La campagne électorale québécoise qui est à nos portes sera une occasion inédite pour les différentes formations politiques de démontrer leur savoir-faire technologique. Si, dans certains cas, les avancées des dernières années apportent leur lot de périls, le caractère incontournable du 2.0 ne se dément pas. En fait, nous sommes à l'ère de la nouvelle instantanée. Alors que l'arrivée des réseaux de nouvelles continues a constitué une sorte de cauchemar pour les politiciens qui ont vécu ce passage, l'arrivée des Facebook, Twitter et nombreux blogues ont rendu les choses encore plus complexes.
Si un premier ministre fait une bourde en se moquant des étudiants devant un parterre de doigts en l'air du gratin québécois, quelques minutes plus tard, le clip tourne en boucle aux quatre coins du Québec et, de Gaspé à Val-D'Or, les citoyens ont accès au discours controversé via le web. Avec de tels canaux de communication, les gaffes politiques sont proies à une prise d'ampleur plus grande et beaucoup plus rapide. C'est le phénomène de la traînée de poudre. Les médias sociaux sont souvent sans pitié pour les politiciens. YouTube, par exemple, regorge de vidéos moins flatteuses les unes que les autres, croquées sur le vif dans des situations embarrassantes. Et tout le monde y passe. Peu importe le parti. Sans exception.
Par contre, la toile web n'a pas que ses désavantages. Elle permet parfois à des gens un peu dans l'ombre de se démarquer. Récemment, une vidéo YouTube mettant en vedette Véronique Hivon, la députée péquiste de Joliette, a fait mouche. Peu de gens avaient sans doute eu l'occasion de voir le vibrant plaidoyer de l'élue contre la loi 78. Or, avec les joies du web, ils furent plus de 75 000 personnes à consulter la vidéo. Ce fort achalandage a permis à la députée Hivon d'être montrée par plusieurs comme une étoile montante du Parti Québécois. Son collègue, Bernard Drainville, a aussi été plutôt bien servi à ce chapitre. Alors que sa sortie sentie sur la souveraineté du Québec, en réponse à un ministre libéral, a été vue par plus de 115 000 internautes. Si ce n'avait pas été de ce médium, la sortie du député de Marie-Victorin serait probablement passée sous silence, outre pour quelques militants les plus assidus du canal de l'Assemblée nationale.
Pour la prochaine élection par contre, les défis seront grands pour les formations politiques. Elles devront tenter de mener une campagne électorale à l'ère des nouvelles technologies. Il ne suffira plus de simplement surfer sur les mécanismes déjà en place. Dans certains cas, il faudra provoquer les choses. En ce sens, il serait sans doute profitable pour les différents partis de se doter de redoutables équipes de «spin doctors» sur les médias sociaux. Ces derniers seraient particulièrement utiles aux cours de moments charnières comme lors du débat des chefs ou au cours de rassemblements de campagnes. D'ailleurs, le mouvement étudiant a su être particulièrement actif et efficace dans ses mobilisations et partages d'idées sur les médias sociaux au cours des derniers mois. Il faut s'en inspirer.
Pour se démarquer, il faudra faire différemment, sortir des sentiers battus. Il est particulièrement étonnant de voir, avec la multiplication rapide des Iphones dans la population, qu'aucun parti politique québécois ne possède encore son application à l'intention des utilisateurs de cette plate-forme. Une telle application pourrait probablement permettre de mieux cibler les militants des différents partis et de s'assurer d'une bonne circulation des informations. Ainsi, il y pourrait y avoir beaucoup moins de recours aux sempiternelles excuses de formations politiques mal couvertes par les médias.
Une véritable communauté web multiplates-formes pourrait aussi voir le jour. Ainsi, à l'image de l'utilisation qu'en ont fait les militants démocrates aux élections états-uniennes de 2008, un citoyen pourrait militer pour son parti même dans le confort de son salon ! Alors que les électeurs ont une vie de plus en plus occupée, cette option n'est certes pas à négliger pour impliquer le plus de gens possible dans l'exercice militant. Au bout du compte, c'est assurément la démocratie qui en sortirait gagnante.
À priori, une présence accrue sur la toile et une avant-garde au niveau de moyens utilisés n'assureraient sûrement pas la victoire d'un candidat, mais je suis convaincu qu'elles la rendraient plus facile à atteindre. Une meilleure circulation des informations, une diversification des moyens, une nouvelle proximité, un militantisme nouveau genre et une incroyable rapidité d'accès permettraient des campagnes plus dynamiques et dans plusieurs cas, les candidats locaux gagneraient en importance en se démarquant, à leur manière, de la campagne nationale. Réinventer la politique, c'est aussi revoir ses façons de faire, c'est être bien de son temps. Et le temps, il est désormais inévitablement au 2.0.
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