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Rozon, l'ordre et la démocratie

Renaud Picard
 

Renaud Picard

Doctorant en philosophie

Sur plusieurs tribunes, Glibert Rozon chantonne depuis quelques semaines le même discours : le problème de la CLASSE, répète-t-il, c'est qu'elle ne peut nous garantir le contrôle ses troupes, qu'elle ne fait même pas oeuvre d'autorité par un appel au calme.

Quand il tient un tel propos, le fondateur du festival Juste pour rire nous indique qu'il aime l'autorité, qu'il la respecte jusqu'à la considérer comme un fait naturel ; si bien qu'il l'impose à celui qui la rejette, à celui qui ne souhaite pas contrôler ses égaux. Par là même, il refuse, on le voit, qu'une association étudiante puisse fonctionner sans autorité, qu'elle puisse redécouvrir la puissance politique de la multitude ; il refuse aussi d'entendre la parole populaire des étudiants, celle qui est peut-être minoritaire, mais celle aussi qui appelle les autres paroles populaires à s'élever.

Rozon est malheureusement comme beaucoup d'hommes d'affaires, comme nombre de politiciens de notre temps : il redoute les formes réelles de la démocratie, il craint l'instabilité du peuple, il tremble devant les exigences de la parole populaire. Avant d'aimer la démocratie, il aime l'ordre : il aime entendre le pas cadencé de ses employés qui entrent au boulot. C'est pourquoi il s'accroche à la démocratie parlementaire comme à sa vie : il souhaite la démocratie pliée dans les paramètres de l'ordre ; il l'aime seulement quand elle n'affecte pas son aisance.

La démocratie est pourtant le régime où se fait entendre le peuple, où s'expriment ses plaintes et ses envies ; et, qu'on le veuille ou non, le peuple est un être sauvage, il ne marche pas toujours dans les pas de l'ordre. Quand il s'impose, il est souvent imprévisible; quand il redécouvre son pouvoir politique, il peut même contester l'ordre de sa domination.

Si la CLASSE détient une aussi grande puissance politique, c'est d'ailleurs parce que ses formes démocratiques portent la parole populaire jusqu'à des niveaux politiques rarement atteints; si elle a résisté aux nombreuses attaques gouvernementales, c'est aussi parce que ses membres sont soudés par la décision démocratique.

Ainsi, quand Rozon déplore la démocratie étudiante, il pourchasse bien entendu un objectif clair : il souhaite nier son poids politique ; mais ce qu'il ne sait peut-être pas, c'est qu'il nous confie aussi un certain mépris, non seulement de la démocratie, mais aussi de la parole populaire, pour ne pas dire du peuple.

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Commentaires (13)

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  • Désabusés par le paysage politique actuel du Québec, il est normal que certains rêvent de lendemain meilleur. Mais en démocratie, les choses ne changent pas du jour au lendemain. Nos institutions ne sont pas aussi rigides qu'on le prétend, ni "prise en otages" par "les élites". Il faut au contraire s'impliquer, voter, participer à la vie communautaire. On peut étudier la situation de tout côtés, dire que c'est la faute à la génération des enfants-roi, le fait est qu'il y'a un grand malaise au Québec, avec nos élus. Mais la solution n'est certainement pas de se déchirer la chemise en public. Et encore moins succomber au romantisme révolutionnaire.

  • Petite erreur, j'ai écrit Michèle Ouimet dans mon commentaire, alors que j'aurais dû écrire Lysiane Gagnon. La première est littéralement en extase devant les porte-paroles étudiants à un point tel qu'elle ne peut s'empêcher d'attaquer tous ceux qui osent dire ce qu'ils pensent de ces chers petits. Sa hargne à l'endroit de Jacques Villeneuve, qui a osé parler en mal des étudiants en est un exemple frappant. Elle ne voit que le dérapage verbal des autres, mais jamais ceux des porte-paroles étudiants.
    Madame Gagnon parle des nombreuses erreurs du gouvernement avec calme et lucidité. C'est ce genre de chroniques dont nous avons besoin, car elle fait appel à notre raison, ce qui semble disparu dans certaines chroniques qu'on peut lire dans la Presse, ces temps-ci.
    S. Bergeron

