Médicaments génériques : un premier pas

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«L'entente fera baisser le prix global des génériques de 40%, et c'est suffisant pour se réjouir», écrit Philippe Mercure.

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Enfin! Après avoir payé leurs médicaments génériques beaucoup trop cher trop longtemps, les Québécois auront finalement droit à des prix plus décents. L'entente conclue entre le gouvernement et les fabricants de génériques est une avancée substantielle qu'il faut saluer, même si elle ne règle pas tout. Elle doit être considérée comme un premier pas nécessaire.

Il y a bien des choses qu'on ignore de cette entente annoncée dimanche par le ministre Gaétan Barrette. Ce secret est temporaire : l'Association canadienne du médicament générique négocie ailleurs au Canada et veut éviter que les détails de l'entente québécoise ne filtrent pour l'instant. Mais il y a une chose que l'on sait : elle fera baisser le prix global des génériques de 40%, et c'est suffisant pour se réjouir.

La démonstration n'est plus à faire : les Québécois paient leurs médicaments trop cher.

Les comparaisons internationales le montrent depuis longtemps, et les rabais accordés par les fabricants de médicaments génériques aux pharmaciens trahissent le fait qu'il y a de l'argent dans le système qui ne profite pas aux bons acteurs.

Le ministre Barrette avait donc raison d'agir et il faut reconnaître qu'il a obtenu des sommes importantes. Pour le seul réseau public, les économies annuelles atteignent 300 millions et seront réinjectées dans le réseau de la santé, une excellente décision. Les baisses de prix se répercuteront aussi sur les assurés du privé.

On peut toutefois se demander si Québec aurait pu obtenir encore plus. Même si le gouvernement se targue d'avoir obtenu des économies allant «au-delà» de 1,5 milliard sur cinq ans, il reste que les sommes annoncées sont exactement celles que l'industrie avait elle-même mises sur la table à la fin juin.

En conférence de presse, le ministre a d'ailleurs reconnu qu'il aurait pu obtenir des prix encore plus bas en utilisant son arme ultime de négociation : les appels d'offres. Ce mécanisme aurait permis au gouvernement de signer des contrats d'approvisionnement avec des fournisseurs en particulier. Il était craint comme la peste par l'industrie, et tout indique que c'est la menace de l'adopter qui a fait bouger les choses.

Sachant que cela aurait conduit à des prix plus bas, le gouvernement aurait-il dû imposer les appels d'offres pour s'approvisionner en médicaments génériques? Il n'est pas simple de répondre à cette question. Un processus d'appels d'offres peut être bien conçu comme il peut être mal fait, et on ignore les détails de celui que le gouvernement avait en tête. Ce qui est clair, c'est que cette nouvelle voie aurait nécessité un apprentissage et comportait des risques. Voir des acteurs implantés au Québec comme Pharmascience et Sandoz échapper des contrats et en souffrir en est un.

On comprend le ministre Barrette d'avoir privilégié une entente négociée avec les fabricants. En conférence de presse, il a justifié cette décision par la crainte de pertes d'emplois dans l'industrie. Cet argument doit être pris au sérieux.

L'industrie du médicament générique emploie 4100 personnes au Québec et ces emplois sont mobiles. Un environnement trop hostile pourrait aussi amener les fabricants et distributeurs à bouder le marché québécois, ce qui aggraverait les problèmes de pénuries et obligerait les patients à consommer des médicaments d'origine, plus chers que les génériques. Aucune industrie ne voit d'ailleurs le prix de ses produits baisser subitement de 40% sans réagir, et il faudra surveiller attentivement les effets de l'entente annoncée cette semaine.

Cela dit, le fait que le ministre Barrette admette avoir laissé de l'argent sur la table en renonçant aux appels d'offres suscite des questions. Il montre que les Québécois, malgré l'important gain qui vient d'être fait, continueront de payer leurs médicaments génériques plus cher que le prix jugé optimal par Québec. Or, ce n'est pas aux malades québécois, pas plus qu'à la Régie de l'assurance maladie du Québec et aux assureurs privés, de soutenir l'industrie des médicaments génériques. Si on en vient à la conclusion que ce soutien est bel et bien nécessaire, l'État a d'autres outils dans son coffre que celui de gonfler artificiellement le prix des pilules.

Québec est donc loin d'avoir réglé d'un coup tous les problèmes liés au coût des médicaments génériques, mais il vient d'ébranler les colonnes d'un temple qui avait bien besoin d'être secoué. Souhaitons qu'il continue de surveiller ce marché si particulier pour qu'il réponde aux besoins des patients et pas seulement des actionnaires.




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