Peut-on encore négocier en construction?

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«La loi spéciale déposée hier par le gouvernement Couillard est la moins pire des options qui s'offraient», juge Paul Journet.

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On ne peut jamais applaudir une loi spéciale, mais celle déposée hier par le gouvernement Couillard est la moins mauvaise des options qui s'offraient.

Il est vrai que la menace de loi spéciale est arrivée très tôt et qu'elle a été imposée quatre jours seulement après le début de la grève. Le précédent gouvernement avait été plus patient, ce qui avait permis à deux des trois secteurs de la construction de conclure une entente.

Mais à la décharge du gouvernement actuel, les négociations n'allaient nulle part.

Les syndicats et les patrons ont attendu cinq mois avant de s'asseoir ensemble. Et peu de progrès a été fait depuis, surtout pour le secteur industriel-commercial-institutionnel.

La loi spéciale devenait donc inévitable. Et la formule retenue par Québec a au moins un mérite : ne pas geler encore une fois les clauses normatives (conditions de travail, avantages sociaux, etc.).

En 2013, lors de la précédente loi spéciale, Québec avait imposé une hausse des salaires et le statu quo pour les clauses normatives. Les clauses en vigueur avaient ainsi été reconduites pour une année.

Québec croyait que les négociations reprendraient à l'avenir, mais après l'entente de 2014, on a fini par revenir à l'impasse dans les derniers mois. Malgré des dizaines de rencontres de médiation et de conciliation, peu de choses ont avancé dans les derniers mois. Peut-être que des patrons ou des syndicats voulaient continuer de pelleter le dossier vers l'avant, en espérant que ces clauses soient à nouveau gelées et que leurs acquis soient protégés. Avec l'avantage que cette protection vienne d'une loi spéciale dont Québec porterait l'odieux...

Mais la loi qui devait être adoptée la nuit dernière renvoie les partis à la table de négociation, et si aucune entente n'est conclue d'ici cinq mois, les conventions collectives ne seront pas reconduites. Au contraire, un arbitre devra trancher. Cela dit, les inquiétudes des syndicats se comprennent. En effet, les patrons avaient plus de demandes qu'eux, ce qui augmente les clauses sur lesquelles un arbitre pourrait trancher en leur défaveur.

Dans les années 90 et 2000, les renouvellements de conventions collectives se sont déroulés sans conflit. Or, les deux dernières grèves montrent les limites des négociations sous leur forme actuelle.

Notre industrie de la construction est atypique. Elle se gouverne elle-même - syndicats et patrons siègent de façon paritaire dans une commission qui détermine entre autres les règlements. Cela explique par exemple qu'il ait fallu tant attendre avant d'abolir le placement syndical et de favoriser l'embauche de femmes, ou encore pourquoi la définition des métiers reste si rigide.

Cette même lourdeur se reproduit aussi dans les négociations.

Un même ouvrier travaille sur différents chantiers, pour différents employeurs. Pour que les conditions de travail ne changent pas d'un chantier à l'autre, on exige que tous se syndiquent et que les conventions collectives s'appliquent partout.

Cela a toutefois le désavantage de créer des négociations hyper centralisées. Ce n'est pas une entreprise qui négocie, c'est tout un secteur de l'économie. La mécanique est alourdie et les échecs sont aggravés. Un conflit de travail peut coûter près de 45 millions par jour.

Les syndicats rappellent toutefois qu'ils sont désavantagés, car la loi anti-briseur de grève ne s'applique pas à eux et parce que les hausses salariales ne sont pas rétroactives. Cela incite les patrons à prolonger un conflit. Les syndicats rappellent aussi avec raison que la Cour suprême a donné en 2015 une protection constitutionnelle au droit de grève.

Par contre, ce droit devient difficile à exercer de façon sereine dans notre industrie de la construction. 

Un gouvernement ne peut tolérer longtemps de perdre des centaines de millions parce que patrons et syndicats traînent les pieds.

Comment réformer ce système? On l'avoue, il est plus facile de diagnostiquer le problème que de trouver le remède. Mais chose certaine, la loi spéciale ne peut devenir la nouvelle règle. Pour éviter les futures impasses, il faudra trouver des voies moins raboteuses.




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