  • "que Dieu nous protège de ces théories dangereuses et totalitaires ..."
    Hé hé... Je pense que c'est la plus belle prise de la journée.
    Tout simplement mort de rire!
    Merci

  • ORDRE & PAIX dans notre société ! Est-ce trop difficile à comprendre ? Quand les étudiants vont-ils cesser d'occuper nos rues le soir, quand allons-nous retrouver le calme total ... Sinon la seule solution pour faire cesser tout ca : que le Québec tombe sous la tutelle du gouvernement du Canada ... après tout, les dirigeants du Québec sont corrompus jusqu'à la moëlle, alors, qu'attendons-nous pour réclamer cette tutelle ?

  • J'ai lu l'analyse de ce philosophe et je me suis dit: «C'est probablement un révolutionnaire voire un anticapitaliste qui croit détenir la science infuse».
    Ces intellectuels d'extrême gauche sont parfois nombreux dans certaines facultés de nos universités.
    Il suffit de lire l'article précédent dans lequel l'auteur pourfend à la manière de Karl Marx le «capital» pour comprendre les nuances du texte...
    Le «philosophe» croit que la social-démocratie est à la solde du capitalisme et la véritable solution au bonheur serait l'abolition de la propriété privée et la prise de contrôle des moyens de production par l'État. Il ne le dit pas explicitement mais c'est la logique derrière le texte .C'est le totalitarisme du communisme et on connait la suite des choses...
    Il écrit: «On voit alors le mal qu'il y a à jurer que les idéaux de la social-démocratie forment la cause de son déclin, que son espoir d'égalité menace l'avenir du Québec. On le voit bien: ce n'est nullement son cahier des charges qui favorisa sa faillite; c'est plutôt son absence de courage politique. C'est qu'elle ne rompit jamais avec les logiques profondes du capital. C'est qu'elle fut toujours cette grande illusion qui s'effondre aujourd'hui sous nos yeux.»
    http://www.lapresse.ca/debats/le-cercle-la-presse/actualites/201206/06/48-470-le-paradoxe-de-la-social-democratie.php
    Fait-il s'étonner que ce philosophe soit un partisan de la CLASSE et de son idéologie anticapitaliste ? Que Dieu nous protège de ces théories dangereuses et totalitaires...

  • Pas fort m. le philosophe de cuisine. Votre philosophie tient du délire anarchique.

  • Michele Ouimet n'est pas blogueuse... Il est donc impossible de répliquer publiquement à ses propos de "chroniqueuse biaisée"...
    Une chance pour elle qu'elle ne soit que chroniqueuse car elle se ferait ramasser pour chaque phrase, toutes insignifiantes les unes que les autres, qui se trouve dans ses ramassis d'idées so-so-so...

  • Depuis plusieurs semaines, les porte-paroles étudiants chantonnent le même discours: le problème du gouvernement, répètent-ils, c'est qu'il refuse de nous donner ce que nous exigeons.
    Alors, ils se croient en droit d'inciter le "peuple" (lire les suiveux) à faire le plus de bruit possible pour mettre ce gouvernement à genoux.
    Les porte-paroles, avec la complicité de certains qui les voient dans leur soupe (voir la chronique de Michèle Ouimet) ont réussi à cacher que le seul et unique enjeu de cette crise est le gel et éventuellement la gratuité des études supérieures.
    Je plains ceux qui continuent de taper sur leurs casseroles, soir après soir, à qui on a fait croire que d'agir ainsi fera plier le gouvernement mais qui semblent ignorer que l'accessibilité aux études pour les familles de moins de 65 000 $ est enfin acquise...
    S. Bergeron

  • Vraiment, ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre que le mode d'organisation et d'action des associations étudiantes n'est pas traditionnel, et qu'il dérange ceux qui sont habitués de fonctionner de manière plus hiérarchique. Comme Gilbert Rozon, par exemple. C'est l'une des critiques les plus persistantes entendues contre le mouvement: "regarde comme ils ne se contrôlent pas!"
    Faut croire que y'en a qui préfèrent encore la méthode libérale; pas un mautadit chat pour seconder la motion du militant qui demandait une commission d'enquête sur la construction. Ça c'est de l'ordre mon homme! Eux ils en ont un, un chef!
    N'en déplaise à certains, les propos de M. Picard n'ont rien à voir avec la philosophie... juste un peu de bon sens et de lucidité.

