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Dans le mépris, pas de solutions au conflit étudiant

Jean-Philippe Daoust
 

Jean-Philippe Daoust

juriste et homme d'affaires dans le domaine des technologies de l'information

Cette lettre est en réaction à une vidéo intitulée «Gaétan Maudit pète sa coche sur la hausse» qui circule présentement sur YouTube. Dans cette vidéo, Monsieur Maudit (appelons-le ainsi) traite tous ceux qui sont en désaccord avec les étudiants, sur la forme ou sur le fond, d'ignares et «d'enculés du système» (sic) et les met au défi de présenter UN argument valable défendant leur position. Et il se dit informé!

D'entrée de jeu, je dois préciser que je critique souvent le conflit étudiant, je ne suis pour autant ni pour la hausse (je crois qu'il y a d'autres dépenses publiques à revoir en premier) ni pour le gouvernement Charest (qui fait un travail déplorable présentement) ni pour la loi 78 (qui est une très mauvaise loi dans les circonstances). Je ne suis pas de gauche pour autant, ni très à droite. Oui, je suis capitaliste, oui je trouve que la primauté du droit et nos institutions démocratiques doivent être respectées, mais, en même temps, je suis fier, après un long séjour à l'étranger, d'être revenu vivre dans notre belle sociale démocratie... et de payer plus que ma part de ses programmes sociaux auxquels je crois.

Mais de voir les gens qui, comme moi, ont de la difficulté à comprendre ce mouvement si virulent, se faire insulter sans réserve... eh bien, ça va beaucoup trop loin. La popularité de cette vidéo et le nombre de «Like» sur les médias sociaux montrent la hargne et le refus de discuter d'une large majorité de la gauche. Alors que je commence à m'intéresser et surtout à beaucoup mieux comprendre leur «combat», alors que le mouvement des casseroles semble édifier et rassembler, cette vidéo et l'enthousiasme qu'il suscite dans la gauche divisent et polarisent. Personne de la gauche pour remettre ce monsieur frustré à sa place. Personne de la gauche pour reconnaître que la droite a des arguments, notamment le risque d'une crise à l'Européenne si nous ne reprenons pas le contrôle de nos dépenses, et que nous avons besoin d'un sérieux débat de fond. Et on me traitera de fasciste si je le contredis, même poliment?

C'est ce que je reproche au mouvement étudiant et aussi au contre-mouvement trop silencieux. C'est le mépris. C'est le «you're with us or against us». Très Georges Bush. Très polarisant, très irrespectueux et donc destructeur de notre société plutôt que constructeur. Le conflit étudiant ne se dénouera pas tant qu'on n'aura pas la chance d'avoir un sérieux débat de société. Faut-il attendre les prochaines élections, ou est-ce que de vrais leaders se lèveront avant ça? Avant plus de radicalisation et avant plus de conséquences néfastes sur notre économie et nos institutions? Sans compter sur la vie des étudiants, rouges ou verts, qui sont en train de bousiller leurs études? Imaginez si toute cette créativité et toute cette énergie étaient utilisées pour comprendre nos défis de société et planifier le futur?

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Commentaires (9)

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  • Je suis toujours sidérée de lire et d'entendre que le fait de dire non aux étudiants équivaut à du mépris. Les porte-paroles étudiants, tout comme bien des gens qui les appuient, ont souvent dit que M. Charest les méprisait parce qu'il ne s'assoyait pas à la même table qu'eux, alors que le gouvernement avait déjà donné sa réponse à l'exigence du gel ou de la gratuité. J'aurais trouvé ça d'un paternalisme épouvantable que M. Charest soit obligé d'aller leur dire lui-même que c'était non! Comme à un enfant qui aurait besoin que ce soit le papa qui lui confirme le refus de la maman...
    Quand les Pratte, Dubuc, Martineau et autres apportaient des arguments logiques à des faits concrets, on a répété sur tous les tons qu'ils méprisaient les étudiants.
    Quand on ose dire qu'on est pour la hausse des frais de scolarité et qu'on est écoeuré pas à peu près des manifestations et du cognage de chaudrons, on se fait dire qu'on est méprisant, de droite, anti-étudiants, anti-jeunes, vieux, baby-boomer (peu importe notre âge), voleur (on veut les faire payer pour NOS études en plus des leurs), toutes les insultes y passent. Pas moyen d'en jaser calmement...
    Et les chaudrons si festifs me sortent maintenant tellement par les oreilles que j'ai une folle envie de sortir mon boyau d'arrosage quand ça dépasse 15 minutes... Ça me permettrait de savoir si les cogneux y trouveraient autant d'amusement que quand ils frappent leurs casseroles et cassent les oreilles à leurs voisins. C'est dire à quel point la situation devient de plus en plus tendue et que je ressens tellement peu d'espoir de la voir se régler calmement, raisonnablement (dans le sens de raison)!
    S. Bergeron

  • @martin.tougas
    C'est justement tout ça le problème...
    C'est que personne dans tout ceci, de la droite ou de la gauche, ne s'élève au dessus de la mêlée. Ce que ça revient à dire, c'est que l'extrémisme, d'un bord ou de l'autre, c'est du pareil au même. Ça aboutit aux mêmes maux et aux mêmes problèmes...
    Dans le cas qui nous intéresse, le gouvernement, les syndicats, les associations étudiantes, les Charest, Marois, Nadeau-Dubois, Bureau-Blouin et autres, utilisent tous les mêmes stratagèmes pour mentir sur leurs intérêts véritables et pour manipuler l'opinion publique. Comment affirmer qu'on a toujours été ouvert à la négociation de part et d'autre lorsque dans le fond, c'est tout à fait faux et qu'on veut rester sur ses positions de part et d'autre.
    La jeune génération a beau dire qu'elle veut des changements, mais ce n'est pas en abusant des mêmes stratagèmes et des mêmes mensonges, en agissant comme nos vieux politiciens, qu'elle va gagner ma confiance. Ils jouent le même jeu... et ce n'est pas ça s'élever au-dessus de la mêlée. Et ce n'est surtout pas ça qui va nous donner un souffle nouveau. Quand on sera capable de dire la vérité, j'irai moi aussi taper sur ma casserole dans la rue. Pour le moment, je n'y crois tout simplement pas.
    Jacques Allard

  • J'ai tellement entendu de haine et de mépris envers les étudiants depuis le début des manifestations que je comprends très bien la réaction de l'homme dans ce vidéo. Les "journalistes" qui déversent leur venin dans les journaux jours après jour, les radios qui, sans dentelle, parlent contre ce mouvement qui va dans la rue et manifeste ne vous dérange pas? Ahhhh ils sont de votre côté... voilà tout.... De tous les côtés, la haine et le mépris n'a pas sa place.

  • Tout à fait d'accord avec martin.tougas. Il ne faut pas confondre le ton caricatural avec le mépris. Mépris dont M. Dubuc fait preuve encore aujourd'hui dans sa chronique. Il écrit : "Ce glissement du débat, on le voit très bien dans le clivage entre les points de vue des journalistes qui signent des textes d'opinion dans La Presse. Les chroniques d'humeur appuient le mouvement étudiant et les textes analytiques approuvent les hausses." Quelle arrogance! La raison qu'il incarne contre l'émotion de ses collègues qui divergent d'opinion. À la place de ces collègues, j'aurai envie de lui écrire deux mots...

  • Être en désaccord ce n'est pas du mépris.
    Je n'hésite pas à mépriser les inconscients qui,
    à l'ère de l'information, ne prennent pas la peine de se renseigner avant d'agir et qui se foutent des conséquences.
    En ce moment, dans les rues du Québec, il y a une montée d'un mouvement tout aussi informé, tout aussi radical que le Tea Party.
    Des ignorants que je méprise.

