Image d'un ordinateur portable

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Icone tooltip

Pas d'excuse pour les Bougon

Caroline Morgan
 

Caroline Morgan

Traductrice et ex-membre de la classe politique

Chaque année, 3,5 milliards de dollars échappent aux coffres du gouvernement provincial à cause de la fraude fiscale. À elle seule, cette somme est supérieure au budget du ministère de la Famille, le plus gros après ceux de la Santé et de l'Éducation. Les fraudeurs qui devraient y réfléchir ne sont pourtant jamais à court d'excuses, d'autant plus qu'ils viennent de se trouver deux alliés inespérés.

Dans une convergence aussi étonnante qu'inattendue, deux chroniqueurs du Journal de Montréal, Léo-Paul Lauzon et Nathalie Elgraby-Lévy, c'est-à-dire Monsieur Ultra-Gauche et Madame Super-Droite, offrent des alibis pour la fraude fiscale. Les deux s'offusquent que Revenu Québec fasse campagne pour convaincre les contribuables de payer leurs taxes et impôts.

M. Lauzon prétend que l'évasion fiscale des travailleurs ordinaires est justifiable, parce les entreprises et les gros contribuables ont droit à des crédits d'impôt et instruments fiscaux de toutes sortes, supposément à l'usage exclusif des nantis. Ce sophisme est un cas classique de « tout le monde le fait, alors moi aussi ». Il est quand même curieux que ce défenseur autoproclamé des démunis veuille les mettre à la remorque des nantis sur le plan moral, comme si la classe modeste était incapable de faire preuve de droiture sans l'exemple de l'élite pour la guider.

Quant à Mme Elgraby-Lévy, elle va encore plus loin en sous-entendant que le contribuable se fait voler les fruits de son labeur, et que l'évasion fiscale est de la résistance pacifique à un taux d'impôt qu'elle qualifie d'usuraire. Elle omet que les impôts servent à payer notamment le réseau routier par auquel le travailleur va au bureau et les soins de santé grâce auxquels il peut revenir au travail le plus rapidement possible après sa convalescence. Les programmes publics et les contribuables sont interdépendants les uns des autres.

En Grèce, les contribuables ont poussé le raisonnement de M. Lauzon et de Mme Elgraby-Lévy à son paroxysme : millionnaires et petites gens escroquaient tous l'État, de toutes les manières possibles, jusqu'à ce que le pays tombe en quasi-faillite. La déliquescence morale de chacun a fini par punir toute la population.

Certes, notre taux d'imposition des particuliers est le plus élevé en Amérique du Nord; les entreprises bénéficient de subventions et de crédits de toutes sortes; la corruption et le gaspillage brûlent les ressources financières publiques et endettent le Québec jusqu'à le mettre en position vulnérable.

Néanmoins, frauder le fisc n'est pas une solution, mais une démission. Le fraudeur est pareil à un rat qui fuit un navire en feu en emportant un quignon de pain entre ses pattes. N'allez pas croire que la fraude est l'arme des démunis, qui dépensent peu et ne paient que peu ou pas d'impôt. Pour les gens de revenus moyen ou élevé, par contre, combien de ces « menues » soustractions aux coffres de l'État, bien plus répandues qu'on pense, visent à assouvir des petits luxes inutiles comme deux semaines supplémentaires dans le Sud ou un téléviseur haute définition, sous prétexte « qu'on a bien le droit de vivre »?

Ceux qui connaissent mon parcours politique savent à quel point je suis, comme tant d'autres Québécois, insatisfaite de la façon dont notre argent est dépensé. En outre, mon revenu et mon train de vie me rangent dans la classe moyenne. Et pourtant, jamais, au grand jamais il ne m'est venu à l'esprit de voler ne serait-ce qu'un sou à l'impôt. Je préfère ajuster mon budget et continuer à réclamer un ménage dans les dépenses de l'État et les abris fiscaux. Je veux faire partie de la solution, pas du problème. Je ne serai pas une Bougon.

