Entre l'ordre et le corporatisme

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«Québec devrait profiter de la proposition des jeunes libéraux pour réfléchir à la qualité de l'enseignement», écrit Paul Journet.

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On n'a plus les guerres qu'on avait. Selon la Fédération autonome de l'enseignement, créer un ordre professionnel pour ses membres équivaudrait à rien de moins qu'une «déclaration de guerre».

Cette proposition de la Coalition avenir Québec (CAQ) a été remise sur la table par l'aile jeunesse du Parti libéral, qui en débattra en fin de semaine à son congrès. On ne parle tout de même pas d'envahir la Pologne. Seulement de veiller à la qualité de l'enseignement.

La création d'un ordre pour les enseignants est un vieux débat, répètent les syndicats. Ils n'ont pas tort, mais ils devraient se demander pourquoi cette demande revient depuis plusieurs décennies. C'est parce que des parents s'inquiètent encore pour leurs jeunes. Parce qu'ils croient que le système actuel de plaintes ne permet pas d'intervenir auprès des enseignants incompétents.

Les parents et leurs enfants sont les oubliés de ce débat. Ce sont eux qu'on voudrait entendre davantage.

Les syndicats rappellent qu'en 2002, l'Office des professions du Québec a jugé qu'il n'était «pas nécessaire» de créer un ordre, et que le Conseil supérieur de l'éducation concluait la même chose en 2004. Or, ils oublient que ces rapports recommandaient néanmoins d'améliorer la formation des enseignants ainsi que de resserrer l'évaluation et le processus de plaintes.

Une décennie plus tard, les progrès restent insuffisants. Certes, on sévit mieux contre les cas graves (inconduite sexuelle, drogue, etc.). Mais le contrôle de la compétence laisse encore à désirer, déplorait en 2014 le rapport Champoux-Lesage. Ce comité d'experts proposait donc d'examiner à nouveau la création d'un ordre.

Les syndicats ne devraient pas craindre ce débat, car il ne conduit pas forcément à la création d'un ordre.

Ils ont raison de rappeler que si le gouvernement Couillard se soucie de la qualité de l'éducation, il aurait dû commencer par ne pas faire des coupes dans les services et perdre son temps avec les débats de structure sur les commissions scolaires. Et ils ont raison de rappeler qu'un ordre professionnel est habituellement créé à la demande de ses membres qui veulent s'autogérer. Il serait inusité d'imposer ce mécanisme. Surtout à des enseignants, une profession qui, à part de rares exceptions comme l'Ontario ou l'Écosse, ne relève habituellement pas d'un ordre professionnel.

Ajoutons qu'un ordre professionnel n'est pas une garantie absolue de protection pour le public, comme le démontrent les récentes histoires d'horreur avec des pharmaciens et des dentistes.

Soyons honnêtes : à 13 mois de la prochaine campagne électorale, les libéraux n'ont ni le temps ni l'envie de se battre pour créer un nouvel ordre professionnel. D'ailleurs, le ministre Proulx n'en parle même pas dans sa nouvelle Politique de la réussite éducative. Il ne propose un ordre que pour les orthopédagogues, qui interviennent auprès des jeunes plus vulnérables.

Par contre, Québec devrait profiter de la proposition des jeunes libéraux pour réfléchir à la qualité de l'enseignement.

Les syndicats défendent les conditions de travail qui, le plus souvent, aident la qualité de l'enseignement. Que faire toutefois si ces deux missions entrent en conflit? Par exemple, si un jeune prof spécialisé en histoire ne peut enseigner son sujet, car un collègue plus ancien, mais sans compétence en la matière a la priorité?

Mais on ne voudrait pas donner l'impression que le problème, ce sont les enseignants. Au contraire! Cela concerne tout le monde. Le ministère de l'Éducation, les commissions scolaires et les écoles doivent aussi protéger le public et aider les enseignants à faire leur noble et difficile travail. Est-ce que cela peut s'accomplir sans créer un nouvel ordre? C'est fort possible. Mais de grâce, ne taisons pas le débat avec la logique corporatiste où chacun défend ses intérêts. C'est justement de ce blocage qu'on essaie de sortir.




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