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Qui veut d'une solution à coût nul?

Walid Romani
 

Walid Romani

Écrivain et enseignant

Selon le ministre Bachand, il fallait une solution à «coût nul». Ce qui est fantastique, c'est qu'elles pullulent et malgré cela nous sommes dans une impasse. Nous pouvons reprocher aux étudiants un manque de vision à long terme (les Fédérations) ou de désir réel de négocier (la Coalition Large de l'ASSÉ), mais il est évident que tout cela est devenu un combat idéologique qui se fait au détriment de la condition socio-économique des étudiants.

L'État comme les associations étudiantes ont échoué à démontrer qu'ils étaient capables d'évoluer et d'innover pour le bien commun. Si certains n'hésitent pas à comparer le gouvernement libéral à celui de Duplessis, on pourra renchérir en disant que le mouvement étudiant s'inspire d'un syndicalisme des Temps modernes.

Alors que le ministère de l'Éducation nous ressort encore une fois sa machine à endetter une génération alias l'aide financière aux études (à laquelle il devrait appliquer le même calcul de «juste part» indexée s'il voulait être pris au sérieux) comme moyen de préserver l'accessibilité, les associations restent plantées sur les ancestrales positions de gel et gratuité.

Bien sûr, on pourra nuancer ce qui précède, mais ce qui a été proposé avait surtout pour but de gagner du temps afin d'éventuellement obtenir ces monolithiques revendications. La Classe se défend de ne pas vouloir faire de compromis alors qu'elle refuse la commission d'évaluation des universités (proposition des Fédérations), le remboursement proportionnel au revenu (RPR), l'impôt post-universitaire ou l'indexation. En fait, quand elle veut faire un compromis, elle le fait au détriment du financement de la recherche des étudiants de cycles supérieurs.

Conclusion: toutes ces stratégies ont lamentablement échoué! Le dialogue de sourds entre les regroupements étudiants et le gouvernement est comme ce slogan de pancarte: «Qu'est-ce qu'on veut ? Le voyage dans le temps. Quand est-ce qu'on le veut ? Ce n'est pas pertinent.» Le modèle des frais de scolarité est dépassé. Il est claqué sur un système encore plus ancien que le capitalisme: le troc. En fait, la vraie question qu'il faut se poser, c'est: sommes-nous capables de respecter à la fois les positions des libéraux et des étudiants ? Est-il possible de conjuguer hausse de la contribution étudiante et accessibilité aux études ?

La CAQ a proposé un RPR à 5% pour un maximum de 10 ans. Une idée que je propose de bonifier en réduisant ce taux à 1,7% et en établissant les frais de scolarité à 4500$ par année. Un système dans lequel les diplômés faisant moins de 30 000$ se verraient offrir la gratuité, ceux de moins de 40 000$ les frais de 2007 et ceux de moins de 50 000$ les frais de 2012. L'effacement automatique de la dette au bout de 10 ans crée de lui-même un plafond de cotisation pour chaque tranche de revenu. L'avantage de cette proposition, c'est que peu importe la hausse, elle n'affectera que les revenus de ceux qui feront plus de 70 000$ par année. De plus, les économies en matière d'aide financière aux études (abolition des frais de scolarité) et une réforme du crédit d'impôt pourront financer les coûts du système rendant possible une mutualisation des intérêts de la dette étudiante.

Qui déjà voulait une solution à coût nul ? Le gouvernement ? Les étudiants ? Comme on le voit, il est possible d'aller plus loin que le simple gel sans que personne ne perde la face. Il est temps de laisser tomber le débat idéologique et d'ouvrir les portes des universités à tous.

L'auteur est écrivain, étudiant au Doctorat en littérature comparée à l'Université de Montréal et enseignant.