Partager
Image d'un ordinateur portable

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Icone tooltip


Commentaires (17)

Commenter cet article »

  • Madame Morgan,
    Au lieu de parler de bougons pour expliquer le manque à gagner de l'État revoyez plutôt vos cours d'économie et surtout la Loi des rendements décroissants. Dès les années 1700 Adam Smith, Say et Ricardo démontraient qu'à chaque augmentation de la taxation le rendement de celle-ci diminue. En effet les citoyens et les entreprises ne peuvent réinjecter dans l'économie le montant des nouvelles taxes que l'État prélève c'est l'État qui le fera. En fraudant le fisc ou en encourageant le travail au noir les citoyens et les entreprises décident de retourner eux-mêmes ces sommes dans l'économie.
    À vous de nous dire qui le fera de la façon la plus efficace et la plus profitable pour la société québécoise.
    Richard Tougas

  • "Il faut prendre l'argent là où il se trouve, c'est-à-dire chez les pauvres. Bon d'accord, ils n'ont pas beaucoup d'argent, mais il y a beaucoup de pauvres."
    Alphonse Allais

  • Cher MonsieurBay,
    Soyez assuré que j'étais aussi estomaquée que vous et que j'ai vérifié l'information.
    Voici un extrait d'un article sur le site de Raymond Chabot, conseillers en redressement financier Syndics
    EN BREF
    La faillite annule, dans 90 % des cas, la totalité de vos dettes, incluant vos dettes d’impôt. Vous n’avez plus à payer vos créanciers. Seules les rares dettes non libérables (contraventions, prêt étudiant de moins de 7 ans, pension alimentaire, etc.) ne s’effacent pas après la faillite.
    Elle vous protège contre la majorité des poursuites légales ou saisies de salaire de vos créanciers. Vous n’avez plus à parler avec ces derniers; désormais, c’est votre conseiller qui s’occupe de tout.
    Elle vous évite des coupures de services (téléphone, électricité, gaz, etc.).
    Elle vous permet de conserver vos meubles et, dans la majorité des cas, votre maison et votre auto

  • MamieDiane
    Si c'était aussi facile que vous le prétendez, ça se ferait plus souvent...
    Malheureusement, votre commentaire va en induire plusieurs en erreur. Une dette envers le gouvernement n'est jamais effacée.

  • Il y a une autre façon de faire les choses, tout simplement attendre de devoir, à titre d'exemple, 167,000$ (dont 125,000$ au gouv. provincial) et déclarer faillite. C'est légal, vous gardez tous vos biens, vous continuez de travailler sans payez vos créanciers, profitez des conseils d'un spécialiste payé par les impôts des autres et, en prime, après 9 mois toutes vos dettes sont effacées.

  • Très bon texte madame Morgan. Je me demande pourquoi on invite Léopold Lauzon à TVA. Ses propos sont confus, pour demeurer poli. Il ne fait jamais progresser une discussion. S’il demeure en poste à l’université ce doit être grâce à une convention collective qui interdit toute mise à pied, sauf en cas de meurtre et devant témoins et annoncée par écrit une semaine d’avance.

  • Trop d'impôt, tue l'impôt.
    Rolf Lug

  • Je n'ai pas lu les chroniques de M. Lauzon et Mme. Elgrably. Et bien que vous ayez raison sur le fond - personne ne peut être contre la vertu! - il y a une nuance à apporter à vos propos.
    Le gouvernement du Québec et des autres pays industrialisés récupéreraient bien davantage d'argent en menant une lutte aux paradis fiscaux et aux très riches coupable d'évasion fiscale qu'en cherchant à faire la morale aux contribuables moyens qui épargnent de petits montants seulement en taxe et en impôts, quand il font réparer leur voiture ou font faire de petits travaux à la maison.
    "Qui vole un oeuf, vole un boeuf", ce n'est qu'un dicton. Un oeuf est un oeuf. Un boeuf est un boeuf. Les millions de dollars qu'un très riche cache aux iles Caïmans ou en Suisse, ça n'a rien à voir avec les 29,56$ de taxes que je sauve en payant comptant ma réparation d'amortisseurs.
    P. Maurice

  • "PAYER VOS IMPÔTS"
    Viens surtout pas dire ça aux familles qui essaye de s'en sortir...Les riches ok mais pas les pauvres....
    Je connais des familles actuellement qui fraude le gouvernement et vous savez pourquoi ? Parce qu'ils doivent payer les taxes ailleurs.... Frauder pour pouvoir payer leur taxes... c'est ça qui arrive...
    Venez surtout pas demander à ces familles la de perdre le peu qualité vie qui leur reste quand on assiste à des baisses d'impôts pour les compagnie.....
    Les riches qu'on coupe leur moyens de cacher leur cash ,mais vous savez très bien que Revenu Québec va tout chercher dans poches des pauvres AVANT. Laisser moi vous dire.... j'ai travaillé la et c'est comme ça que ça marche que vous le vouliez ou non...

  • Bien dit madame Morgan. Le plus drole c'est que tous ces bougons sont les premiers a crier au meutre pour le dilapidage de nos impots par les politiciens. Flouer l'impot, cyphoner le BS, travailler au noir, voler les compagnies d'assurance, voler l'employeur, abuser de la CSST, le retrait préventif, l'assurance chomage, la SAAQ, et j'en passe. CA C'EST CORRECT. Ils n'ont toujours pas compris qu'ils se volaient eux-memes. ET CA VEUT UN PAYS.

