Tout le monde en convient, ou presque. Le printemps érable est l'éveil d'une génération. Ce n'est pas l'histoire de quelques individus leaders ni d'organisations jeunes infiltrées. Ce n'est pas non plus juste une lutte concernant la hausse des droits de scolarité. C'est quelque chose de plus profond commencé au début des années 2000 par des mobilisations altermondialistes. Sa vigueur fut aussi alimentée par des gouvernements lancés dans des dérives politiques sans précédent.
Tout le monde en convient aussi, ou presque, une jonction s'est faite entre la génération jeune et celle des baby-boomers. Le tintamarre des chaudrons en est l'illustration. Moi je suis de cette génération de «vieux» qui a appuyé spontanément la génération de jeunes. Cela s'explique par le réveil des idéaux endormi de cette génération de «vieux» de plus en plus retraitée, mais en forme physiquement et mentalement. Cette génération de «vieux-jeunes» a aussi découvert l'utilité des médias sociaux.
Cette jonction de générations peut être un mélange explosif pour ceux et celles qui ont peur et quelque chose à perdre comme du pouvoir économique ou politique ou encore celui du contrôle de l'information. Il ne faut pas se surprendre de leur attitude défensive, bien qu'on doive s'en attrister.
Par contre, cela représente un immense espoir pour l'ensemble du peuple québécois et surtout vu par les gens progressistes. Ceux-là voient, comme moi, que l'été érable suivra le printemps érable. Le printemps érable a été la semence d'une jeune pousse. Cette jeune pousse grandit dans un terrain fertile entretenu depuis longtemps par les plus vieux.
Ces jeunes qui poussent sont plus instruits. Ils sont vites sur le piton. Ils ont une vision d'ensemble mondiale. Ils se sont ouverts, en mai 2011, à la vision de Jack Layton. Mais ils sont aussi sortis du carcan idéologique du nationalisme étroit. Cependant, ce qu'ils veulent est bien embryonnaire dans leur esprit. On est jeune, on ne peut tout savoir, m'a dit une de ces jeunes, d'à peine 18 ans, lors de la manif du 4 mai à Victo, juste avant que je me sois fait poivrer.
Mais que faire pour soutenir cette jeunesse pleine d'idéaux, de la part de l'immense majorité de Québécoises et Québécois qui croient en la justice sociale et toutes les valeurs qui lui sont apparentées?
Il y a une chose que nous ne devons pas faire, c'est d'uriner sur les plans en train de pousser. Cela l'autorité l'a fait depuis des mois. Il en a résulté ce qu'on sait et cela pourrait être encore plus grave comme on l'a vu dans les années 70.
Il ne faut pas avoir peur non plus. Peur de perdre sa pension, son travail, son chômage, des étrangers. Sachons simplement que si l'on respecte la génération actuellement jeune, dans le futur, elle sera là pour bien plus que pour changer nos couches. On l'aura pour vraiment nous accompagner dans notre dernier bout de chemin.
Il ne faut pas non plus être paternaliste envers les jeunes. Le plus mauvais service qu'on pourrait rendre à la génération jeune, c'est de faire à sa place ou d'attendre qu'elle suive notre piste ou encore de les gâter, ce qui est plus facile que de les accompagner vraiment.
Il faut les respecter profondément. Cela passe par les écouter et les entendre, par les considérer vraiment comme des citoyens et citoyennes à part entière, par les voir à côté de nous et non en dessous, par la reconnaissance de leurs valeurs propres, par donner son opinion et les confronter aussi. Cela est bien autre chose que de regarder passer le train.
Mon grand-père aurait dit qu'on doit aider les jeunes plants à s'épanouir, en les cultivant. Cultiver, c'est enchausser les plans, les arroser, les empêcher de faner et détruire le chiendent. Cultiver, ce n'est pas l'inertie ou uniquement conduire les jeunes à leur sport favori. C'est être à leur côté comme l'ont fait les «frappeux» de casseroles récemment. C'est la mission des baby-boomers dans cet été érable.
Dans l'été érable, il doit y avoir place pour des projets collectifs appartenant complètement aux jeunes. Dans les années 70, des projets subventionnés dont les jeunes étaient entièrement maîtres, avaient fait naître des garderies, des cliniques juridiques, des coopératives de consommation, des radios et télés communautaires. Plus tard, cela s'est transformé en politiques, ce qui est devenu le projet social québécois. La naissance de ce dernier a eu bel et bien lieu dans des cuisines et dans la rue.
En conclusion, en ce début d'été érable, on se retrouve avec de magnifiques pousses ayant de fortes racines. On peut uriner dessus, on peut laisser pousser le chiendent qui leur fera de l'ombre inutilement. On peut aussi les accompagner vers leur âge mature, sans les cacher du soleil par notre omniprésence, tout en les enrichissant de tout notre savoir-faire, riche de plus d'un demi-siècle. Et si l'on fait cela, oui, on aura dans quelques années une population qui ne fera pas que changer nos couches de vieux et vieilles, mais nous accompagnera d'une façon égalitaire dans notre dernier bout de chemin.
L'auteur est retraité depuis deux ans. Âgé de 67 ans, il a travaillé dans le milieu communautaire pendant quarante ans. Il a pris sa formation dans le Mouvement Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC)
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