Ne soufflez pas trop vite dans vos gazous

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«On ignore si le nouveau toit du Stade sera compatible avec les caprices de la Fédération internationale de football», écrit Paul Journet.

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Ne soufflez pas trop vite dans vos gazous. Au risque de gâcher la fête, Montréal n'est pas encore assuré d'accueillir des matchs lors de la Coupe du monde de soccer en 2026.

Il y a un obstacle majeur : le Stade olympique. On ignore si le nouveau toit sera compatible avec les caprices de la Fédération internationale de football (FIFA). Et on ignore aussi si c'est souhaitable...

Hier, les États-Unis ont obtenu le mandat d'organiser le Mondial 2026 avec le Canada et le Mexique. La candidature conjointe comprend 23 villes, dont trois canadiennes (Toronto, Montréal et Edmonton). De ce nombre, seules 16 villes seront retenues. La décision, qui sera prise en 2021, dépend des infrastructures.

Cela tombe bien, la Régie des installations olympiques (RIO) prépare justement des travaux au Stade.

La RIO déposera l'automne prochain son dossier d'affaires pour changer le toit. La FIFA exige que les matchs se déroulent dans un stade ouvert. Or, l'option du toit rétractable a déjà été écartée par la Régie. Il n'en reste qu'une autre, celle d'un toit fermé, mais démontable. Elle est étudiée, sans être privilégiée.

Un risque se profile avec la campagne électorale provinciale : que les partis fassent pression pour que le toit soit démontable, coûte que coûte. Ce serait une erreur.

Construire le toit est un projet pour les 30 ou 40 prochaines années. C'est sur cette période que les avantages et inconvénients doivent être évalués. Certes, il serait exceptionnel d'accueillir la Coupe du monde - hormis les Jeux olympiques, aucun autre événement sportif n'est plus médiatisé sur la planète. Mais si le toit démontable est trop coûteux et risqué, on payera longtemps cette poignée de matchs.

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À cause de ses exigences princières, la FIFA a transformé la Coupe du monde en machine à déficit, au point où les démocraties n'en veulent plus. C'est pourquoi le tournoi se déroule cette année en Russie et au Qatar en 2022.

Il y a toutefois un peu d'espoir pour 2026. Les États-Unis, le Mexique et le Canada se sont ligués pour partager les coûts. Et grâce entre autres au football américain, ils disposent d'un vaste réseau de stades.

Pour faire oublier ses scandales de corruption, la FIFA a aussi changé les règles. Le petit comité exécutif n'est plus le seul à choisir le pays hôte. Et le vote a aussi été fait deux années à l'avance, afin de donner le temps aux villes de se préparer.

Nous avons souvent remis en question les prétendues retombées économiques des Jeux olympiques et des autres messes sportives. Et nous avons aussi dénoncé les orgies de dépenses en sécurité, la construction de stades vite devenus des éléphants blancs ou encore des hôtels qui deviendront vides.

Mais le Mondial 2026 pourrait faire exception. C'est particulièrement vrai pour Montréal. La métropole n'a pas besoin de construire un nouveau stade ni même des terrains d'entraînement - il y en a deux dans le voisinage. Le réseau de transports en commun paraît aussi adéquat, surtout si le SRB Pie-IX est fini d'ici là. Ajoutons que le petit nombre de matchs ne devrait pas requérir trop de nouveaux hôtels.

Montréal pourrait donc en sortir gagnant, grâce aux revenus du tourisme et de la publicité internationale, sans oublier la promotion du soccer chez les jeunes.

Il reste toutefois un «si» : le Stade. Pour satisfaire la FIFA, il faudra changer les sièges, l'éclairage et le système de son. Jusqu'ici, tout va bien. En effet, la Régie prévoyait déjà le faire. Elle n'aurait qu'à ajuster ses plans pour se conformer aux critères du Mondial 2026. Il ne serait pas non plus impossible de poser du gazon naturel - le Stade l'avait d'ailleurs fait en 2010 pour un match amical entre l'AC Milan et l'Impact.

Pour le toit, par contre, c'est plus compliqué. La Régie privilégie pour l'instant un toit souple et flexible. L'option du toit démontable est aussi étudiée. On n'en connaît pas encore le coût et le risque sécuritaire.

N'oublions pas les leçons des années 90. À l'époque, la réfection du toit avait été précipitée pour se conformer aux exigences des promoteurs. Le résultat? Le 18 janvier 1999, avant même son inauguration, le tout nouveau toit se déchirait, juste avant le Salon de l'auto.

Tant mieux si le nouveau toit permettait d'accueillir le Mondial. Mais assurons-nous que la prochaine génération n'en paye pas le prix.

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Le Mondial 2026

  • 80 matchs
  • 60 aux États-Unis, 10 au Mexique, et 10 au Canada
  • À partir des quarts de finale, tous les matchs se déroulent aux États-Unis.
  • Villes canadiennes candidates : Toronto, Edmonton et Montréal. Vancouver s'est désisté par crainte de dépassements de coûts.
  • Selon un scénario optimiste, trois matchs pourraient être disputés à Montréal.




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