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Commentaires (5)

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  • Petit ajout: le 9,60 $ par jour était pour les trois enfants...
    S. Bergeron

  • @Jerry1488:
    C'est vrai que les plus nantis paient plus d'impôt, personne ne le nie. Mais il leur en reste proportionnellement plus dans les poches que les moins nantis.
    Un petit exemple de l’effet pervers de l’universalité des programmes : monoparentale, salaire annuel de 23 000 $, pas de pension alimentaire. Trois enfants au service de garde : coût de 9,60 $ par jour, grâce à la subvention basée sur le salaire, entièrement déductible d’impôt à la fin de l’année comme tous ceux qui ont des frais de garde. Instauration de la « garde à 5 $ » : deux enfants au service de garde : 10 $ par jour, non déductible d’impôt, ce qui m’enlève un « retour d’impôt » qui était plus que bienvenu.
    Qui a le plus bénéficié de cette mesure universelle? Moi ou ma collègue qui gagnait plus de 80 000 $?
    C’est exactement la même chose avec le gel : qui va le plus en bénéficier? Les familles plus nanties!
    S. Bergeron

  • @ s.bergeron
    Entre vous et moi, est-ce juste que la société toute entière paie pour les études supérieures des familles les plus nanties, alors que la majorité de cette société est composée de familles de la classe moyenne, qui donc gagne moins de 85 000 $ par année?
    non , MAIS!!!!! les familles riches paient beaucoup plus d'impôt, c'est le principe de base des impôts!!!!!!!!!!!!!! Donc au final le système fonctionne ( si bien appliqué) et il est juste.

  • Une autre solution combinant gratuité et augmentation:
    -Gratuité pour les revenus inférieurs à 100,000$.
    -Augmentation de 325$ par année aussi longtemps que nécessaire pour que le gouvernement atteigne ses objectifs financiers pour les revenus supérieurs à 100,000$.
    Autrement dit une solution "win-win". À mon avis cette solution est la plus simple et la plus claire, elle ne prête pas à interprétation, facilite l'accès à l'université pour les moins riches et diminue les subventions aux plus riches.
    Je n'ai pas vu de solution offrant tous ces avantages dans tout ce qu'on a proposé à date.

  • Comme vous semblez l’ignorer, je suis heureuse de vous informer que le ministère de l’Éducation n’endette pas UNE génération, puisque tous les étudiants dont la famille gagne moins de 60 000 $ ont maintenant droit au maximum des bourses. Celles-ci commencent à DIMINUER quand le revenu familial dépasse ce montant et elles ne sont totalement abolies qu’à 85 000 $ de revenu familial annuel. Et n’oublions pas non plus que les calculs diffèrent selon le nombre d’enfant dans une famille, c’est donc du cas par cas, mais il faut souligner que ce n’est qu’une minorité qui n’aura que des prêts et qui, donc, sortira avec une dette plus ou moins élevée, à moins que sa famille ne l’aide pas du tout.
    Il faut aussi répéter que, pour éviter de subir une augmentation, ces porte-paroles suggèrent d’abolir la subvention que verse le gouvernement pour le REEE. C’est plutôt ironique de constater que cette proposition priverait les futurs étudiants de sommes pouvant leur faciliter la vie afin de subventionner les études des jeunes d’aujourd’hui! N’est-ce pas précisément ce qu’ils reprochent avant tant de hargne aux baby-boomers?
    Entre vous et moi, est-ce juste que la société toute entière paie pour les études supérieures des familles les plus nanties, alors que la majorité de cette société est composée de familles de la classe moyenne, qui donc gagne moins de 85 000 $ par année?
    Les porte-paroles ont réussi à faire « disparaître » leurs exigences derrière le ras le bol d’une certaine couche de la société vis-à-vis ce gouvernement, et l’opposition a sauté à pieds joints dans cette mascarade, tout comme les syndicats et des chroniqueurs qui voient ces jeunes dans leur soupe.
    Est-ce que quelqu’un peut expliquer raisonnablement pourquoi la nouvelle de « l’interrogatoire de 80 minutes subi » par le porte-parole de la classe il y a quelques semaines sort précisément le jour où les organisateurs du Grand Prix annoncent l’annulation de la journée portes ouvertes? Veut-on faire oublier les menaces qu’il a proféré lors des négociations, quand Madame Courchesnes a encore refusé de lui donner ce qu’il veut à tout prix, c’est-à-dire le gel total pour les étudiants?

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