Toronto, aspirateur financier

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« Le fédéral a annoncé que la Banque de l'infrastructure financière serait implantée à Toronto pour profiter de son expertise financière », écrit Paul Journet.

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Paul Journet

Éditorialiste

La Presse

Si le gouvernement Trudeau continue sur sa lancée, il pourrait transformer Toronto en force qui aspire l'expertise financière de Montréal. En trou noir financier.

Plus le fédéral concentre les services financiers dans la Ville Reine, plus son expertise grandit. Et plus son expertise grandit, plus cela sert d'argument pour y concentrer les services. Cela ressemble de plus en plus à un cercle vicieux. À une prophétie qui s'autoréalise.

On en a eu deux exemples cette semaine : l'annonce sur la Banque de l'infrastructure du Canada (BIC) et la poursuite du projet controversé de commission nationale des valeurs mobilières.

Dans le premier cas, le fédéral a annoncé que la BIC serait implantée à Toronto pour profiter de son expertise financière. Et dans le deuxième, Ottawa refuse de renoncer à créer une autorité pancanadienne, qui attirerait immanquablement en Ontario des avocats, comptables, actuaires et traducteurs québécois.

Bien sûr, autant Toronto que Montréal avaient de bons arguments à plaider pour héberger la Banque. Montréal détenait l'expertise en gestion de projets d'infrastructures - l'idée même de la BIC vient de la Caisse de dépôt. Et Calgary aussi convoitait le siège de la BIC et ses quelque 40 emplois de qualité. Reste que ce choix devient particulièrement difficile à justifier quand on le remet dans le contexte des orientations fédérales.

Cette semaine, la Cour d'appel du Québec a confirmé que le projet de commission nationale des valeurs mobilières était inconstitutionnel. Cette réglementation relève des provinces, concluent les juges dans leur avis. Ils reprennent ainsi l'essentiel de leur décision rendue en 2011.

Malgré tout, le gouvernement Trudeau analyse encore ce jugement. Et tout indique qu'il sera porté en appel à la Cour suprême. Le fédéral a raison de dire qu'il a un rôle à jouer pour éviter les « risques systémiques » financiers. Il doit s'assurer que l'économie canadienne n'est pas vulnérable à un virus comme le papier commercial de 2008.

Or, le système financier canadien est assez solide. La démonstration n'a pas été faite qu'une commission nationale serait nécessaire pour mieux le protéger.

Il faudrait d'abord essayer d'améliorer le système actuel de passeport, qui permet à une entreprise accréditée dans une province d'être reconnue ensuite dans les autres juridictions du pays.

En 2007, on croyait que le projet d'une commission nationale relevait d'une lubie du ministre conservateur Jim Flaherty, qui vient de Toronto. Mais elle a été poursuivie par son successeur Joe Oliver et elle est maintenant reprise par les libéraux. Les experts du ministère des Finances semblent avoir un biais favorable à Toronto. Et la métropole torontoise peut aussi compter sur deux poids lourds qui la défendent au Conseil des ministres, Bill Morneau et Navdeep Bains. Même si les ministres québécois défendent leur province dans leurs dossiers respectifs, il n'y a pas de lieutenant du Québec. M. Trudeau assure jouer ce rôle, mais c'est illogique : un premier ministre du Canada doit gérer les arbitrages entre les provinces, et non en défendre une contre les autres.

En l'absence d'un tel poids lourd du Québec, on commence à voir où penche la balance.




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