Aide aux sinistrés: le message ne passe pas

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Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a dû justifier les délais dans la remise des rapports d'inspection.

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Le gouvernement du Québec a tenu cette semaine des consultations avec les citoyens victimes des inondations du printemps. Le hic, c'est que les gens sur l'estrade et les gens dans la salle n'étaient pas là pour parler des mêmes choses.

Après deux mois d'attente, les sinistrés voulaient savoir à quel moment ils recevront le rapport d'inspection de leur maison, leur chèque d'indemnisation et leur permis pour reconstruire. Mais les représentants du gouvernement ont souvent été incapables de leur répondre.

La raison est simple : ils étaient plutôt venus parler d'un projet de décret qui fixera les règles de reconstruction en zones inondables.

Le résultat est regrettable et contre-productif. Au lieu de sortir des consultations mieux informés, plusieurs citoyens se sont dits choqués et incompris. Cette situation illustre le principal problème qui touche actuellement l'aide aux sinistrés. Ce problème n'est pas que le gouvernement se tourne les pouces, malgré l'impression qu'il peut donner. C'est qu'il peine à bien communiquer, autant avec les sinistrés qu'avec les municipalités.

***

La grogne qui déferle ces jours-ci trouve largement son origine dans un élément bien précis : les rapports d'inspection. Au lendemain des inondations, le ministère de la Sécurité publique a dépêché des inspecteurs pour évaluer les dommages subis dans pas moins de 4865 résidences. Mardi, deux mois après les inondations, à peine 400 rapports avaient été remis aux résidants, soit moins de 10%.

À première vue, ces délais semblent inacceptables. Dans les faits, ils s'expliquent parce que Québec a demandé aux inspecteurs de procéder en deux temps. D'abord, enfiler leurs bottes pour visiter toutes les résidences afin de donner au moins un premier son de cloche à chacun des sinistrés. Puis rentrer au bureau et rédiger les rapports. Cette approche se défend, mais elle crée un délai entre la visite de l'inspecteur et la remise du rapport. Or, qui en a entendu parler? Un sinistré qui a reçu la visite d'un inspecteur à la fin du mois de mai et n'a aucune nouvelle un mois et demi plus tard se demande légitimement ce qui se passe avec son dossier. Et il crie au laxisme.

Il y a un deuxième problème de communication.

Des milliers de citoyens attendent aujourd'hui ces rapports d'inspection pour agir... souvent pour rien.

Les rapports d'inspection sont primordiaux pour les citoyens qui habitent dans les zones dites «0-20 ans» - celles susceptibles d'être inondées tous les 20 ans. Pourquoi? Parce que si le rapport montre que les dommages atteignent 50 % de la valeur de la maison, la loi stipule que celle-ci ne pourra être reconstruite. Il est donc vain d'entreprendre les travaux avant d'avoir le rapport d'inspection.

La majorité des sinistrés habitent cependant à l'extérieur de ces zones. Le rapport leur sera certes utile pour savoir quels travaux faire et toucher le gros de l'aide financière, mais il n'est pas nécessaire pour commencer à réparer les dégâts. Une municipalité comme Rigaud, l'une des plus touchées par les inondations, n'avait pourtant toujours délivré aucun permis de construction cette semaine parce qu'elle attendait les rapports d'inspection de Québec. Cette confusion retarde la reconstruction et ajoute au faux sentiment que rien ne se passe.

Cela nous mène à un troisième problème.

Encore aujourd'hui, des citoyens ignorent dans quelle zone inondable ils se trouvent.

Même le ministère de la Sécurité publique ne possède pas de cartes complètes de ces zones. Celles-ci sont faites par les municipalités, avec une qualité et un accès variables. À certains endroits, cela a empêché le gouvernement de bien établir les priorités dans les dossiers. Cela montre à quel point l'information circule mal.

La prochaine étape s'annonce déjà difficile : Québec interdira à plusieurs propriétaires de reconstruire leur maison en zone inondable. Le gouvernement a raison d'être ferme là-dessus, mais il fera face à des citoyens émotifs qui perdent leur logis et leur milieu de vie. Il devra s'assurer de mieux passer ses messages, sous peine de voir la grogne monter d'un cran. Parce que la gestion de crise n'est pas que dans l'action, mais aussi dans la communication.

162 jours

Le gouvernement met-il trop de temps à réagir? Pour le savoir, voici un point de comparaison intéressant. Le Code civil du Québec prévoit qu'un assureur privé doit verser une indemnité dans un délai de 60 jours après avoir reçu une réclamation. En cas de grande catastrophe, le temps moyen écoulé entre le premier appel à l'assureur et la fin des travaux est de 162 jours, soit plus de cinq mois. Comme il s'agit d'une moyenne, les cas lourds peuvent dépasser considérablement ce temps.

Source : Bureau d'assurance du Canada




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