Le cocktail qui dit non

« L'Angelot est une bonne idée », affirme notre éditorialiste.... (Photo Thinkstock)

Agrandir

« L'Angelot est une bonne idée », affirme notre éditorialiste.

Photo Thinkstock

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Il y a des désagréments auxquels on s'expose quand on sort dans un bar, comme un barman snob, de la bière tiède ou un DJ qui fait jouer du Sean Paul.

Mais une agression sexuelle ? Cela n'est pas normal, jamais. Tout ce qui réduit le risque doit être fait. Voilà pourquoi l'Angelot est une bonne idée.

Même si cela semble évident, précisons-le tout de même: non, cela ne suffira pas à régler le problème. Ce faux cocktail, qu'une femme commande pour demander de l'aide, n'a rien d'une solution miracle. Mais de toute façon, les gens sérieux ne croient pas aux miracles.

Si l'Angelot aide un tout petit peu, comment s'y opposer ?

L'idée vient de Floride et du Royaume-Uni. Elle est maintenant proposée au Québec, avec des différences importantes.

L'arrivée des applications de rencontre comme Tinder a fait bondir les « blind dates ». En Angleterre, on a noté en même temps un bond des agressions sexuelles lors d'une première rencontre.

En pensant à ces clients, quelques restos-bars américains et anglais ont donc pris l'initiative d'offrir un Angel Shot ou un Angela. Ce faux cocktail est en fait un code pour demander de l'aide. Une affiche dans les toilettes indique comment procéder.

Au Québec, c'est la clientèle universitaire qui est d'abord visée. Et l'initiative ne vient pas de restos-bars, mais plutôt de groupes étudiants ( l'Alliance pour la santé étudiante ainsi que le mouvement Sans oui, c'est non ! ), avec le soutien de la ministre de l'Enseignement supérieur, Hélène David, et de la Corporation des propriétaires de bars.

De 40 à 50 bars servant cette clientèle ont déjà accepté de participer. Ils recevront une formation pour savoir comment réagir si une cliente commande un Angelot ou semble agressée.

***

Alors, ça va fonctionner ? Difficile à dire, car le cocktail est très récent. Il existe depuis moins d'une année, dans un nombre limité d'établissements. Un mois après avoir lancé le projet, le resto floridien n'avait pas encore reçu une seule commande. Mais il y a un autre effet plus difficilement mesurable : la prévention. La simple vue de l'affiche pourrait sensibiliser les témoins actifs, et peut-être calmer un harceleur.

Au Québec, l'entrée en vigueur sera progressive. Elle ne cible qu'un nombre limité de bars, qui ne prévoient pas offrir l'Angelot avant la rentrée en août. Cela donnera le temps de former les employés et de sensibiliser la clientèle. Cette prudence est justifiée - on ne peut se permettre qu'une cliente ne soit pas comprise après avoir commandé un Angelot.

Depuis l'annonce, quelques réserves se font entendre. Certains jugent l'initiative trop timide.

La majorité des agressions ne se déroulent pas dans les bars, rappellent-ils. C'est vrai, mais ce n'est pas parce que l'Angelot ne règle pas tout qu'il ne sert à rien.

Autre critique : l'Angelot exigerait seulement une intervention auprès de la plaignante. Or, ce n'est qu'en partie vrai, et cela s'explique. Un portier peut déjà expulser un fauteur de troubles, ou l'avertir et le garder à l'oeil. Avec le protocole, il aura des directives pour savoir comment agir, et appeler la police au besoin.

Il est vrai qu'avec l'Angelot, il n'y a pas de punition prévue pour l'harceleur potentiel, mais cela s'explique. Puisque l'intervention de base - isoler la plaignante - n'implique rien pour l'agresseur, l'employé du bar n'a pas besoin de recueillir de preuve ni même de lui poser de question.

***

À l'inverse, risque-t-il d'y avoir un abus des Angelots ? Cela semble plus qu'improbable. Aucun dérapage n'a été observé à l'étranger, et cela se comprend. Pense-t-on vraiment qu'une femme voudra se réfugier dans la cuisine pendant 10 minutes, juste pour le fun, ou sortir par la porte arrière pour finir abruptement sa soirée en taxi ?

En fait, les dérapages vont depuis longtemps dans le sens contraire. Seulement 9 % des victimes se plaignent à la police, et à peine 3 % d'entre elles réussissent à faire condamner leur agresseur. Cela ressemble à un parcours de la combattante.

À Ottawa, les élus commencent à s'en rendre compte, comme le prouve le rapport du Comité permanent de la condition féminine, qui a proposé la semaine dernière entre autres de mieux former les juges et les policiers. La même conscientisation s'observe à Québec, avec la consultation de la ministre David qui se termine sur les violences sexuelles sur les campus.

Avec l'Angelot, des groupes étudiants et une poignée de tenanciers participent à cette réflexion. Il ne s'agit que d'un petit geste, bien sûr. Mais qu'a-t-on à perdre à l'essayer ?

Et la responsabilité des bars?

Si une agression sexuelle se déroule dans un bar, la victime peut-elle poursuivre l'établissement ? Et peut-elle le poursuivre si elle a été intoxiquée à son insu dans le bar et que l'agression s'est déroulée par après dans un autre endroit ?

Chaque dossier est un cas d'espèce. Mais de façon générale, en vertu du Code civil, pour prouver une faute, la plaignante devrait démontrer que l'agresseur avait un comportement dangereux aux conséquences prévisibles, que l'établissement devait le savoir et qu'il n'a rien fait. Il existe peu de jurisprudence à ce sujet.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer