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Loi spéciale, Star Wars et la démocratie étudiante

Guillaume Charette
 

Guillaume Charette

Étudiant à l'école du Barreau de Montréal

Le retour du Jedi, Gabriel Nadeau-Dubois campe le rôle principal, Mlle Desjardins le rôle de la princesse, M. Bureau-Blouin celui d'Han Solo sans le côté macho, Michel Arsenault ferait un bon Yoda, Marx apparaît ponctuellement pour conseiller en tant qu'Obi-Wan. La table est mise pour la guerre de la classe.

Outre le mauvais jeu de mots, la même logique «star-warsienne» du bien contre le mal peut être transposée au Québec de 2012, où le Parlement et ses lois sont relativisés, où les juges sont des soldats de l'Empire, où les étudiants sont des enfants innocents tous d'accord avec le gel, où une génération au complet est représentée (mais il lui faudrait un mandat) par un porte-parole dont les motifs sont nobles.

On peut se lancer dans de grandes tirades sur qui fait le plus fi de la démocratie, mot que l'on torture allègrement ces jours-ci pour tenter d'oublier que le pire premier ministre qu'aura connu le Québec depuis longtemps est celui qu'on a choisi. Mais que feront-ils, ces étudiants contre le méchant empire (lire: leurs concitoyens), qui nie leur démocratie à eux? Si on donne un sens nouveau au mot, est-ce que ça ne veut pas dire que les décisions des associations deviennent aussi impératives que celles de Québec?

Le mot démocratie a un sens réel, objectif. En 2012, il existe une façon de régler les différentes conceptions normatives que nous avons lorsque vient le temps de parler d'enjeux sociaux. En votant, on ne se fait pas demander ce que l'on veut sur tous les enjeux pour les prochains cinq ans, car au Québec la démocratie parlementaire est basée sur la délégation. On est censé estimer le député particulièrement intelligent et intègre, mieux placé que nous pour prendre ce genre de décisions. Le fait que notre gouvernement soit en place depuis neuf ans alors qu'il est corrompu, inefficace et sans vision en dit long sur notre capacité à juger de la qualité de nos leaders. Qu'on tente aujourd'hui de faire semblant qu'il est du rôle de la personne qu'on a désignée pour diriger de décider de faire de grandes consultations afin que tous les groupes de pression puissent être écoutés et obéis relève aussi de la fantaisie nihilocrate où tout le monde parle, mais personne n'agit, de peur de froisser son voisin.

En 2012, au Québec, nous avons besoin d'un leader. Quelqu'un qui laisse faire les cajoles opportunistes, qui a le culot et le front de sortir la calculatrice et de vous faire réaliser que vos revendications n'aident que les plus riches, que vous agissez hors de votre mandat, de votre droit, et que si hors de l'émission d'un point de vue vous souhaitez imposer une solution, et bien vous n'avez qu'à vous partir un parti politique. En suspendant la session de ceux qui ont le droit à leurs cours, mais qui se font imposer une grève par la majorité de leur association, Charest refuse de mettre le chapeau du gars qui décide et défend. Il invite encore les étudiants les plus brimés à saisir la cour, pour imposer un état du droit plutôt clair, mais ignoré. La rage étudiante est palpable, mais est-ce qu'ils réagiront enfin par un vrai vote, pendant une vraie élection, pour régler le vrai problème? Ils n'étaient que 46% la dernière fois. En se réfugiant derrière leurs associations, en évitant l'urne, les étudiants nous montrent que le problème est ailleurs: ils ne participent plus à la démocratie.

L'auteur est étudiant à l'école du Barreau de Montréal en septembre, quasi diplômé en économie-politique, plaideur passionné, curieux motivé.

