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La francisation des immigrants: véritablement liée à leur intégration?

Murielle Chatelier
 

Murielle Chatelier

Journaliste pigiste

Ces derniers mois, on parle beaucoup de l'importance de la francisation des immigrants dans les médias. Une enseignante de la CSDM, Tania Longpré, qui commente constamment l'actualité à ce sujet en raison de sa proximité avec les néo-Québécois auxquels elle donne des cours, a même déjà écrit que «l'outil d'intégration le plus puissant [qui soit est] la langue française». Ayant deux parents immigrants parfaitement francophones, je peux vous affirmer que c'est tout à fait faux.

» Lire le billet de Tania Longpré

D'un point de vue «majorité», les immigrants ne s'intègrent pas au Québec. Particulièrement ceux qui arrivent ici à l'âge adulte et qui proviennent de pays en voie de développement. Vous n'avez qu'à vous promener dans les quartiers à forte concentration ethnique pour vous rendre compte que beaucoup de nos citoyens ne connaissent pas le Québec et ne s'y intéressent pas. Ce qui les préoccupe, c'est surtout l'amélioration de leur propre sort et celui de leurs proches. Ils ne sont certainement pas venus ici avec l'idée de contribuer activement à leur nouvelle société.

Peut-on leur en vouloir? Difficile. Ils ont quitté leur pays en laissant derrière eux famille, amis et repères. Souvent, ils partent en promettant aux leurs que dès qu'ils en auront la possibilité, ils leur enverront de l'argent pour les aider. Ils arrivent ici avec cette immense préoccupation, avec un poids sur la conscience. S'ils ne font pas cette promesse, ils partent parfois en se disant qu'un jour, ils reviendront chez eux.

Je ne sais pas si la politique sur le multiculturalisme établie en 1971 a pris en considération ce genre de «détail». Avait-on pensé que les immigrants ne parviendraient pas à développer un sentiment d'appartenance à leur terre d'accueil à cause de leur attachement à leur passé?

Mes parents sont arrivés ici au début des années 1970. Vous ne leur ferez jamais dire qu'ils sont Québécois, même après 40 ans de présence en sol montréalais. Ils ne s'identifient pas à notre société, à ses valeurs, à ses moeurs. Leurs racines sont ailleurs, tout comme celles de leurs semblables. Mais le plus inquiétant, ce n'est pas ça, parce qu'à mes yeux, on aurait pu prévoir une telle évidence.

Qu'on me dise que les immigrants ne sont pas intégrés me laisse complètement froide: c'est une réalité que je vois au quotidien. Même quand je pose une action banale comme m'épiler les sourcils, j'y suis exposée. Oui, quand je vais dans un certain salon de beauté du quartier Parc-Extension et que je m'étends sur ma chaise, je n'ai droit qu'à ces mots : «Thin or not thin?» C'est tout ce que l'esthéticienne pakistanaise peut me dire dans un langage que je comprends. La vérité, c'est qu'elle ne parle ni français ni anglais. Et même si elle apprenait notre langue, je sais pertinemment qu'elle ne développerait aucun sentiment d'appartenance au Québec. Comme mes parents.

Ce qui devrait nous préoccuper, c'est un autre fait: que ces Québécois que sont les enfants d'immigrants ne s'identifient pas non plus à leur collectivité. Comment expliquer que des jeunes adultes francophones nés ici et qui n'ont jamais été dans leur pays d'origine se sentent plus proches de la culture de leurs parents? Qu'ils soient d'origine grecque, italienne ou haïtienne, le constat est identique.

Quand on me demande ma nationalité, je dis sûre de moi que je suis Québécoise, non sans faire sourciller immigrants et «Québécois dits de souche». L'un de ces derniers, un homme qui m'apprécie, m'a dit : «Québécoise? Ça va prendre du temps avant que la société accepte que tu dises une chose pareille.»

Je pose la question : la francisation des immigrants est-elle LE véritable enjeu lié à l'intégration?

L'auteure est journaliste pigiste dans le domaine des communications et publie à l'occasion des chroniques d'humeur.

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Commentaires (2)

Commenter cet article »

  • Triste à lire.....et une des raisons pourquoi je ne me sens pas chez moi à Montréal, en tant que Québécois.
    Juste aller au dépanneur au coin de ma rue, je sais que le proprio parle français, mais il s'adresse à moi en anglais 4 fois sur 5. Je lui répond toujours en français, me disant naïvement qu'un jour il va comprendre.
    Cependant, ce jour venu, j'aurai probablement déjà quitté Montréal pour un endroit où je peux vivre en français, il y en a tellement dans notre grande province.

  • Excellent texte. Franchement, vous posez bien la question.

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