  • Je ne peut pas être plus en accord avec votre texte !!

  • Mme Morgan,
    Je suis d’accord avec l’essentiel de vos propos. Chacun a un devoir d’honnêteté envers les finances de l’état. Ceci est un principe de base pour une paix sociale. Malgré les dérives nombreuses de notre système en regard aux dépenses, nous devons changer le système en place et non tenter de le contourner.
    Ceci dit, pour paraphraser Fred Pellerin, l’eau du robinet ne disparait pas dans l’armoire. Oui une partie de l’argent qui échappe au gouvernement disparait du radar de l’économie et se retrouve dans des paradis fiscaux, mais nous parlons ici d’un « privilège » réservé aux très bien nantis de notre société.
    Ces « menues » soustractions, comme vous dites, sont effectivement utilisées pour acheter biens et services. Vous les considérez comme étant des luxes inutiles, c’est votre point de vue et je le respecte. Vous avez sans doute raison, de toute façon.
    Seulement, il ne faut pas faire croire aux gens que ces argents disparaissent du cycle économique. Ils sont réinjectés dans l’économie d’une manière ou d’un autre. Ce n’est certe pas la bonne façon de faire, loin de là, je le concède… et le jour où la confiance en notre système prendra du mieux, nous verrons, je l’espère une amélioration de la situation.
    Christian Tremblay,
    @romanquebecois

  • J'en entends plusieurs qui réclament plus de la part des mieux nantis pour que l'État puisse continuer à leur offrir des services. Pourtant, 3% de la population paie 30% des impôts au Québec. Ce ratio de 10 pour 1 est les plus élevé en Amérique du Nord. Et on leur en demande toujours plus contrairement à ce que dicte la croyance populaire. Faut que tout le monde fasse sa part car le souffle chaud de la Grèce se rendra bientôt jusqu'à nous. Très bon article non partisan (enfin) soit dit en passant.

  • Le problème n'est pas d'être un bougon particulier avec le travail au noir ou d'entreprise avec les paradis fiscaux "off-shore", mais surtout de payer trop cher pour des service qui ne sont pas à la hauteur et combler avec des taxes supplémentaires la mauvaise gestion du gouvernement et de ses commettants, les fonctionnaires.
    Je paie mes impôts, car je n'ai pas le choix étant salarié, mais je peux dire que je n'ai pas le goût de mettre une partie du fruit de mon labeur entre les mains de gens qui n'ont pas la compétence ou l'honnêteté de bien gérer cet argent. Le manque de courage politique coûte cher, la corruption coûte cher, le manque de vigilance dans les différents ministères coûte cher et ce, sans que quoi que ce soit soit amélioré.
    Il est temps de non seulement mettre ce gouvernement dehors, mais aussi de réformer les façons de faire, afin que nous en ayons pour notre argent sans engouffrer une grande partie de nos revenus. Le mode de financement des partis politiques, les procédures de nominations et d'attribution des appels d'offres doivent être resserrés, quitte à ce que ce soit des décideurs indépendants.
    Si je regarde le plan d'affaires d'un point de vue business, rien ne tiens la route que ce soit au niveau de la santé, l'éducation, les transports, la justice, et autres. Les budgets sont créatifs, les dépenses injustifiées, les projets de la poudre aux yeux, les crises gérées dans l'improvisation. Dans mon organisation, le plan de ce gouvernement serait rejeté, car non rentable minimalement.
    Charest doit réfléchir à son manque d'avenir et commencer à réfléchir sur son impopularité. Continuer à écoeurer la population ne sert pas le Québec, mais seulement ses ambitions de rester au pouvoir. Un peu d'humilité de sa part serait de rigueur.
    Sa démission serait sa meilleure décision depuis son arrivée au pouvoir.