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Commentaires (4)

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  • M. Alex2727,
    Le bâtonnier, Me Masson, a été fortement critiqué pour sa prise de position qui était supposée être celle des avocats en général. Or, son plaidoyer pour une négociation, médiation, est paru à plusieurs comme une attitude qui relativisait le viol de la loi et des injonctions, au profit d'un règlement politique. Un journaliste aurait dit ça, bof. Le bâtonnier, représentant de tous les juristes du Québec, qui dit que la loi et les injonctions, bof, réglez ça en médiation? Mon fil Twitter était en feu: beaucoup avaient honte qu'on prenne position, non en tant que personne, mais en tant qu'avocats, en faveur d'une solution ajuridique, alors que pendant que tous ces viols se perpétraient, Monsieur le bâtonnier a gardé le silence.
    Pour ce qui est de la justice, comme je l'ai déjà dit, on peut dire qu'il est injuste de violer les droits des uns, et qu'il est injuste que les autres ne soient pas entendus. Il est injuste que je sois né pauvre, et il sera injuste que j'aille à la tombe couvert d'or (espérons...). Hors du juste, du relatif, du "mou", je vous propose qu'il faut, pour l'instant, se préoccuper du minimum vital qui nous permettra de débattre de ce "juste", de ce "bon", dans l'arène politique.
    En attendant, les esprits sont trop échauffés, et les discours trop émotifs, idéologiques pour ça.
    M. Db2012: Je ne vois pas ce que la CLASSE a à dire sur le Barreau. Qu'ils se prononcent sur tout et sur rien: c'est à l'assemblée nationale que ce débat sera réglé. C'est le propre des associations en tous genres de se prononcer sur tout et sur rien, justement. Je ne les blâme pas d'être fidèle à leur tradition. À côté de leurs locaux il y a des graffitis anarchistes partout, et après leurs manifestations à l'UQAM, il y avait des graffitis disant "la gratuité pour tout". Je sais qu'il s'agit d'anecdotes, néanmoins en étant un brin bon joueur on se doit de reconnaître que nul part sauf à l'UQAM et dans les rangs de la CLASSE, est-ce qu'on retrouve cette mentalité de "tout gratuit, c'est bien normal, on me doit ça".
    M. Nikalix: je n'aime pas cette perspective où il faut qu'on accommode M. X, Y, Z, de 25 ans et moins, pour qu'ils se rendent à l'urne. C'est le parlement qui modifierait la participation démocratique, c'est comme ça que ça marche. Or, comment commencer une "révolution érable" si on n'est même pas foutu d'utiliser LE moyen Québécois de changement, le vote? Les jeunes n'ont qu'à investir massivement ce système s'ils le trouvent pourri, et se l'approprier. Verriez-vous ça: les boomers cessent de voter car ce sont leurs jeunes qui font rouler le Québec à travers leurs rêves, engagements, leur dynamisme et leur courage?
    J'aimerais cela, mais il faut croire que pour autant que la facture des frais de scolarité ne bouge pas, on ne fera pas voter les jeunes. Tough luck.

  • J'ai affirmé dans un récent commentaire qu'il existait dans notre société des lois injustes qui opprimaient les plus faibles et protégeaient le pouvoir, en faisant référence à Air Canada et autre chose. Vous ne sembliez pas d'accord. Comment se fait-il alors que le Barreau du Québec ait décrié la loi spéciale instaurée par Jean Charest s'il n'y a pas une forme d'injustice ou quelque chose d'anormal...?

  • "ils ne participent plus à la démocratie."
    Lorsque nous auront une democratie participative ils y participeront.
    Une grande partie de notre jeunesse se rends tres bien compte que ce que les gens appellent democratie est du totalitarisme inversé.
    En toute conscience ils ne peuvent participer a cette mascarade.

  • Bonjour,
    J'aimerais avoir votre avis en tant que membre du Barreau sur cette revendication trouvée dans le résumé des mandats du Congrès de la CLASSE du 5 mai 2012 au Cégep Marie-Victorin:
    "1. Que la CLASSE se positionne pour une baisse des frais de scolarité dans une perspective de gratuité scolaire à l’École du Barreau du Québec ;
    Que la CLASSE milite afin que les étudiantes et étudiants grévistes puissent avoir accès à l’automne 2012 aux formations de l’École du Barreau du Québec, peu importe la date finale de remise des notes de la session d’été 2012 de l’UQAM."
    Vous pourrez trouver ce résumé ainsi que les procès-verbaux et les cahiers de congrès de la classe sur ce même site.
    J'aimerais avoir votre interprétation de cette revendication qui me semble à tout le moins spéciale dans le contexte de ce conflit.

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