  • Voilà un argument à la gauche de M. maudit
    En 2010,15% des québécois de 20 à 24 ans n’avaient pas obtenu un diplôme secondaire. En 2009, 14% des ménages québécois vivaient sous le seuil de pauvreté. En 2003, un québécois sur deux n’avait pas le niveau requis en matière de compréhension de textes suivis. Croyez-vous réellement que la gratuité scolaire à l’université va faire disparaître par magie le décrochage scolaire, le taux d’analphabétisation et le fait que 15% des enfants ne peuvent pas manger à leur faim ? L’origine sociale est le déterminant le plus important dans la réussite des études universitaires alors que l’augmentation des frais de scolarité à très peu d’impact. Pourquoi devrait-on subventionner les individus qui ont tiré le numéro chanceux à leur naissance au détriment des défavorisés. Pourquoi ne pas investir prioritairement dans la qualité de l’enseignement au primaire et secondaire avant de subventionner les étudiants des classes privilégiées ?
    Cette crise n’est pas un mouvement social, c’est un pillage organisé par les plus riches envers les plus démunis. Envers ceux qui n’ont pas la chance de terminer leurs études secondaires et encore moins de faire des études universitaires pour la simple raison qu’une partie des richesses qui pourraient les aider est détournée au profit du quantiles le plus riche de notre société. Les leaders étudiants se donnent un air social-démocrate en s’attaquant aux 0.1% des plus riches, mais dans les faits, leurs propositions ont l’unique but de redistribuer cette richesse aux 30 % des plus riches. Si le gouvernement refuse de taxer davantage les plus riches, aucun problème, coupons les services aux plus démunis ! La preuve qu’ils n’en ont rien à foutre de la social-démocratie est le peu d’indignation suscité par la réforme du gouvernement Harper sur l’assurance-emploi. On peut les comprendre, les diplômés universitaires font partis du groupe social le moins touché part le chômage. Pourquoi se donneraient-ils la peine de militer pour un service qu’ils devront payer et n’utiliseront pas ?

  • Honnêtement je m’étonne que le centre-droit, dont je fais partie, ne s’insurge pas. C’est le silence radio. Comme si certains leaders de la droite québécoise, aveuglés par un sentiment de dédain et de non-respect de ceux qui ne pensent pas comme eux, étaient prêts à renoncer à certains de leurs droits pour assouvir leurs frustrations.
    ? Il n’y a pas de honte à évoluer dans la vie. Cela montre juste une ouverture d’esprit. Mais encore plus, c’est un devoir d’écouter les autres. Écouter ne veut pas obligatoirement dire de renier ses valeurs. Je me considère à l’écoute de ceux qui sont dans la rue actuellement et pourtant je ne sens pas que je suis en train de renier ce que je suis. J’ai déjà dit que les 40 ans et plus avaient peut-être manqué quelque chose en n’étant pas à l’écoute. Juste de se poser la question « Et si nous avions tort? » serait déjà un bon début.
    Christian Tremblay, @romanquebecois

  • Pourquoi toujours tout ramener à un débat gauche - droite? Jusqu'à quelques années on ne parlait jamais en ces termes. Vous parlez de "contre nous" ou "avec nous", pourtant en parlant de gauche ou de droite, c'est exactement ce genre de catégorisation que vous faites.
    Pourtant je ne connais personne qui puisse être totalement peinturer d'une couleur ou d'une autre.
    "Personne de la gauche pour reconnaître que la droite a des arguments, notamment le risque d'une crise à l'Européenne si nous ne reprenons pas le contrôle de nos dépenses, et que nous avons besoin d'un sérieux débat de fond. "
    Je ne crois pas que d'agiter l'épouvantail de l'Europe soit représentatif de notre situation. Je regarderais plutôt du côté de la corruption et de la mauvaise gestion. Je regarderais également du côté des cadeaux faits aux banques et aux compagnies. Nous sommes litérallement à genoux devant eux de peur qu'elles partent!
    Je le dis et je le répète, nous pouvons faire de très belle chose au Québec mais il faut bien gérer nos fonds ce que nous ne faisons pas.
    François Racine

  • Il semble évident que M Maudit propose une version caricaturale de la situation. Comme vous je suis ni contre ni pour les étudiants/Gouvernement. Par contre je constante que l'on juge rapidement la propagande tel que celle de M. Maudit, et ce surtout à cause du ton "vulgaire" qu'il utilise afin de rejoindre le plus de gens possible. De l'autre coté, j'ai lu plusieurs chroniques et éditoriaux dans La Presse et autres journaux qui avaient le même ton méprisant mais qui utilisaient un language "correct". Alors, comment pouvez vous demander aux pro-étudiants de remettre les M. Maudit de ce monde à leurs places, et de l'autre coté, ne pas demander ceux en opposition aux étudiants de ne pas dénoncer le mépris des Pratte, Dubuc, Martineau et autres.
    Et non, je ne joue pas de casseroles.
    Martin

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