  • Loin de moi l’idée de vouloir vous contredire mais je ne peux absolument pas être d’accord avec vous sur l’origine de la crise grecque et sur ces clichés que l’on nous sert tous les jours. Vous insistez depuis maintenant quelques temps sur le fait que la crise est le fruit de l’évasion fiscale et que les « petites gens » (vous êtes bien une des dernières à employer un tel qualificatif) ont escroqué le système depuis des années. Hors cette évasion ne représente qu’une infime partie du problème grec.
    La dette a plusieurs origines, d’abord la crise financière de 2007, exporté des USA. Puis le renflouement des banques en 2008. Qui a donné lieu à un endettement monstrueux, les politiques n’ont rien trouvé de mieux que la mutualisation des dettes entre les « petites gens » pour sauver les banques. Les profits au privé, les déficits au public. Les états se sont endettés au-delà de ce qui était permis pour sauver les banques et relancer l’économie sans nationaliser des pans entier de l’économie. Comme cela s’est fait dans un environnement où le chômage explosait, et donc , que les recettes fiscales diminuaient, la dette publique à démesurément gonflée.
    Nous pouvons également trouver une origine plus lointaine au problème grec. Le néolibéralisme, depuis Maastricht les pays dont les revenus ont diminués ne peuvent plus emprunter auprès de la BCE mais auprès des marchés, à des taux révoltants. Cela ne fait qu’amplifier l’effet « boule de neige » sur la dette.
    En l’absence d’intégration économique (sans gouvernement unique) les inégalités entre les pays sont exacerbées. L’inflation en Grèce a tellement augmentée que cela la rendait moins compétitive que certains de ces voisins. Elle est donc obligée d’importer plus qu’elle n’exporte. Le déficit commercial explose.
    Je ne vous poserai qu’une question. Pourquoi un pays qui se rend compte qu’il est près de l’abîme dépense autant pour entretenir et même faire progresser son armée? Les dépenses militaires grecques représentent 4% du PIB, en comparaison la France ne prélève que 2,4% de son PIB pour l’armement.
    Pourquoi les grecs sont dans la merde? Certainement pas parce qu’ils ont tendance à vouloir en garder un peu plus pour eux-mêmes et en donner moins pour l’armée ou pour tous ces politiques véreux qui achètent les votes depuis des décennies, en engageant une armée de fonctionnaires amis. Goldman Sachs qui a aidé la Grèce à maquiller ses comptes et à tricher pour entrer dans l’UE, oui.
    Finalement la spéculation a fini de les achever. Les spéculateurs sont des loups, lorsqu’ils voient un membres malades ils n’hésitent pas à tomber dessus pour créer des situations de crises et de paniques afin de faire des profits faramineux par le biais des CDS, des taux obligataires usuraires et les produits dérivés qui permettent de jouer contre un pays.
    Finalement, l’euro lui-même a créé ce monstre. En permettant à des populations de vivre au-dessus de leurs moyens la catastrophe était inévitable. Permettre aux Grecs d’emprunter comme des Allemands, alors que tout les sépare économiquement, ne pouvait conduire qu’au mur.
    S’il-vous-plaît évitez-nous vos clichés qui n'apporte rien à la discussion.
    Guy Agin

  • Eh bien bravo! Puisse d'autres citoyens éclairés suivre votre exemple.
    Honte à Léo-Paul Lauzon et Nathalie Elgrably (et la majorité des économistes de l'IEDM) pour l'incohérence et l'hypocrisie de leurs discours fondamentalistes.

  • Bon enfin quelqu'un qui dénonce la honteuse chronique de la Elgrably. Je n'en revenais pas de voir aussi peu de spécialistes et de journalistes sourciller. Je trouve même à peine croyable que le journal de Montréal/Québec ait publié ce qui était pratiquement une éloge à l'évasion fiscale.
    C'est sûr que la Elgrably ressent douloureusement chacune des cennes qui lui est prise sur son salaire pour payer ne serait-ce que le minimum de services de l'État; et comme d'autres incohérents du genre, ça ne la dérangerait probablement pas que ces services soient refilés au privé même si ça coûtait plus cher.
    Pensez-vous qu'elle va admettre que c'est l'évasion fiscale généralisée qui a causé les difficultés de la Grèce? Ben non, ça l'empêcherait de dire que les Grecs ne pouvaient plus se permettre leur programes sociaux, tout comme le Québec, qui court le même danger à moins de se ranger aux politiques ultra-néolibérales de l'IEDM!

Commenter cet article

Vous désirez commenter cet article? Ouvrez une session | Inscrivez-vous

 

Veuillez noter que les commentaires sont modérés et que leur publication est à la discrétion de l'équipe de Cyberpresse. Pour plus d'information, consultez notre nétiquette. Si vous constatez de l'abus, signalez-le.

publicité

publicité

la liste:9856:liste;la boite:1830524:box; Le tpl:300_op-articles-photos.tpl:file;

LE CERCLE LA PRESSE >

Des citoyens sélectionnés pour la pertinence de leurs propos Un groupe de commentateurs citoyens qui profitent d'une vitrine exceptionnelle sur l'accueil du site web. Les membres sont sélectionnés par la salle de rédaction pour la pertinence de leur propos, leur expertise, le style et la qualité de leur écriture.

Participez

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

image title
Fermer