  • M. Picard, je ne vous connais pas. Vous dites être doctorant en philosophie. Êtes-vous également médium ou devin ?
    Vous dites : "Quand il tient un tel propos, le fondateur du festival Juste pour rire nous indique qu'il aime l'autorité, qu'il la respecte jusqu'à la considérer comme un fait naturel".
    Selon les enseignements que j'ai reçus de la philosophie, j'ai toujours cru que le philosophe était à la recherche de la vérité et la pensée critique. Malheureusement pour vous, votre texte est truffée d'affirmations gratuites. Comment faites vous pour savoir ce qui se passe dans la tête de M. Rozon. Comment faites vous pour savoir qu'il aime l'autorité et qu'il la respecte jusqu'à la considérer comme un fait naturel à moins d'être devin...
    Ce qu'il faut comprendre des propos de M. Rozon c'est qu'il ne sert à rien de discuter avec la CLASSE puisqu'elle répète depuis toujours qu'elle n'a aucun contrôle sur ses membres quand il est temps d'instruire un peu de discipline et de rigueur. Par contre, quand il est temps d'en appeler à la désobéissance, les portes-parole semble avoir un impact sur leurs membres. Vous ne trouvez pas dans ces positions une incongruité intellectuelle ? En tant que doctorant en philosophie, un peu de rigueur ne vous ferait pas de tort.
    Bonne réflexion,
    H. Gallagher

  • Bien sûr, monsieur Picard, nous, les adultes, qui préféront l'ordre au désordre, sommes tous des cons! Mais, je vous dis bravo, car vous avez mis le doigt exactement sur le "bobo" démocratique, en écrivant "si elle (la CLASSE) a résisté aux nombreuses attaques gouvernementales, c'est aussi parce que ses membres sont soudés par la décision démocratique."
    Voyez-vous, nous, de la majorité silencieuse disons, en fait, la même chose: "si nous nous opposons à toute forme de violence, à toute manifestation illégale, à toutes ces prises d'otages de la population, c'est parce que nous sommes également soudés par la décision démocratique d'un gouvernement élu démocratiquement, je vous rappelle".
    Et je dis cela, même si je crois sincèrement que le gouvernement Charest a très mais très mal géré cette crise. Le "bobo" démocratique correspond au fait que tout un chacun s'approprie sa propre définition de la démocratie. Vous vous dites démocrate, je me dis démocrate, Rozon se dit démocrate, Nadeau-Dubois se dit démocrate, Khadir se dit démocrate, Charest se dit démocrate, Marois se dit démocrate, etc.
    Et, voyez-vous, dans cette crise, tout le monde semble posséder la vérité, en donnant sa propre définition de la démocratie; alors, comment voulez-vous qu'on s'entende? D'où le bordel actuel! Et d'où ma préférence pour l'ordre et l'autorité dans une démocratie qui, ma foi, est moins pire que la dictature qui sévit en syrie!
    Mais, j'ai une solution pour vous et tous ceux et celles qui semblez si convaincus que nous sommes si malheureux, ici, au Québec: allez vous battre là où notre démocratie le permet si bien, dans l'arène politique, en formant le «Parti du Carré Rouge». Ayez cette audace et nous verrons bien ce que la population pensera de votre définition de la démocratie!
    Jacques Robert

  • La CLASSE est maintenant notre nouveau modele, notre nouvel religion. Peuple élisons la CLASSE et enfin nous pourrons 'vivre sans autorité' seulement quelques porte-parole. Chaque 'revendicateur' dans la société aura son carré de la couleur de son choix (faut quand meme se reconnaitre parmi nous) et nous pourrons choisir les lois qui nous plaisent et désobéir a celles qui nous déplaisent. Merci monsieur le philosophe de nous montrer le chemin. Enfin quelqu'un qui a trouvé la solution.

  • "...Si la CLASSE détient une aussi grande puissance politique" hein? c'est grand, zéro?

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