus. En fait je ne vois pas comment notre monde peut survivre sans établir la capitalisme d'État où chaque aide ou subvention se transforme automatiquement en actions silencieuses de la compagnie. Jamais je n'accepterais l'idée de l'expropriation, je refuse totalement l'absolutisme mais tout autant je refuse d'aider une corporation si en retour elle ne fournit pas un apport à ma société, celle pour laquelle je vote, paie des impôts, et où j'ai élevé mes enfants avec espoir.
    Non, il n'y a pas de lien direct entre la caisse électorale et les lois. Le lien est organique, profond et impossible à parer. Le secret est de redonner leur responsabilité et leur pouvoir aux élus... puis de leur demander des comptes!
    Entretemps,ici, maintenant, il faut sortir Charest.
    Jean-François Trottier

  • @siocanrf :
    Encore plus simple : le premier 30 ou 50$ payé en impôts par les citoyens sont remboursés sous forme de coupon qu'il peut alors utiliser pour financer le parti de son choix, mais qu'il ne peut pas encaisser. On interdit aussi toute autre forme de financement des partis politiques. Les partis politiques sont alors redevables aux contribuables autant pour leurs votes que pour leur financement!
    Le financement des partis politiques est effectivement le plus gros problème de la démoratie en ce moment. Il est pourtant si simple à régler!

  • @C_Morgan
    Et si on interdisait le financement populaire et qu'on allouait un budget à même les impôts en fonction du nombre de candidats?
    Puis par la suite on ajuste si la personne est élu ou pas.
    François Racine

  • Mon expérience en politique me permet de confirmer que le plus gros talon d'Achille de la démocratie est le financement des partis politiques. Yves Boisvert a écrit la meilleur chronique à ce sujet : http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/yves-boisvert/200910/22/01-913737-ma-campagne-a-la-mairie.php
    Et oui, les électeurs auraient davantage à s'informer bien plus. Chaque parti politique publie sur son site Web un résumé de son programme en langage clair et facile à comprendre. Rien qu'avec ça, ils peuvent comprendre les orientations de chacun des partis et choisir celui qui correspond le plus à ses valeurs.

  • Madame Jolicoeur,
    Ploutocratie... Je voudrais bien vous croire... Mais je ne le puis. Ce que vous dites, c'est que Power Corporation, Bombardier, Québécor, Jean Coutu et al. ont un droit de véto sur les loi de l'Assemblée Nationale? Ce que vous dites, c'est que Lucien Bouchard, Bernard Landry et Jean Charest prennent leurs ordres de Desmarais et Péladeau? Je doute de tout cela. En fait, m'est avis que vous n'avez pas prouvé votre affirmation. Les lois sur l'assurance-maladie, la privatisation d'Hydre-Québe, l'assurance-médicaments et al. n'ont certes pas été téléguidées par la haute finance.
    Claude Dufour

  • 100% d'accord avec vous, mais 100% certain que la solution n'est pas applicable dans la vraie vie. D'abord, Mr Big Money a le bras long et a des amis dans tous les partis qui ont une chance de remporter l'élection. Il a aussi des liens dans les médias et peut démolir l'image de quelqu'un qui dérange. Dans un tel contexte, personne au pouvoir ne s'attaquera à Mr Big Money. On est pris avec (on oublie la solution 1). Pour ce qui est de la solution 2, on parle des gens qui achètent maintenant et paie dans 1 an avec un taux de 27% sans le savoir... la portion du peuple qui veut être instruite l'est déjà, l'autre portion ne changera jamais selon l'ampleur requise pour appliquer la solution 2. La solution 3: on donne un nanane aux citoyens (changement de chef, changement de parti, on met un contestataire en prison, etc) pis on continue comme si de rien n'était... on parie sur laquelle des 3 solutions se concrétisera?
    E. Blondin

  • On peut être en faveur ou pas de votre texte mais c'est réellement bien écrit.
    Bravo!
    François Racine

  • Votre deuxième solution me semble la base. Si les gens étaient mieux informés au niveau politique, il n'y aurait plus personne pour répéter sans les comprendre les slogans vides de sens qu'on entend (peu importe son allégeance). Dans notre société du prêt-à-porter et du prêt-à-manger, on a souvent tendance à couper les coins rond et on se fie sur les autres pour savoir quoi penser.
    Si le conflit actuel peut nous apporter quelque chose de positif, ce sera probablement d'avoir incité plusieurs personnes à se "politiser" un peu plus.

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