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L'uranium ne sortira pas des terres cries

Éric Cardinal
 

Éric Cardinal

Président de Cardinal Communication et professeur

Après avoir assisté aux audiences publiques de la Commission canadienne de la sûreté nucléaire, à Mistissini, sur le projet «Matouch» de la compagnie Ressources Strateco pour l'exploration d'uranium, j'en suis venu à conclusion qu'il y a très peu de chances que ce projet soit autorisé, ni aucun autre projet d'exploration d'uranium sur le territoire Eeyou Istchee (terres cries). Du moins, à court et moyen terme.

C'est que la communauté crie de Mistissini s'est exprimée massivement et clairement contre le projet. Le Chef de Mistissini a été sans équivoque : «On veut dès maintenant mettre un point final à la question du développement uranifère, et ce, une fois pour toutes. Nous voyons bien la direction prise par ce projet d'exploration d'uranium, et nous ne voulons aucun projet de mine d'uranium», a-t-il déclaré aux audiences publiques. Le représentant du Grand Conseil des Cris, qui l'a suivi, a ajouté que le Grand Conseil appuyait la position de Mistissini. C'est ainsi l'ensemble de la Nation crie, qui demande, voire exige, un moratoire sur l'exploration d'uranium. Ce n'est pas rien.

En réponse à cette position, le président de Strateco, Guy Hébert, a dit: «On est sur des terres publiques. Ils n'ont pas le droit de veto», laissant entendre que sa compagnie pourrait aller de l'avant avec le projet sans l'appui de la Nation Crie. C'est rêver en couleurs...

Parce que le Québec a besoin du partenariat des Cris, un élément essentiel au développement du Plan Nord. D'ailleurs, les Cris, dont la communauté de Mistissini, sont très favorables aux différents projets miniers... sauf pour l'uranium.

Remarquez qu'il en aurait peut-être été autrement, n'eût été la très mauvaise stratégie de communication empruntée par Strateco. Le projet existe depuis 2006, mais ce n'est qu'en 2009 que la communauté a été approchée. Depuis, très peu d'efforts ont été faits par l'entreprise pour informer la population crie et bien expliquer la teneur du projet. En décembre 2011, bien qu'il ait déjà manifesté son opposition, le Conseil de Mistissini a donné une seconde chance à Strateco en signant une Entente sur l'information et la communication qui devait permettre la mise en oeuvre d'une véritable campagne d'information et de consultation, basée sur la transparence et l'honnêteté. Or, ce n'est pas ce qui s'est produit. L'entreprise a tenu quelques journées «portes ouvertes», mais n'a tenu aucune assemblée publique. J'imagine que Guy Hébert avait peur d'affronter les plus durs opposants au projet. Pourtant, c'est bien ce qu'il faut faire. C'est la base d'une stratégie de relations publiques efficaces.

Bref, si le président de Strateco fulmine contre l'opposition des Cris à son projet, il n'a que lui-même à blâmer. Il devrait également recevoir les foudres des autres entreprises qui souhaitaient exploiter l'énorme potentiel uranifère présent sur le territoire. Si les entreprises croient possible de réaliser leurs projets sans l'appui des Cris, elles se trompent royalement.

Twitter: @Ercardinal

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Commentaires (3)

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  • Je suis directeur des opérations d'une compagnie minière et je constate une fois de plus que dans la profession il y a encore trop de dirigeants qui n'ont pas compris l'importance des relations avec les populations. Mais ça change pour le mieux.

  • bravo a la nation innu et a leur conseil de bande , vous venez de faire preuve d'un grande responsabilitee envers l'humanitee
    namaste

  • Je doute que l'exploitation uranifère soit populaire, dans n'importe quelle localité au monde. Même si la mine n'irradiait que des blancs et versait des profits généreux à la communauté.
    L'industrie a un sérieux problème de santé, de perception du public, un peu à l'instar du gaz de schiste (l'eau qui prend feu).
    La seule façon aurait été de s'allier avec un géant de l'uranium qui a établit ses preuves en matière de santé sécurité et d'environnement dans le domaine minier de l'uranium. AVANT d'aller voir les cris, évidemment. Ainsi, Stratéco aurait pu démontrer, quitte à payer des voyages au conseil de bande et aux anciens, que son "parain" peut et sait exploiter une mine d'uranium sans détruire la santé ou l'environnement.

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